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Africa Forward : Macron recompose la relation franco-africaine et pose les jalons du G7 d'Évian

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • il y a 1 heure
  • 3 min de lecture

Le 11 mai 2026, Emmanuel Macron co-préside à Nairobi le sommet Africa Forward avec son homologue kényan William Ruto, réunissant pour la première fois des chefs d'État africains anglophones et francophones autour d'un agenda économique commun.


La France annonce 23 milliards d'euros d'investissements en Afrique, devant générer plus de 250 000 emplois directs. Le président français plaide pour un basculement du modèle aide-développement vers le co-investissement privé, appelle à une présence africaine permanente au Conseil de sécurité de l'ONU, et pose explicitement ce sommet comme antichambre du G7 qu'il accueillera à Évian du 15 au 17 juin 2026.



Le discours de Nairobi s'inscrit neuf ans après celui d'Ouagadougou (2017), où Emmanuel Macron avait déjà annoncé la fin de la Françafrique. Cette promesse de rupture n'avait alors pas convaincu, puisqu'entre 2020 et 2023, une succession de coups d'État au Mali, au Burkina Faso et au Niger a porté au pouvoir des juntes ouvertement hostiles à Paris, conduisant au retrait des forces françaises de l'ensemble du Sahel.


En 2025, le Tchad, le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont suivi, exigeant à leur tour le départ des bases militaires françaises. La France a perdu en quelques années l'essentiel de son pré carré sécuritaire en Afrique subsaharienne.


Ce recul s'explique par un sentiment antifrançais alimenté par des décennies de soutien à des régimes contestés, la montée en puissance de la Russie (via le groupe Wagner, rebaptisé Africa Corps), de la Chine comme alternatives, et l'émergence d'une génération africaine qui réclame une souveraineté économique réelle, et non plus seulement politique. Africa Forward est la réponse structurée à cet échec — non plus militaire et sécuritaire, mais économique, institutionnelle et symbolique.


La France, depuis 25 ans, elle est bousculée en Afrique. Et c'est normal et c'est très bien !, Emmanuel Macron, Nairobi, 11 mai 2026

Ce qui se joue à Africa Forward est important, car l'événement est un sommet à double fond. D'une part, il s'agit simultanément de recomposer l'image de la France en Afrique et d'armer diplomatiquement le G7 d'Évian sur deux dossiers qui seront centraux en juin, comme la réforme de l'architecture financière internationale et les chaînes de valeur des minerais critiques.


C'est pourquoi la doctrine du co-investissement que défend Emmanuel Macron constitue une première proposition en lien avec la fin de l'aide publique au développement. En faisant notamment des diasporas et du capital privé les premières sources de transfert de richesse vers le continent. une richesse que le président de la République a souligné à plusieurs reprises et dans plusieurs discours.


Mais, la question du soutien français à une présence africaine permanente au Conseil de sécurité des Nations Unies mérite attention, car incertaine. Cette position n'est pas nouvelle en soi, mais la réaffirmer dans ce contexte et s'engager à "lever les blocages à l'ONU" est une concession symbolique. Le président de la République y gagne une forme de sympathie précieuse, en fin de mandat et de tournée africaine, notamment pour convaincre les pays de s'aligner avec la France dans un système multilatéral mis à l'épreuve par les tensions sino-américaines.


L'autre question qui demeure est celle de la durabilité. En effet, Africa Forward est un moment de communication et de dialogue économique fort, autant qu'un moment de politique. Les engagements sur le co-investissement, la transformation industrielle et la représentation onusienne devront se traduire en actes mesurables entre juin 2026 et la fin du quinquennat. Faute de quoi, ce sommet ne sera qu'un épisode de plus dans la longue série des déclarations d'intention françaises sur l'Afrique, prometteuses, sincères peut-être, mais structurellement sans lendemain.

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