Décryptage : les ministres des Affaires étrangères définissent l'agenda stratégique de l'Europe
- cirmafrance
- 29 nov. 2025
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Les 20 et 21 novembre 2025, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles pour un double rendez-vous majeur. D’un côté, le Conseil des affaires étrangères a examiné trois dossiers stratégiques : la guerre en Ukraine, la stabilité au Sahel et la crise au Soudan. De l’autre, les ministres européens ont tenu une rencontre dédiée à l’Indopacifique, en présence des États de la région et en lien étroit avec l’ASEAN. Ces échanges définissent les priorités diplomatiques et sécuritaires de l’UE pour les mois à venir.

À Bruxelles, les discussions ont d’abord été largement dominées par la guerre en Ukraine, qui entre dans sa quatrième année sans signe d’apaisement. Les ministres ont poursuivi le travail sur un 20ᵉ paquet de sanctions visant à accroître la pression économique sur Moscou. L’un des points centraux concerne la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner les sanctions et financer l’effort de guerre en exportant discrètement son pétrole. L’UE cherche désormais à cibler plus efficacement ces navires opacifiés et leurs réseaux logistiques. Parallèlement, le soutien militaire, économique et humanitaire à Kiev reste une priorité, notamment à l’approche d’un nouvel hiver qui mettra encore durement à l’épreuve les infrastructures ukrainiennes. La réunion a permis de clarifier les priorités de l’Union européenne à un moment où les crises s’accumulent. Avec l’Ukraine, il s’agit de maintenir la pression économique sur la Russie et d’éviter un risque d’essoufflement politique alors que le conflit se prolonge.
La deuxième priorité concerne le Proche-Orient, et plus particulièrement l’avenir de Gaza. L’Union européenne travaille à de nouvelles orientations stratégiques pour contribuer à la stabilité à long terme du territoire. Les États membres examinent comment renforcer le rôle de deux missions européennes déjà présentes : EU BAM Rafah, chargée du contrôle du point de passage entre Gaza et l’Égypte, et EUPOL COPPS, qui soutient la police palestinienne. L’objectif est clair : transformer ces missions en outils capables de stabiliser et sécuriser Gaza en lien avec la mise en œuvre du plan en 20 points, élaboré par les partenaires internationaux. Au Proche-Orient, l’UE tente de peser sur la stabilisation de Gaza, consciente que la situation pourrait aggraver l’instabilité régionale et accroître les risques sécuritaires en Méditerranée.
En Afrique, l’attention des ministres a porté sur deux zones particulièrement sensibles. Au Sahel, João Cravinho, représentant spécial de l’UE pour la région, a présenté une nouvelle approche stratégique. Celle-ci vise à sortir d’une décennie marquée par la dégradation sécuritaire, les coups d’État militaires et le retrait de plusieurs missions internationales. L’orientation européenne mise désormais sur une combinaison de stabilité politique, d’appui au développement et d’engagement plus sélectif, afin de bâtir des relations durables malgré un contexte de défiance croissante envers les partenaires occidentaux. Le Soudan constitue l’autre urgence africaine. Les ministres ont dénoncé les atrocités commises à El-Fasher par les Forces de soutien rapide (FSR) et s’apprêtent à imposer des sanctions contre leur chef adjoint, tout en préparant une nouvelle série de mesures ciblant les responsables de crimes de guerre. Face à une crise humanitaire qui s’aggrave, l’Allemagne a annoncé 11 millions d’euros supplémentaires pour lutter contre la faim et la soif, dans un geste de solidarité européenne envers les civils pris dans les violences. En Afrique, le Sahel reste un foyer d’instabilité majeur avec un impact direct sur les intérêts européens, qu’il s’agisse de migration, de terrorisme ou d’influence géopolitique. Le Soudan, quant à lui, impose une réponse humanitaire et politique rapide face à une guerre civile qui menace de s’étendre.
Enfin, la réunion UE–Indopacifique a réaffirmé l’importance de cette région dans la stratégie globale de l’UE. L’Indopacifique figure parmi les zones les plus stratégiques du monde, tant pour la sécurité maritime que pour les routes commerciales, les technologies critiques et l’équilibre géopolitique face à la montée en puissance de la Chine. Avec l’ASEAN, seule organisation multinationale structurée de la région, l’UE veut approfondir un partenariat fondé sur la stabilité, la résilience économique et la sécurité maritime. Ce forum devient ainsi un pilier de la présence européenne dans un espace où se redessinent les rapports de forces mondiaux. Enfin, l’Indopacifique représente pour l’Europe un espace où se jouera une partie de son avenir économique et sécuritaire, tant les équilibres mondiaux se déplacent vers cette région.




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