Décryptage : l’OTAN renforce sa vigilance face aux menaces hybrides visant les infrastructures sous-marines
- cirmafrance
- 26 nov. 2025
- 2 min de lecture
Le réseau OTAN d’échange d’informations sur les infrastructures sous-marines critiques s’est réuni les 20 et 21 novembre 2025 à Rome afin d’évaluer les dispositifs de sécurité protégeant les câbles, pipelines et capteurs dont dépend une grande partie de l’économie et de la sécurité européenne. Pour la première fois, des partenaires extérieurs, des représentants du secteur industriel et de l’Union européenne ont rejoint les membres de l’Alliance pour renforcer la coordination face à des menaces toujours plus complexes.

Au cours de cette rencontre, experts civils et militaires ont étudié les moyens concrets d’améliorer la protection des infrastructures sous-marines, notamment en Méditerranée, où la multiplication des comportements suspects et des opérations clandestines exige une vigilance accrue. Les discussions ont mis en avant l’intérêt croissant pour des technologies de détection avancées – capteurs autonomes, drones sous-marins, systèmes de surveillance en continu – capables d’identifier, d’anticiper et de contrer les actions hostiles avant qu’elles ne provoquent des dégâts majeurs. Les participants ont également visité le centre italien dédié à la surveillance du domaine sous-marin, un exemple de coopération étroite entre autorités civiles, industriels et forces armées, permettant de détecter rapidement les anomalies et d’y répondre sans délai.
Cette mobilisation renouvelée trouve son origine dans une montée continue des menaces hybrides, particulièrement visible depuis les incidents de décembre 2024 en mer Baltique, qui avaient perturbé plusieurs infrastructures critiques et montré les limites des dispositifs de protection existants. En réaction, l’OTAN a lancé l’activité multimilieu Baltic Sentry, destinée à accroître la présence militaire, à améliorer le partage de données et à renforcer les capacités de surveillance face aux tactiques de déstabilisation. Le secrétaire général adjoint de l’OTAN, Jean-Charles Ellermann-Kingombe, a rappelé la nécessité d’une approche à 360 degrés, soulignant que seule une coopération complète entre les secteurs public, privé, civil et militaire peut répondre à la sophistication grandissante des menaces.
Cette réunion intervient alors que des signaux préoccupants se multiplient ailleurs sur le continent, notamment autour du Royaume-Uni. Les eaux territoriales britanniques semblent devenues des couloirs familiers pour les navires russes : après l’interception du navire océanographique Yantar, identifié comme un bâtiment de renseignement, puis celle du destroyer lourdement armé Koulakov, deux nouveaux navires russes ont encore été escortés hors des eaux britanniques. Ces incursions répétées, dénoncées par le secrétaire d’État à la Défense John Healey, ressemblent de plus en plus à des tests de résistance destinés à jauger la capacité de détection, de réaction et de coordination des forces occidentales.
La concomitance entre ces mouvements inhabituels de navires russes et la réunion de Rome n’est pas anodine. Elle montre à quel point le domaine sous-marin est devenu un espace stratégique contesté, où se mêlent rivalités militaires, stratégies de renseignement et tentatives de déstabilisation. Les Alliés savent désormais que leurs infrastructures essentielles – câbles internet, interconnexions énergétiques, capteurs militaires – peuvent être la cible d’acteurs cherchant à affaiblir leurs défenses sans confrontation directe.
Dans un contexte où les mers européennes sont de plus en plus scrutées, traversées ou sondées par des acteurs hostiles, la capacité de l’OTAN à protéger ses infrastructures sous-marines apparaît comme un enjeu majeur de stabilité. La multiplication des incursions russes, combinée à la sophistication des menaces hybrides, confirme que le champ sous-marin est devenu l’une des nouvelles lignes de front géopolitiques du continent.




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