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Le G7 comme acteur structurant dans un ordre international en recomposition

  • Lilou Gustave
  • il y a 11 minutes
  • 8 min de lecture

Le G7 est l'un des principaux forums informels de dialogue entre les démocraties industrialisées, regroupant la France, le Japon, l’Allemagne, les États-Unis, le Canada, l’Italie et le Royaume-Uni. Créé en 1975 sous la forme du G6 dans un contexte marqué par le premier choc pétrolier, il avait pour objectif de favoriser la coordination entre les principales puissances économiques face à des crises dépassant les capacités d'action des États pris individuellement. L'intégration du Canada en 1976 a conduit à la création du G7, tandis que l'adhésion de la Russie en 1998 donna naissance au G8, avant que son exclusion en 2014, à la suite de l'annexion de la Crimée, ne rétablisse la configuration actuelle du forum. Dépourvu de personnalité juridique et de pouvoir décisionnel contraignant, le G7 constitue avant tout un espace de dialogue politique permettant à ses membres de coordonner leurs positions sur les principaux enjeux internationaux. Au fil des années, son agenda s'est progressivement élargi aux questions de sécurité, de développement, de climat, de gouvernance numérique ou encore de santé mondiale.


Source : Conseil européen, Conseil de l’Union européenne - Sommet du G7, Évian, France, 15-17 juin 2026
Source : Conseil européen, Conseil de l’Union européenne - Sommet du G7, Évian, France, 15-17 juin 2026

Si le G7 a longtemps été considéré comme un instrument de gouvernance économique internationale, son rôle s'inscrit désormais dans un contexte profondément transformé auquel il doit s’adapter. En effet, la mondialisation connaît une fragmentation croissante, marquée par la recomposition des chaînes de valeur, le développement de politiques de sécurité économique, la multiplication des mesures protectionnistes ou encore les rivalités stratégiques entre grandes puissances, en particulier entre les États-Unis et la Chine. S’ajoutent à ces mutations les transitions numérique et climatique, qui imposent de nouvelles formes de coopération internationale, ainsi qu'une militarisation grandissante des interdépendances économiques et technologiques. Ces mutations récentes interrogent la place des institutions de gouvernance mondiale et les difficultés rencontrées alimentent le débat sur l’efficacité du multilatéralisme traditionnel.


Dans ce contexte, le G7 apparaît comme un forum qui s’adapte aux changements et bouleversements des relations internationales. Les dernières présidences ont ainsi cherché à renforcer son rôle sur des questions diverses telles que le soutien à l'Ukraine, la sécurité économique, l'intelligence artificielle, la résilience des chaînes d'approvisionnement ou encore les relations avec les partenaires africains, notamment à travers des initiatives telles qu'Africa Forward, traduisant une volonté d'élargir le dialogue avec des acteurs extérieurs au forum.


Dès lors, dans quelle mesure le G7 redéfinit-il son rôle dans un ordre international marqué par le retour des rapports de force et un affaiblissement du multilatéralisme ? Cet article suggère que ce forum demeure un acteur structurant de la gouvernance internationale et tend à s'affirmer comme un espace privilégié de concertation entre des États partageant des intérêts stratégiques et des valeurs communes. En ce sens, le G7 pourrait constituer l'une des principales manifestations d'une évolution de la coopération internationale vers le plurilatéralisme, une forme de multilatéralisme plus restreinte et davantage adaptée aux équilibres géopolitiques contemporains.


La crise du multilatéralisme : un contexte favorable à la redéfinition du rôle du G7 ?


Traditionnellement, il est possible de définir le multilatéralisme comme une action collective coordonnée entre plusieurs acteurs conscients qu'un travail commun sur des défis mondiaux complexes leur serait bénéfique. C'est un outil contemporain de collaboration basé sur l'idée que : « Ensemble, nous serons plus forts » et qui permet aux États de réduire les coûts de coopération, de favoriser la confiance mutuelle et de faciliter la coordination de leurs politiques malgré la poursuite d'intérêts nationaux parfois divergents. Cette logique s'inscrit dans une conception libérale des relations internationales selon laquelle les interdépendances économiques et institutionnelles contribuent à limiter les rapports de force traditionnels. Elle repose sur une ouverture des échanges, un ensemble de règles encadrant les relations étatiques, une coopération sécuritaire et des institutions capables d'encadrer les comportements des États et de favoriser une coopération durable. Toutefois, ce système fait aujourd'hui face à des remises en cause croissantes avec un retour aux rapports étatiques basés sur la force. Les difficultés rencontrées par les principales institutions internationales illustrent les limites d'un multilatéralisme confronté à la multiplication des crises géopolitiques. Les blocages récurrents au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en raison du droit de veto exercé par les membres permanents, réduisent sa capacité à répondre efficacement aux conflits contemporains. De la même manière, l'Organisation mondiale du commerce peine à remplir pleinement son rôle d'arbitre des différends commerciaux dans un contexte marqué par le retour des politiques protectionnistes et des mesures unilatérales.


Ces évolutions traduisent plus largement une recomposition de l'ordre international marquée par une remise en cause des fondements mêmes de la gouvernance internationale héritée de l'après-guerre froide. La mondialisation a profondément modifié les rapports de puissance sans pour autant conduire à une disparition des rivalités entre États, rendant les mécanismes traditionnels de coopération plus difficiles à mettre en œuvre. Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis constitue un élément particulièrement révélateur de ces changements. Depuis le début de son second mandat, la politique étrangère américaine privilégie une approche transactionnelle, caractérisée par la recherche d'accords bilatéraux, la remise en question de plusieurs mécanismes de coopération internationale et une utilisation plus fréquente des instruments économiques comme leviers de puissance. Les tensions sino-américaines participent également à cette transformation. Au-delà de la rivalité commerciale, elles s'étendent désormais aux domaines technologiques, industriels et sécuritaires. Les restrictions sur les exportations de technologies critiques, les politiques de de risking, la relocalisation de certaines productions stratégiques ainsi que la sécurisation des chaînes d'approvisionnement témoignent d'une militarisation croissante des interdépendances économiques. Dans ce contexte, les interdépendances, longtemps considérées comme des facteurs de stabilité, deviennent également des instruments de pression géopolitique.


La crise actuelle du multilatéralisme ne traduit pas nécessairement la disparition de la coopération internationale, mais plutôt la recherche de formes nouvelles, capables de répondre à un environnement stratégique profondément transformé. Face aux limites croissantes des institutions internationales, les États semblent privilégier des formats plus restreints réunissant des partenaires partageant des intérêts stratégiques et des valeurs communes. C'est dans cette dynamique que s'inscrit le développement du plurilatéralisme, dont le G7 constitue aujourd'hui l'une des principales illustrations.


Source : European Union External Action - La coopération entre l’UE et le Conseil de l’Europe : un pilier d’un multilatéralisme efficace
Source : European Union External Action - La coopération entre l’UE et le Conseil de l’Europe : un pilier d’un multilatéralisme efficace

Vers le plurilatéralisme : le G7 comme acteur structurant d'une coopération plus restreinte


La crise du multilatéralisme ne signifie pas la disparition de la coopération internationale. Les États demeurent interdépendants et continuent de rechercher des espaces de dialogue afin de répondre à des enjeux qui dépassent le cadre national. Ils s'appuient davantage sur des groupes restreints partageant des intérêts stratégiques, des capacités d'action similaires ou encore des valeurs communes. Cette évolution est généralement désignée sous le terme de « plurilatéralisme ». Contrairement au multilatéralisme, qui vise une coopération la plus inclusive possible, le plurilatéralisme repose sur une logique plus sélective. Il rassemble un nombre limité d'acteurs capables d'agir rapidement sur des problématiques ciblées, sans rechercher systématiquement un consensus universel. Cette forme de coopération répond avant tout à un objectif d'efficacité dans un contexte où les enceintes multilatérales apparaissent de plus en plus contraintes par les rapports de force géopolitiques. Cette approche, qu’il est également possible de qualifier de « minilatéralisme », regroupe des acteurs « intéressés, volontaires et compétents » et permet d’améliorer la « rapidité, la flexibilité, la modularité et d’effectuer des expérimentations ».


Dans ce contexte, le G7 apparaît comme l’une des principales expressions contemporaines de cette évolution. Bien qu'il ne dispose d'aucun pouvoir juridique contraignant, ce forum bénéficie d'une forte capacité de coordination politique entre ses membres. Son fonctionnement informel permet aux chefs d'État d'échanger rapidement sur les principaux enjeux internationaux et de coordonner leurs positions. La gouvernance informelle constitue précisément l'une des forces du G7, en offrant un espace de dialogue plus souple que les institutions internationales traditionnelles. Ces éléments sont particulièrement visibles depuis le début des années 2020. Face à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les membres du G7 ont coordonné une large partie de leurs politiques de sanctions économiques, de soutien financier et d'assistance militaire. De la même manière, les questions de sécurité économique, de résilience des chaînes d'approvisionnement, de transition énergétique ou encore de développement de l'intelligence artificielle occupent désormais une place centrale. Ces différents sujets illustrent une extension progressive du champ d'action du G7, qui dépasse largement les seules questions macroéconomiques ayant présidé à sa création. La présidence canadienne du G7 en 2025 illustrait déjà particulièrement cette dynamique. Les autorités canadiennes ont mis en avant la nécessité de travailler avec des « trusted partners » afin de répondre collectivement aux défis contemporains. Cette notion renvoie à l'idée selon laquelle la coopération internationale repose désormais davantage sur des partenariats de confiance entre États partageant des intérêts stratégiques communs que sur des mécanismes universels de gouvernance recherchant un consensus parfois impossible à atteindre.


Finalement, il apparaît que le G7 tend à s'affirmer comme un acteur stabilisateur en maintenant un dialogue politique régulier entre les principales démocraties industrialisées. Les priorités définies pour le G7 de 2026, tout comme les ambitions françaises en matière de gouvernance internationale, témoignent d’une volonté de renforcer un cadre de coopération fondé sur le consensus entre États partageant des intérêts et des valeurs communes. En ce sens, le G7 semble aujourd'hui constituer l'une des principales expressions du plurilatéralisme. Cependant, le G7 présente également certaines limites qu'il convient de souligner. Sa composition demeure représentative d'un nombre restreint de démocraties industrialisées, tandis que plusieurs acteurs majeurs de la gouvernance mondiale, tels que la Chine, l'Inde, le Brésil, l’Australie, la Corée du Sud ou encore l'Afrique du Sud, n'en sont pas membres. Cette situation alimente régulièrement les critiques portant sur sa légitimité et sur sa capacité à représenter les équilibres du XXIème siècle. Les divergences qui subsistent entre les États membres, notamment concernant les relations économiques avec la Chine ou certaines politiques commerciales américaines, rappellent également que le consensus recherché au sein du forum reste soumis aux priorités nationales de chacun. Il est également possible de noter que des critiques sont régulièrement soulevées concernant le manque de capacité budgétaire et administrative empêchant de créer un réel changement, bien que cet objectif soit recherché.



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