Minerais critiques et puissance africaine : pourquoi le G7 d'Évian a dû travailler avec Nairobi et Le Caire
- Alice Guillemaud
- il y a 1 jour
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Ce lundi 15 juin 2026, le sommet du G7 a débuté en France réunissant ces sept pays membres : la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Canada et le Royaume-Uni. Cette année, les thématiques priorisées ont davantage été tournées vers la création d’une nouvelle dynamique mondiale avec la mise en place de nouveaux partenariats économiques, la réduction des déséquilibres mondiaux mais également le renforcement des chaînes de valeurs des minerais critiques.

Depuis plus d'une décennie, les industries choisissent de s’orienter vers des technologies bas-carbones afin de limiter les dégâts faits sur le climat. Ces nouvelles méthodes requièrent des minerais tels que le cobalt, le lithium, le cuivre ou encore le nickel. Ces ressources sont essentielles pour la construction de batteries, d’éoliennes ou encore de semi-conducteurs. Malheureusement, la répartition de ces ressources est inégale et la majorité des gisements de ces minerais se situent sur le continent africain. En effet, selon National Geographic, plus de 75% du cobalt est produit en République Démocratique du Congo et une grande majorité des réserves de cuivre se situe en Zambie. Cela fait du continent africain un nouvel acteur majeur de ressources naturelles et un participant essentiel à des sommets tel que le G7.
C’est dans cet état d’esprit que le Président Emmanuel Macron a invité le Kenya et l’Egypte afin de donner une voix à l’Afrique dans ce sommet, qui réunit majoritairement des pays occidentaux. Le choix du Kenya, représenté par son président William Ruto, n’est pas anodin, car le président français tente d’élargir ses relations avec le continent africain en ouvrant le dialogue avec l’Afrique anglophone.d’abord avec l’organisation du forum Africa Forward à Nairobi, puis en poursuivant cette dynamique en invitant Kenya pour le sommet du G7. Le Kenya n'a toutefois pas été le premier choix de la France pour représenter l'Afrique, selon plusieurs sources, l'Afrique du Sud aurait d'abord été invitée, avant que l'administration américaine ne menace de boycotter le sommet, poussant la présidence française à inviter le Kenya à sa place. Paris a démenti avoir cédé à une quelconque pression, sans toutefois confirmer ou infirmer l'invitation initiale de Pretoria. Par ailleurs, la RDC et la Zambie ont également été associées à des groupes de travail consacrés à la résilience des chaînes de valeurs des minerais critiques, l'une des priorités du sommet, sans pour autant obtenir de siège à part entière.
Avec le G7, les pays occidentaux tentent de sécuriser leur alliance en choisissant des pays moins risqués que la Chine, qui domine une majorité des chaînes de valeurs. Ce risque tient surtout au raffinage : la Chine assure en effet 79% du raffinage mondial de cobalt et 70% de celui du lithium, ce qui en fait le verrou stratégique de la chaîne de valeur, bien plus que l'extraction elle-même. L'Afrique se positionne donc comme une alternative pour sortir de la dépendance à la Chine.
Cependant des tensions existent entre les Etats membres du G7 et les pays africains. En effet, le G7 souhaite imposer des critères et des normes environnementales (ESG) très strictes afin de contrôler l’extraction des minerais, par exemple en matière de traçabilité de l'origine des minerais ou de conditions de travail dans les mines artisanales. Les pays africains n’ont pas le même point de vue. Le continent africain possède, aujourd’hui, la volonté de devenir plus indépendant vis-à-vis des occidentaux ; cela s’est vu lors d’Africa Forward où Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d'euros d'investissements, partagés entre entreprises françaises et africaines, présentés comme un partenariat d'égal à égal plutôt qu'une aide classique . Ainsi les leaders africains refusent d’obéir aux règles mises en place par les membres du G7. Pour cela, l'Afrique exige un équilibre dans les relations avec un financement de la part des pays occidentaux pour l'installation d'usines de raffinage sur le sol africain et un transfert de technologies. La RDC a d'ailleurs illustré ce rapport de force en instaurant, depuis février 2025, un embargo puis des quotas sur ses exportations de cobalt, contribuant à une hausse de plus de 50% des cours du métal. Cela permettrait de développer une industrie minière locale et de permettre à aux Etats africains de pouvoir utiliser à nouveau ces compétences pour continuer à se développer et à devenir plus indépendant.
Ainsi, avec l’invitation du Kenya comme représentant de l’Afrique, les membres du G7 tentent de compléter deux priorités en ouvrant la voie à de nouvelles dynamiques mondiales tout en sécurisant leur chaines de valeurs de minerais critiques.



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