Africa Forward : Le discours d'Emmanuel Macron, la France, porte-parole de l'Afrique pour la coopération
- cirmafrance
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A travers son discours, le 12 mai 2026, à Nairobi, le président de la République cherche à porter la voix de l'Afrique dans l'agenda international. Emmanuel Macron avait annoncé 23 milliards d'euros d'investissements pour l'Afrique lors du sommet Africa Forward à Nairobi, dont 14 milliards en fonds publics et privés français, et 9 milliards provenant d'investisseurs africains, ciblant la transition énergétique, le numérique, l'intelligence artificielle, l'économie maritime et l'agriculture. Ces chiffres sont présentés comme l'incarnation d'un modèle nouveau.

Le discours s'ouvre sur une invitation à regarder en avant, non en arrière... Mais difficile de ne pas considérer l'histoire globale de l'Afrique, dans ces conditions. Le problème est que neuf ans après la promesse initiale de Ouagadougou (NDLR : une posture française très critiquée depuis), qui semblent reculer sur tous les fronts, l'exemple des restitutions se comptent encore sur les doigts d'une main. En février 2026, la France a rendu à la Côte d'Ivoire le "tambour parleur" Djidji Ayokwe, confisqué à Adjamé en 1916. C'est important symboliquement. Ce n'est pas encore une transformation de masse. Le discours de Macron navigue constamment entre cet écart et la promesse d'un avenir différent.
L'analyse brute de ce discours révèle une tension structurelle que la forme oratoire peine à résoudre. Macron souhaite repositionner la France comme partenaire égal de l'Afrique.
La logique globale, qu'Emmanuel Macron défend à Nairobi, valorise explicitement les diasporas africaines installées en France comme premier vecteur de transfert financier vers le continent, un fait économique souvent sous-estimé dans le débat politique. Les envois d'argent des diasporas vers l'Afrique subsaharienne dépassent depuis plusieurs années les flux d'aide publique au développement. Selon la Banque mondiale, ces transferts représentaient 53 milliards de dollars en 2022 pour l'Afrique subsaharienne, contre environ 30 milliards d'aide bilatérale. Macron ne cite pas ce chiffre, mais il valide ce constat en en faisant un axe central.
Sur la sécurité et la gouvernance mondiale, Emmanuel Macron adopte une ligne convergente avec William Ruto. Il soutient une représentation africaine permanente au Conseil de sécurité de l'ONU et plaide pour une Union africaine dotée de capacités réelles de maintien de la paix.
Mais, le président, qui quittera l'Élysée en 2027, avec l'influence réelle sur le continent qui a régressé de manière spectaculaire depuis 2020, place le cœur du propos de son discours dans l'économique et concède que l'Europe n'a plus les moyens de fournir une aide publique au développement en abondance et que la coopération doit se tourner vers l'investissement. Le président est ici aussi dans une position particlière : la France préside actuellement le G7 et compte bien porter les échanges d'Africa Forward au sommet d'Evian de juin prochain. Il s'engage à travailler à la levée des blocages à l'ONU en ce sens. Mais ici encore, le gouffre entre la rhétorique et les mécanismes concrets est réel. La France est elle-même membre permanent du Conseil de sécurité, avec droit de veto. Réformer cet organe supposerait, à terme, de diluer ce privilège.



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