Décryptage — Atlantic Bastion : Londres acte officiellement l’entrée dans une nouvelle ère de guerre sous-marine
- cirmafrance
- 9 déc. 2025
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Le Royaume-Uni a rendu public le lancement opérationnel d’Atlantic Bastion, programme naval destiné à contrer l’activisme subaquatique de la Russie dans l’Atlantique Nord. Le choix de dévoiler ce dispositif permet à Londres d'entrer dans la bataille des fonds marins comme un front stratégique à part entière. La Royal Navy reconnaît que l’avantage historique anglo-américain dans la chasse sous-marine s’est réduit et qu’il n’est plus possible de considérer l’Atlantique comme un simple arrière-théâtre. Le passage répété du navire russe Yantar au large des côtes britanniques, observé ces derniers mois, a agi comme un révélateur des vulnérabilités occidentales, en particulier autour des câbles transatlantiques et des infrastructures énergétiques immergées.

Atlantic Bastion ne se résume pas à un équipement ou un programme capacitaire isolé, mais constitue une architecture hybride pensée pour surveiller, poursuivre et, si nécessaire, neutraliser les capacités adverses sous le seuil de la confrontation ouverte. Londres assume pour la première fois l’idée d’une guerre sub-seuil permanente dans les grands fonds.
Les premières briques du dispositif reposent sur l’intégration de drones sous-marins autonomes, de réseaux de détection distribués, d’outils d’analyse acoustique avancés et de solutions d’intelligence artificielle capables de combiner données sonar, mouvements anormaux de navires et signaux faibles. C’est une manière de reconstruire un équivalent moderne de l’ancienne barrière GIUK qui, durant la guerre froide, séparait les sous-marins soviétiques des approches atlantiques.
Le volet industriel est central. Quatorze millions de livres ont été injectés dans la phase initiale, mais les montants réels sont bien supérieurs, puisque les apports privés quadruplent déjà les fonds publics. Vingt-six entreprises ont soumis leurs technologies, allant des grands groupes navals aux petites sociétés spécialisées en capteurs opto-acoustiques ou en intelligence artificielle maritime. Le ministère de la Défense veut faire émerger un écosystème complet autour de la lutte anti-sous-marine, capable non seulement de fournir la Royal Navy mais aussi de positionner le Royaume-Uni comme prestataire clé au sein de l’OTAN.
Cette initiative porte également une dimension politique, peu de temps après le refus britannique d'intégrer la base de défense de l'Union Européenne. Avec Atlantic Bastion, Londres entend rappeler que sa valeur stratégique post-Brexit ne réside pas dans le commerce, mais dans la maîtrise militaire des espaces maritimes atlantiques. Le message adressé aux Européens est transparent : sans un Royaume-Uni fort sur le plan naval, la sécurité des fonds marins, des flux énergétiques et des communications transatlantiques ne peut être garantie. La démarche vise à entraîner l’OTAN dans une forme de « bataille de l’Atlantique 2.0 », en incitant les partenaires à investir dans des dispositifs comparables ou compatibles.




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