La Présidence française du G7 et l'Afrique : vers une inclusion et une recomposition stratégique de la gouvernance mondiale ?
- cirmafrance
- 14 mai
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Dans le cadre de sa présidence du G7 (2026), la France a placé l'inclusion des pays africains parmi ses priorités, dans l'objectif de redéfinir les règles du jeu de la gouvernance mondiale. Ainsi, le sommet Africa Forward des 11 et 12 mai et la déclaration de Nairobi, ont cristallisé cet agenda, posant les bases d'une relation renouvelée entre le G7 et le continent africain.

Pourtant, le contexte n'est pas au beau fixe pour la France. La relation entre la France et l'Afrique subsaharienne, en particulier, traverse depuis 2020 une crise de légitimité sans précédent. Les départs forcés ou négociés des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger entre 2022 et 2023, combinés à la montée des sentiments anti-français dans ces pays, ont exposé l'épuisement du modèle dit de la « Françafrique ». Dans le même temps, la compétition géopolitique sur le continent s'est intensifiée. La Russie, via le groupe Wagner (rebaptisé Africa Corps), s'engouffre dans le vide sécuritaire au Sahel. De même que la Chine, puissance économique déjà dominante dans les infrastructures africaines, consolide ses positions. Les États du Golfe multiplient les investissements et les pays africains eux-mêmes, notamment au sein de l'Union africaine, réclament avec une force croissante une transformation des termes de leur intégration dans l'économie mondiale.
La présidence française du G7 intervient donc dans un contexte où Paris doit simultanément reconstruire sa crédibilité bilatérale avec l'Afrique et affirmer un leadership multilatéral, lui-même fragilisé par le retrait américain de plusieurs enceintes de coopération internationale.

Déjà en 2019, à Biarritz, la « Déclaration de Biarritz pour un partenariat entre le G7 et l'Afrique » avait été conjointement signée par les chefs d'État du G7, l'Égypte (alors présidente de l'Union africaine), le Rwanda, l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Burkina Faso, ainsi que le président de la Commission de l'Union africaine. Fort de cet héritage, la France a appris à formuler différemment sa relation à l'Afrique. Ce qui reste ouvert, c'est la question de savoir si ce renouveau rhétorique s'accompagne d'un rééquilibrage structurel des rapports de force ou si le G7 demeure, pour l'Afrique, un forum où l'on siège sans décider.
C'est pourquoi, plusieurs ruptures, survenues depuis 2019, méritent d'être soulignées. D'abord, Africa Forward (11-12 mai 2026) est le premier sommet de ce type à être accueilli et co-présidé avec un pays anglophone. Une prise de distance revendiquée avec le pré carré francophone, signalant que la France cherche à reconstruire une relation continentale, et non plus post-coloniale. La grammaire économique a également changé. Là où Biarritz parlait d'aide, de gouvernance et de lutte contre la corruption, Africa Forward 2026 évoque plutôt l'investissement. Emmanuel Macron et William Ruto ont plaidé de concert pour que l'Afrique reçoive des « investissements » plutôt que de l'aide publique, annonçant dans la foulée, 23 milliards d'euros d'investissements pour le continent.
Emmanuel Macron a également annoncé qu'il plaiderait pour « une Afrique présente au Conseil de sécurité de l'ONU, comme nous nous sommes battus pour que l'Union africaine ait son siège permanent au G20 ».

Parmi les initiatives qui tendent à repenser l'inclusion du continent africain dans les discussions du G7, le compte-rendu de la réunion ministérielle G7 Développement des 29 et 30 avril à Paris apporte un éclairage sur la méthode française.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la nature du format retenu, puisque la France a fait le choix d'un G7 Développement élargi, associant aux sept membres traditionnels les ministres du développement du Brésil, de la Corée du Sud, de l'Inde, du Kenya, de la Côte d'Ivoire et du Maroc. C'est une différence de degré notable par rapport à Biarritz en 2019, où les pays africains étaient invités au sommet des chefs d'État comme observateurs d'un texte déjà largement pré-négocié. En 2026, ils participent en amont, au niveau ministériel, à la fabrication de l'agenda lui-même.
Ce progrès a cependant ses limites structurelles. En effet, les pays africains inclus dans ce processus (Kenya, Côte d'Ivoire, Maroc) sont précisément ceux qui entretiennent les relations les moins conflictuelles avec l'Occident, la France, et qui ont le plus à gagner à leur intégration dans les circuits de financement internationaux. L'Afrique du Sahel, l'Afrique des transitions et des coups d'Etat militaires, l'Afrique qui a choisi de diversifier ses partenaires vers Moscou ou Pékin, est absente de la table. Le G7 inclusif de 2026 reste, comme celui de 2019, le G7 de l'Afrique compatible.



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