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Décryptage : Les Etats-Unis enterrent un peu plus le multilatéralisme

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • 8 janv.
  • 2 min de lecture

Le 7 janvier 2026, la Maison-Blanche et le Département d’État annoncent, au titre du décret présidentiel 14199 (daté du 4 février 2025), le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales après un examen conduit par l’administration TRUMP. Dans ce cadrage, Washington décrit ces structures comme coûteuses, inefficaces, mal gérées, ou encore contraires aux intérêts et à la souveraineté américains, avec un sous-entendu idéologique explicite.


Pour les entités onusiennes, le mémorandum explique que le retrait signifie cesser la participation et/ou le financement, dans la limite de ce que permet le droit américain (donc : certaines coupes peuvent être immédiates, d’autres nécessitent des étapes juridiques, budgétaires ou procédurales).


De ce fait, la décision américaine de se retirer de 66 organisations internationales révèle une logique assumée de désengagement multilatéral global. Les retraits se concentrent d’abord sur les domaines de l’environnement, du climat et de la biodiversité, qui constituent le cœur politique de cette rupture. En quittant des structures centrales comme le GIEC, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ou encore les plateformes sur la biodiversité et la conservation, Washington se retire de l’architecture normative qui encadre les COP, les engagements climatiques et les standards environnementaux globaux. La sortie présentée comme effective de l’UNFCCC marque une rupture structurante avec le régime climatique international.


Le deuxième bloc concerne l’énergie et la transition. En se retirant d’agences et de réseaux liés aux énergies renouvelables, aux alliances solaires ou aux initiatives de décarbonation, les États-Unis cherchent moins à abandonner ces secteurs qu’à refuser que leur orientation soit définie dans des enceintes multilatérales perçues comme prescriptives. Il s’agit de reprendre un contrôle politique direct sur les priorités énergétiques, qui ne sont pas forcément tournées vers une transition verte, les normes et les financements associés. Un troisième ensemble touche aux droits humains, aux questions de genre, de population et à ce que l’administration qualifie d’« agenda social ». Le retrait d’ONU Femmes, du FNUAP et de plusieurs bureaux onusiens spécialisés traduit un refus explicite de soutenir financièrement et politiquement des mandats jugés idéologiques. Cette rupture est présentée comme une défense de la souveraineté nationale face à des normes sociales et sociétales élaborées à l’échelle internationale.


Le désengagement concerne également les champs du développement, de la gouvernance démocratique et de l’État de droit. En quittant des structures comme International IDEA, la CNUCED ou le Centre du commerce international, Washington limite volontairement son implication dans des dispositifs producteurs de normes électorales, institutionnelles ou économiques, perçus comme contraignants pour les politiques nationales. Sur le plan sécuritaire, les retraits de plateformes de coopération en matière de contre-terrorisme, de cybermenaces ou de menaces hybrides ne traduisent pas un désintérêt stratégique, mais un changement de méthode. Les États-Unis privilégient désormais des cadres bilatéraux ou des coalitions ad hoc, jugés plus flexibles, plus efficaces et politiquement maîtrisables que les forums multilatéraux.


Enfin, une part significative des retraits vise l’architecture interne du système des Nations Unies : départements de coordination, commissions régionales, structures de formation et universités onusiennes. L’objectif est double : réduire les coûts et limiter l’influence normative et bureaucratique de l’ONU sur la politique étrangère américaine.



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