Décryptage : le Turkménistan, nouveau défi de coopération pour l'OSCE
- cirmafrance
- 7 janv.
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Situé en Asie centrale, entre la mer Caspienne à l’ouest et l’Afghanistan à l’est, le Turkménistan occupe un espace charnière au croisement des mondes iranien, turcique et postsoviétique. Majoritairement couvert par le désert du Karakoum, le pays a longtemps été traversé par les routes caravanières de la soie, faisant de ses oasis des points de contact entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Intégré successivement à des empires persans, puis à l’Empire russe au XIXᵉ siècle, il devient une république soviétique en 1924 avant d’accéder à l’indépendance en 1991, à la suite de l’effondrement de l’URSS. Cette trajectoire historique, marquée par des dominations extérieures et une géographie contraignante, éclaire la centralité accordée depuis lors à la souveraineté et à la neutralité dans la construction de l’État turkmène. Aujourd'hui, le Turkménistan célèbre 30 ans d’une neutralité permanente.

Cette posture de neutralité s’articule toutefois avec une appartenance institutionnelle souvent mal comprise. En effet, le Turkménistan fait partie de la Communauté des États indépendants. Créée en 1991 sur les décombres de l’URSS, la CEI vise à maintenir un cadre de coopération entre plusieurs anciennes républiques soviétiques, notamment dans les domaines économique, politique et sécuritaire, sans constituer une organisation supranationale contraignante. Elle fonctionne comme un espace souple de concertation, marqué par des degrés d’engagement très variables selon les États membres.
Dès août 2005, Achgabat a cependant pris ses distances en adoptant le statut de « membre associé ». Cette décision est cohérente avec la doctrine de neutralité permanente, puisque le Turkménistan refuse toute obligation susceptible de l’entraîner dans des mécanismes collectifs de sécurité ou dans des alignements politiques automatiques, en particulier ceux dominés par la Russie. Le statut de membre associé lui permet de rester connecté à l’espace postsoviétique tout en limitant strictement ses engagements, confirmant une stratégie d’équilibre entre intégration régionale minimale et affirmation d’une souveraineté diplomatique maximale.
Ce positionnement renforce, paradoxalement, l’intérêt que lui portent des organisations comme l’OSCE. En demeurant à la fois présent dans les structures héritées de l’espace soviétique et volontairement en retrait des logiques de bloc, le Turkménistan se présente comme un acteur-pivot, capable d’accueillir des initiatives multilatérales sans être immédiatement perçu comme partie prenante des rivalités géopolitiques. Cette singularité institutionnelle complète ainsi la neutralité juridique, et contribue à faire d’Achgabat un espace de coopération acceptable dans un ordre régional profondément fragmenté.
La visite du Secrétaire général de l’OSCE, Feridun H. Sinirlioğlu, en décembre 2025, s’inscrit pleinement dans cette stratégie. En participant au Forum international de haut niveau consacré à l’Année internationale de la paix et de la confiance, organisé en parallèle de cet anniversaire symbolique, l’OSCE reconnaît de facto le rôle croissant que le Turkménistan cherche à jouer comme plateforme diplomatique. La présence de délégations de haut rang, venues d’Asie centrale mais aussi d’autres régions, participe à cette mise en visibilité internationale. Pour l’OSCE, l’intérêt est double. D’une part, l’Asie centrale apparaît de plus en plus comme un espace de stabilisation relative, marqué par des avancées concrètes en matière de règlement de différends frontaliers et de coopération régionale. D’autre part, le Turkménistan offre un terrain politiquement acceptable pour renforcer une présence multilatérale dans une région où l’organisation doit composer avec l’influence russe, chinoise et, plus largement, avec la fragmentation de l’ordre sécuritaire européen.




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