Décryptage : les représentants de l'OSCE à Moscou, un dialogue stratégique ou un affrontement sur l’ordre européen ?
- cirmafrance
- 16 févr.
- 2 min de lecture
La visite à Moscou du président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, Ignazio Cassis, accompagné du secrétaire général Feridun H. Sinirlioğlu, est très important pour l'OSCE, dans un moment où l'organisation subi une crise. C’est la première fois depuis le 24 février 2022 qu’un président en exercice de l’Organisation se rend en Fédération de Russie. Officiellement, il s’agit de maintenir le dialogue avec l’ensemble des États participants et de rappeler que l’OSCE demeure un cadre disponible pour contribuer à une solution négociée en Ukraine. En réalité, cette visite met en lumière une fracture profonde sur l’avenir même de la sécurité européenne.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, l’OSCE paraît paralysée. Son fonctionnement, qui repose en partie sur le consensus, est devenu quasiment impossible. Les missions de terrain ont été suspendues, le budget fait l’objet de blocages récurrents et l’organisation est devenue une tribune d’accusations mutuelles. Héritière du processus d’Helsinki, l'OSCE repose sur des principes fondamentaux de l'ordre international, comme la souveraineté, l'intégrité territoriale, non-recours à la force, respect des droits humains. Or, la guerre en Ukraine place ces principes au cœur du conflit et des blocages... même lors des discussions.
En effet, d'un côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, adopte une ligne constante, selon laquelle l’OSCE serait en "crise profonde" , instrumentalisée par des pays occidentaux qui auraient transformé l’Organisation en plateforme "antirusse". Il dénonce aussi une "ukrainisation" de l’agenda et affirme que la présidence finlandaise aurait abandonné toute impartialité. Dans cette logique, la Russie met en avant d’autres cadres multilatéraux jugés plus représentatifs du "nouvel ordre multipolaire", comme l’Organisation de coopération de Shanghai, les BRICS ou encore la Communauté des États indépendants. La critique russe vise des pratiques diplomatiques et elle remet en cause le socle normatif qui fonde l’OSCE depuis la fin de la guerre froide.
De son côté, Ignazio Cassis a insisté sur le coût humain du conflit et sur la nécessité de respecter le droit international humanitaire. Le président en exercice a rappelé que le rôle de l'OSCE n'est pas d’imposer une paix, car elle ne dispose ni d’outils coercitifs ni de moyens militaires, mais de préserver un canal institutionnel capable, le moment venu, d’accompagner un processus de règlement et de reconstruction. Maintenir le dialogue avec Moscou est nécessaire pour le processus diplomatique.
Enfin, le Secrétaire général a évoqué la situation des trois membres du personnel de l'OSCE — Vadym Golda, Maksym Petrov et Dmytro Shabanov — détenus, et a demandé leur libération.



Commentaires