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Barkhane (2014-2022) : Le paradoxe d’une supériorité militaire face à l’enlisement politique au Sahel

  • Ephraim Afanvi
  • 20 mai
  • 3 min de lecture

Par Ephraim Afanvi


Lancée le 1er août 2014 pour succéder à l’opération Serval, l’opération Barkhane représente l’effort militaire français le plus ambitieux en Afrique au XXIe siècle. En déployant jusqu’à  5 100 soldats sur une zone transfrontalière couvrant cinq pays du G5 Sahel, la France visait à stabiliser une région menacée par le terrorisme transnational. 


Pourtant, après huit ans d’engagement, le retrait définitif en 2022 laisse derrière lui un bilan profondément ambivalent. Comment une opération marquée par une efficacité tactique indéniable a-t-elle pu aboutir à une impasse stratégique et à une crise de légitimité sans précédent ?



Une efficacité opérationnelle au défi de l'immensité


Sur le plan purement militaire, l’opération Barkhane a démontré une supériorité technique et opérationnelle de haut niveau. L’armée française a mis en œuvre une stratégie de « décapitation » particulièrement efficace, aboutissant à la neutralisation de figures majeures du djihadisme comme Abdelmalek Droukdel (AQMI) en 2020 et Adnane Abou Walid al-Sahraoui (EIGS) en 2021. Ces succès ont permis d’éviter la formation d’un sanctuaire territorialisé un « proto-État » djihadiste et ont contenu l’effondrement immédiat des structures étatiques sahéliennes. 


Toutefois, cette force s’est heurtée à une contrainte géographique insurmontable : l’immensité du théâtre d’opérations. Couvrir 5 millions de kilomètres carrés avec un effectif limité a contraint les troupes à une mobilité permanente, empêchant tout contrôle durable du terrain. Ce déséquilibre logistique a transformé l’intervention en un véritable « travail de Sisyphe » : une fois les forces françaises retirées d’une zone sécurisée, les groupes armés s'y réinstallent en exploitant les dynamiques locales.



Les limites du « tropisme militaire »


L’enlisement de Barkhane révèle également une faille stratégique majeure : le « tropisme militaire » français. L’intervention reposait sur le postulat que la sécurisation était le préalable indispensable au retour de l’État. 


Or, dans la réalité, l’absence de relais étatiques (santé, éducation, justice) dans les zones « libérées » a créé un vide institutionnel que les groupes djihadistes ont su combler. De plus, la nature du conflit a muté. Initialement perçue comme une lutte antiterroriste, la crise est devenue une insurrection diffuse ancrée dans des tensions communautaires et foncières. Face à une menace fragmentée et résiliente, l’outil militaire classique s’est révélé inadapté pour traiter les causes profondes de la violence, qui sont avant tout socio-économiques et politiques.


La défaite politique et la bataille des perceptions


Le retrait forcé de Barkhane est avant tout le résultat d’une perte de légitimité politique. Initialement libératrice, la France a fini par être perçue comme une force d’ingérence, voire d’occupation. Des épisodes comme l’incident de Bounti en 2021, où une frappe a causé la mort de civils selon l’ONU, ont gravement entamé la crédibilité française face aux opinions publiques locales. 


Parallèlement, la France a perdu la bataille des perceptions sur les réseaux sociaux. Elle s’est retrouvée démunie face à une guerre informationnelle agressive menée par des acteurs extérieurs comme la Russie, via le groupe Wagner. Des campagnes de désinformation, comme la mise en scène du faux charnier de Gossi, ont exploité le sentiment anti-français pour précipiter le basculement géopolitique de la région, notamment au Mali. Enfin, l’échec de la « sahélisation » l’incapacité à transférer la sécurité aux armées locales  a scellé le sort de l’opération après les coups d'État successifs dans la région.



Conclusion : Des enseignements pour l’avenir


Le bilan de Barkhane souligne une leçon fondamentale des relations internationales contemporaines : la supériorité militaire ne suffit pas à garantir la victoire politique. Si l’opération a évité le pire sur le plan sécuritaire, elle n’a pas réussi à transformer ses victoires tactiques en une stabilisation durable. 


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