La guerre cognitive aura bien lieu : l'OTAN, une stratégie de communication
- Martin Prouvost
- il y a 3 heures
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Depuis le déclenchement de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine, en février 2022, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord mène, en parallèle, une bataille de la perception. En effet, la multiplication des communiqués relatifs aux innovations technologiques déployées sur le théâtre ukrainien, la mise en avant de la capacité des armées européennes à se réorganiser dans l'urgence, ou encore la mise en scène récurrente de sommets présentés comme des moments d'unité retrouvée, témoignent d'un effort systématique de mise en récit.
Cet effort s'inscrit dans ce que les praticiens et les chercheurs désignent désormais sous le terme de « guerre cognitive », la compétition pour la maîtrise du jugement, de la perception et de la volonté des populations, alliées comme adverses, un domaine dans lequel l'attaque et la dégradation de la rationalité peuvent conduire à l'exploitation de vulnérabilités et à un affaiblissement systémique, avec une complexité croissante dès lors que des cibles non militaires sont concernées.
Le concept de guerre cognitive n'est pas né en 2022, mais la guerre en Ukraine en a accéléré la formalisation doctrinale. Les travaux académiques de Loïc Fierens, soutenus en 2024, nous renseigne largement sur la méthode et la tactique employée par l'Alliance Atlantique, pour faire front contre les campagnes, les attaques et les tentatives de déstabilisation des pays membres. La singularité de l'OTAN repose sur son caractère juridique, puisqu'elle n'agit que comme un intermédiaire de communication (NDLR : à côtés des canaux officiels des pays membres), mais comme l'artisan de la perception des capacités de défense de ces mêmes Etats.

La spécificité de la guerre cognitive, par rapport aux formes plus anciennes de propagande ou d'opérations psychologiques, tient à l'ampleur des cibles visées : elle ne s'adresse plus seulement aux combattants ou aux décideurs, mais à des sociétés entières, dont elle cherche à éroder la confiance envers les sources d'information ouvertes. Des travaux publiés dans Frontiers in Artificial Intelligence montrent ainsi comment les campagnes de désinformation associées au conflit russo-ukrainien ont cherché à délégitimer les autorités ukrainiennes, à affaiblir le soutien international à Kyiv et à semer la discorde entre alliés, notamment par la diffusion de récits anxiogènes autour du risque nucléaire, comme l'illustrent les allégations selon lesquelles l'Ukraine préparerait l'usage d'une « bombe sale » pour en imputer la responsabilité à la Russie, révélatrices du déploiement tactique de récits générateurs de peur destinés à polariser l'opinion internationale.
"La guerre cognitive n'est pas un moyen de combattre ; elle est le combat lui-même. Le cerveau est à la fois la cible et l'arme dans la lutte pour la supériorité cognitive. La compétition dans ce contexte comprend des activités militaires et non militaires délibérées et synchronisées, tout au long du continuum compétitif, conçues pour acquérir, maintenir et protéger un avantage cognitif.", Commandement du développement de la guerre stratégique de l'OTAN
Depuis le début de la guerre en Ukraine, l'OTAN a fait de la communication un instrument central. Ce que l'on peut désigner comme une véritable guerre cognitive s'est institutionnalisée à travers un appareil puissant et organisé, du Commandement allié Transformation au Centre d'excellence de Riga, en passant par la doctrine interalliée de 2022.
Le Commandement allié Transformation de l'OTAN (ACT), basé à Norfolk, a fait de ce concept l'un des axes de son agenda de développement de la guerre future, à travers le programme « Cognitive Warfare Exploratory Concept ». Un programme qui s'inscrit dans le Warfare Development Agenda et vise, par la synchronisation croissante des effets adverses dans les domaines émotionnel, à permettre une meilleure décision politique, un développement plus pertinent des capacités militaires et, plus largement, une sécurité renforcée de l'Alliance. Un retour d'expérience crucial pour s'adapter aux menaces à venir.
Cette stratégie repose sur deux piliers complémentaires : la mise en scène de l'adaptation technologique, incarnée par les initiatives comme DIANA et l'essor des capacités anti-drones, et la mise en récit d'une unité alliée présentée comme continue, alors même que la littérature académique en souligne le caractère largement conjoncturel et fragile.





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