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Décryptage : le Forum de Paris sur la Paix comme baromètre de la géopolitique mondiale (2018-2025)

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • 2 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Créé en 2018 à l’occasion du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, le Forum de Paris sur la Paix (FPP) est un événement majeur qui rassemble chaque année des chefs d’État et de gouvernement ainsi que des représentants d’organisations internationales ou de la société civile. Année après année, ses thèmes, ses invités et ses priorités racontent une histoire très simple : le monde est devenu plus conflictuel, plus instable, et la gouvernance globale peine à suivre. Entre l’intuition fondatrice de 2017 et l’édition 2025 consacrée aux « nouvelles coalitions pour la paix, les peuples et la planète », le Forum est devenu un observatoire privilégié de la dégradation, mais aussi des tentatives de réinvention, du multilatéralisme.



L’initiative du Forum de Paris sur la Paix naît en 2017, dans un contexte mondial déjà saturé de tensions. La guerre en Syrie fait rage, l'instabilité persistante en Ukraine, de même que la résurgence des nationalismes et la remise en cause de l’ordre multilatéral, inquiètent l'équilibre des forces. Lors de la conférence annuelle des ambassadeurs, Emmanuel Macron souligne que la paix ne doit plus être considérée comme acquise et appelle à des actions concrètes pour renforcer le multilatéralisme et préserver la stabilité internationale.


Cette intuition est alors relayée par Justin Vaïsse, futur président du Forum, qui résume l’enjeu en une phrase devenue fondatrice : « un monde mal gouverné devient très vite un monde en guerre ».


La deuxième édition du forum a lieu du 11 au 13 novembre 2018 et marque d’emblée l’ambition du projet. Un siècle après l’Armistice de 1918, le Forum réunit 65 chefs d’État et de gouvernement, à Paris, et plus de cent pays représentés et 120 initiatives de gouvernance mondiale présentées devant 6 000 participants.



Angela Merkel, António Guterres, Emmanuel Macron, Vladimir Poutine, Justin Trudeau et Nadia Murad partagent la scène dans une mise en scène volontaire de diplomatie ouverte. Le secrétaire général de l’ONU avertit alors que le climat politique de 2018 rappelle celui qui précédait la Première Guerre mondiale ou qui caractérisait l’entre-deux-guerres : un moment où la fragmentation et la méfiance entre nations avaient précipité le monde dans des crises majeures. Dès cette première édition, le Forum s’impose comme un complément indispensable aux institutions existantes. Inspiré des COP, mais centré sur la paix, la gouvernance et les biens publics mondiaux, il donne autant de place aux États qu’aux ONG, fondations, entreprises, chercheurs, collectivités locales et mouvements citoyens. Consulter la liste de projets retenus en 2018 - Lien


A la manière d'un Groupe (G7-G20), ou d'une assemblée, le Forum s'impose comme un espace de dialogue multilatéral. Mais, les éditions suivantes témoignent d’une dégradation continue du contexte international. Entre 2019 et 2021, le Forum accompagne la montée des tensions commerciales, la rivalité technologique sino-américaine, le bouleversement du Brexit et la remise en question croissante des normes internationales. Avec la pandémie de Covid-19, à partir de 2020, les failles du système mondial apparaissent de manière brutale : absence de coordination sanitaire, compétition pour l’accès aux vaccins, rupture des chaînes d’approvisionnement et déséquilibres économiques majeurs.


C'est en 2022, à la veille des conflits que nous connaissons actuellement, face à un environnement toujours plus instable, que Justin Vaïsse dresse un constat sévère : « la géopolitique est en train de tuer à petit feu la gouvernance globale ». Le Forum réunit pourtant près de 5 000 représentants, preuve que la demande d’espaces de coopération demeure forte malgré la fragmentation du monde. Cette année-là, l’invasion totale de l’Ukraine change d’échelle : sanctions internationales, sécurité énergétique, reconstruction et sécurité alimentaire alimentent les discussions, tandis que le Proche-Orient, le Sahel et la Corne de l’Afrique restent autant de foyers de tensions interconnectées. Les pôles deviennent aussi un théâtre d'affrontement auquel le forum s'intéresse.


L’édition 2024 en tire une conclusion franche : sans un ordre global capable de fonctionner, aucun outil de gouvernance ne pourra suffire. Le thème de l’année, « Wanted: A Functioning Global Order », résume parfaitement la situation. Les discussions portent sur le renforcement du multilatéralisme, la lutte contre les inégalités, la gouvernance climatique, l’avenir numérique et la protection des sociétés face à la désinformation. Le suivi du « Pacte de Paris pour les peuples et la planète », destiné à réformer l’architecture financière internationale, devient l’un des fils rouges de cette édition. Dans le même temps, le Forum se spécialise dans les sujets à la frontière entre géopolitique et technologie : intelligence artificielle, gouvernance des données, lutte contre les manipulations informationnelles, sécurité des infrastructures numériques et protection des biens publics globaux. Diplomates, régulateurs, chercheurs, entreprises technologiques, ONG et représentants de la société civile se croisent autour d’un même constat : la transformation numérique est devenue un enjeu de sécurité mondiale.


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