Sommet des BRICS+ 2026 : Le Sud Global tiraillé entre Pékin et New Delhi
Dernière mise à jour : 23 sept.
Une Revue de Presse par Mariam El Boughanemi
Septembre 2026 marque un double enjeu pour la diplomatie de la République populaire chinoise (RPC) : le 25eanniversaire de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et le 20e anniversaire des BRICS+.
Dans la foulée de sa visite à Bichkek au Kirghizistan, le président chinois a rejoint New Delhi pour une rencontre bilatérale très attendue. Ce face-à-face sino-indien est une première en sept ans, marquant une tentative de dégel après les affrontements frontaliers de la vallée de Galwan de 2020.
Faire ou ne pas faire bloc face à l’Occident ? Si l’objectif affiché de ce 20e Sommet des BRICS+ était de consolider la solidarité du Sud Global, l’événement a surtout mis en lumière la fracture entre ses deux chefs de file. D’un côté, la Chine est favorable à la structuration d’une alternative au G7, dominé par les États-Unis. De l’autre côté, l’Inde maintien une position beaucoup plus nuancée et se refuse à faire de la plateforme économique une arme contre l’Occident. Les BRICS apparaissent fracturés et cette division est d’autant plus apparente que la Déclaration finale dite « Déclaration de New Delhi » ne fait pas apparaitre de position commune ferme.
Cependant, la confrontation des positions entre les deux puissances pourrait se conclure par une victoire chinoise, et ce pour au moins deux facteurs. Un facteur externe d’une part, avec la politique unilatérale de l’administration Trump, qui agit comme un repoussoir fédérant les membres autours de la Chine – tels que la Brésil ou encore l’Afrique du Sud. Un facteur interne d’autre part, avec une stabilité régionale relative de la Chine, et ce malgré les revendications en mer de Chine méridionale. La RPC s’est en effet montrée coopérative dans les divers projets économiques régionaux, et ce même avec des partenaires connaissant des différends avec celle-ci. L’exemple le plus parlant est les Philippines qui, malgré ses divergences avec la RPC, connait une relation avec le Parti communiste chinois plutôt réussies dans le cadre à la fois du RCEP et des divers accords de libre-échange avec l’ASEAN. Ce pragmatisme économique régional rend la Chine particulièrement difficile à isoler.
Sous l’impulsion de Pékin, les BRICS sont ainsi passés d’un club exclusif fondé en 2006 (Brésil, Russie, Inde, Chine, rejoints par l’Afrique du Sud) à une véritable plateforme de coopération pour les pays en développement[1]. Aujourd’hui élargie à onze membres, cette organisation informelle – sans traité fondateur ni infrastructure lourde – représente désormais la moitié de la population mondiale et 30 % de l’économie globale.
Et peut-être, un leadership informel chinois est en train d’émerger au sein du groupe. Sur le plan diplomatique, le discours du sommet a été fortement imprégné par la doctrine des « amitiés entre voisins » pilier de la diplomatie de pourtours chinoise. La Déclaration conjointe de New Delhi vient d’ailleurs cristalliser cette approche, en réaffirmant l’engagement des parties à résoudre pacifiquement les différends internationaux par le dialogue et la consultation.
[1] La première réunion informelle ministérielle a eu lieu en 2006 et le premier sommet officiel des chefs d’État s’est tenu en 2009 à Iekaterinbourg.
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