Corée du Sud : la crise iranienne fait d'un pays encerclé un acteur central
- Luca Jouglet
- 13 juin
- 2 min de lecture
Depuis le 28 février 2026, le monde a redécouvert la Corée du Sud. Pas comme alliée fidèle de Washington, pas comme économie exportatrice. Comme acteur pivot d'une région qui se reconfigure à vitesse forcée.
La fermeture du détroit d'Ormuz a mis ça en lumière brutalement. La Corée du Sud dispose d'une capacité de raffinage de 3,5 millions de barils par jour, l'une des plus importantes au monde. En 2025, ses quatre grands raffineurs ont exporté un record de 233,7 millions de barils de diesel. Ses raffineries honorent des obligations contractuelles couvrant l'Asie-Pacifique, l'Océanie et la côte ouest américaine. Ces chiffres existaient avant la crise. Personne n'y faisait vraiment attention. La fermeture d'Ormuz les a rendus visibles et stratégiques.

Sauf que la Corée du Sud n'était pas en position de force. 70 % de ses importations de brut transitaient par le détroit. Le dernier pétrolier de brut venu du Moyen-Orient est arrivé le 20 mars mais apres cette date, les ravitaillements ont cessé. Les raffineries ont tourné sur les stocks stratégiques pendant que le gouvernement envoyait en urgence un envoyé présidentiel pour acheter du brut dans 17 pays, Congo, Gabon, Brésil, Canada, Australie. 110 millions de barils sécurisés pour avril et mai, via des routes évitant le détroit. C'est ça, la réalité de la "puissance émergente".
Ce qui a peut-être le plus marqué les esprits à Séoul, c'est le comportement américain. Washington a retiré des systèmes THAAD et Patriot de la péninsule coréenne pour les redéployer au Moyen-Orient, pendant que la Corée du Nord continuait ses tests de missiles. Le président Lee Jae Myung a dit qu'il ne pouvait pas "imposer sa position" aux États-Unis. Formule polie pour dire : nous sommes désormais seuls.
La Chine en a profité. Pékin a obtenu des exemptions de transit iranien que Séoul n'a pas reçues, précisément à cause de son alliance avec Washington. Or la Chine fournit 50 % des terres rares coréennes et importe un tiers de ses semi-conducteurs. L'alliance américaine coûte, économiquement et diplomatiquement. Le calcul commence à se poser ouvertement à Séoul, l'équilibre entre Pékin et Washington devient de plus en plus difficile à tenir

La crise a accéléré quelque chose de plus structurel. La Corée du Sud est déjà devenue le deuxième exportateur d'armement vers les membres européens de l'OTAN, un chiffre qui aurait semblé improbable il y a dix ans. Elle construit des relations bilatérales de sécurité au-delà de sa région immédiate, avec le Japon, les Philippines, l'Australie. Ces partenariats existaient, mais ils restaient prudents, calibrés, jamais vraiment assumés. La crise les a rendus urgents. Et avec eux, un débat que Séoul évitait soigneusement refait surface : jusqu'où la dépendance à Washington est-elle tenable ? Les pressions s'accumulent des deux côtés économiques avec les tarifs douaniers imposés par Donald Trump, sécuritaires avec le retrait des systèmes de défense de la péninsule. Ce débat était tabou il y a encore un an. Il ne l'est plus.



Commentaires