Le cinéma et l’Afrique : un moyen de partage et d’évolution
- Alice Guillemaud
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Le cinéma s'impose depuis toujours à l'échelle internationale comme un puissant levier pour préserver la paix et accompagner le développement des sociétés. Loin de n'être l'apanage que des industries française ou américaine, la transmission de valeurs et de récits uniques est un enjeu mondial. Le continent africain ne fait pas exception à cette dynamique.

Le cinéma a toujours été un outil de partage et de lutte contre les injustices. En Europe et aux États-Unis, des réalisatrices comme Céline Sciamma ou Greta Gerwig ont utilisé cet espace pour partager des valeurs qui redessinent les rôles féminins habituellement stéréotypés, pour mettre davantage en valeur la sororité et l’égalité.
Le continent africain n’échappe pas à cette tendance. Abderrahmane Sissako, cinéaste et réalisateur mauritanien qui a passé son enfance au Mali, affirme que le cinéma africain arrive à un point de rupture. Jusqu’à présent, cette industrie dépendait des financements étrangers. Selon l’UNESCO, seulement 19 pays africains sur 54 offrent un soutien financier public à leurs cinéastes. À cause de ce manque d’investissement, le milieu du cinéma ne peut correctement se développer.
Cependant, cela n’empêche pas quelques institutions de s’intéresser au rôle du cinéma dans la société. Cela a été le cas du Timbuktu Institute et de l’African Center for Peace. Ces deux organisations ont confirmé le fait que la culture « contribue au renforcement de la démocratie, de l’inclusion sociale, de la paix ainsi qu’à la promotion des femmes et de l’avenir des jeunes ; de plus, le cinéma permet de découvrir des communautés, des expressions culturelles et artistiques de tous les peuples » selon l’Agence Française de Développement (AFD).
Lors du sommet Africa Forward, qui s’est tenu les 11 et 12 mai 2026, l’industrie créative africaine a été au cœur des débats. De grandes figures du cinéma, à l'instar du réalisateur et producteur Abderrahmane Sissako, sont venues y partager leur vision d'un art engagé. Cette volonté de bousculer les consciences par l'image se retrouve également sur le petit écran avec des productrices comme Kalista Sy.
Cette scénariste et productrice sénégalaise a choisi d’utiliser le format de la série télévisée pour briser des codes sociaux stricts qui imposent, au Sénégal, une grande discrétion aux femmes, notamment sur la question de l’intimité. Dès 2019, avec sa série « Maîtresse d’un homme marié », elle aborde des thèmes complexes et souvent tabous comme l’infidélité, la polygamie, le divorce ou encore la santé mentale. En plaçant des figures féminines fortes et indépendantes au centre du récit, elle leur redonne une voix et une place cruciale. Kalista Sy poursuit cette dynamique engagée en 2021 avec sa nouvelle production, « Yaay 2.0 », une série qui lève le voile sur d’autres sujets sensibles tels que la maternité, l’infertilité masculine ainsi que le poids des pressions sociales autour de la procréation.
En 2023, avec sa série « Hair Lover », elle va encore plus loin en questionnant les standards de beauté hérités du colonialisme. Elle utilise ainsi l’écran comme un véritable espace de lutte et de libération, ancrant ses récits dans des réalités locales pour générer un impact à l'échelle continentale. Par cette démarche, Kalista Sy s'impose désormais comme une figure centrale du renouveau du cinéma sénégalais. Elle incarne une voix féminine puissante, indispensable pour repenser la place des femmes et des hommes dans la société, tout en définissant les représentations sociales et culturelles au Sénégal et dans toute l’Afrique.
En somme, le cinéma s'impose à travers le monde comme un puissant vecteur de transformation sociale et un levier essentiel pour la paix. Si le continent africain fait face à des défis de financement majeurs, des sommets comme Africa Forward en 2026 rappellent l'impact crucial de cette industrie créative sur la démocratie et l'inclusion. Au cœur de ce renouveau, des figures comme Kalista Sy prouvent que l'écran est un espace de lutte incontournable ; en brisant les tabous sociaux et en questionnant l'héritage colonial, elle incarne cette voix puissante qui, à partir de réalités locales, redéfinit les représentations culturelles et la place des femmes dans toute l'Afrique.



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