Décryptage : Pour Paris et Londres, la conflictualité maritime est déjà entrée dans une phase active
- cirmafrance
- 9 déc. 2025
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Le discours du Premier Lord de la Mer, Sir Gwyn Jenkins, et l’intervention de l’amiral Nicolas Vaujour devant la commission de la Défense dessinent deux visions convergentes sur la menace russe mais articulées à partir de deux cultures stratégiques distinctes. Dans les deux cas, la Russie n’est plus un risque potentiel mais une puissance active, structurée et offensive dans le sous-marin, le fond marin et l’attrition des infrastructures. Le tableau est le même : projection accrue dans l’Atlantique Nord, montée en puissance de la flotte du Nord, modernisation sous-marine, opérations hybrides.

Dans son intervention à Londres, Sir Gwyn Jenkins adopte un ton d’alerte, en affirmant clairement que l’avantage occidental dans l’Atlantique “ne tient plus que de justesse”. L’expression n’est pas anodine et renvoie à un basculement d’équilibre stratégique où les anglo-américains perdent progressivement la supériorité héritée de la guerre froide. Ce que Jenkins décrit, c’est un scénario de rupture : multiplication de 30 % des incursions russes dans les zones OTAN, montée des capacités de pénétration profonde, capacité d’attaquer physiquement les câbles transatlantiques et doctrine d’attrition discrète visant la communication stratégique de l’Alliance. La mise en avant du navire Yantar n’est pas un détail technique, mais un signal politique : le Royaume-Uni estime possible – et envisageable – une neutralisation coordonnée des infrastructures numériques vitales. Derrière ce discours, l’objectif est clair : faire de l’Atlantique un théâtre prioritaire, appeler à l’union industrielle des alliés et justifier la montée en puissance de la Royal Navy, notamment dans la guerre sous-marine.
À Paris, l’amiral Vaujour adopte une posture moins dramatique mais tout aussi structurée. Sa présentation devant la représentation nationale replace la Russie dans un continuum stratégique : compétition militaire, pression juridique, modification des flux énergétiques, opérations hybrides subaquatiques. Mais le cœur de son raisonnement réside ailleurs : la vulnérabilité russe. Il rappelle que 80 % du pétrole russe et près d’un tiers du commerce extérieur transitent par la Baltique, désormais surveillée par deux États désormais membres de l’OTAN. Dans ce schéma, un basculement de Finlande et de Suède a modifié la géographie stratégique russe, puisque Moscou doit désormais traverser un corridor d’observation. l'amiral Vaujour expose également des faits précis, comme l'illumination radar de bâtiments français, opérations menaçant des câbles, manœuvres subaquatiques non revendiquées. Sa posture est analytique : oui, la Russie agit, mais elle est structurellement contrainte et observable.
En réalité, chaque discours révèle la nature profonde du rapport national à la mer. Le Royaume-Uni pense sa survie stratégique par l’Atlantique : câbles, flux financiers, liaisons commerciales, dépendance énergétique offshore. D’où une rhétorique d’urgence. La France, elle, articule son raisonnement dans un cadre global, de l’Atlantique à l’Indopacifique et aux espaces ultramarins. La Russie est un problème majeur, mais non exclusif. Sa marine porte un modèle dissuasif, expéditionnaire et multipolaire, que Vaujour présente comme rare en Europe. A l'aube de la conférence navale de Paris 2026, ces deux interventions résonnent comme une répétition générale du futur des puissances occidentales en mer.




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