La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt révèle les fractures persistantes de l’Allemagne
Une revue de presse par Martin Prouvost
La victoire de l’Alternative für Deutschland (AfD) en Saxe-Anhalt constitue un séisme politique. Selon les résultats préliminaires, le parti d’extrême droite a obtenu 43,8 % des voix, contre seulement 17,2 % pour la CDU du chancelier Friedrich Merz. L’AfD remporte ainsi 39 des 83 sièges du Parlement régional, à seulement trois sièges de la majorité absolue.

La Saxe-Anhalt ne représente évidemment pas toute l’Allemagne. Mais son scrutin montre que la réunification demeure un processus social et politique inachevé. Trente-six ans après la chute du Mur, la fracture Est-Ouest continue de peser sur la démocratie allemande et l’AfD apparaît aujourd’hui comme la principale bénéficiaire électorale de cette défiance. Le résultat est historique à plusieurs titres. Il constitue le meilleur score jamais enregistré par l’AfD lors d’une élection régionale et place pour la première fois le parti en situation de pouvoir éventuellement diriger un Land. La difficulté demeure toutefois mathématique : les autres formations politiques refusent jusqu’à présent de gouverner avec l’AfD, conformément au « pare-feu » traditionnel de la politique allemande.
C’est précisément cette lecture historique que développe Elisa Goudin dans une tribune publiée le 7 septembre par Le Monde. Pour la germaniste de l’Université Sorbonne-Nouvelle, la réunification n’a pas produit une véritable synthèse entre les deux sociétés allemandes : « l’unification n’en fut pas une ». Elle insiste sur la dévalorisation d’une partie des expériences est-allemandes et sur le sentiment persistant d’inégalité et de déclassement.
La défaite est également un sérieux avertissement pour Friedrich Merz. En effet, la CDU, qui gouvernait la Saxe-Anhalt depuis 2002, passe de 37,1 % en 2021 à environ 17%. Le scrutin sanctionne donc non seulement la politique régionale mais également, dans une certaine mesure, le gouvernement fédéral, confronté à la stagnation économique, aux difficultés industrielles et aux débats sur l’immigration et la sécurité.



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