Décryptage : Mer Baltique, la Pologne transforme une présidence régionale en outil de sécurité
- cirmafrance
- 21 janv.
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La Pologne assure désormais une présidence d’un an du Conseil des États de la mer Baltique (CBSS) sur la période allant du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, en succession de l’Estonie, et cette présidence est portée politiquement par le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski.
Le CBSS est une organisation régionale créée en 1992, aujourd’hui composée de dix États riverains ou proches de la Baltique (Danemark, Estonie, Finlande, Allemagne, Islande, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pologne, Suède) auxquels s’ajoute l’Union européenne. L’enjeu central de cette présidence polonaise est d’utiliser un cadre de coopération historiquement tourné vers le dialogue politique et des politiques publiques sectorielles pour répondre à un environnement de sécurité radicalement dégradé depuis 2022, en particulier dans la mer Baltique, devenue un espace où se concentrent dissuasion, menaces hybrides et vulnérabilités d’infrastructures critiques.

Le cœur politique de la “reconfiguration sécurité” apparaît dans deux séquences. D’abord, la déclaration de Vihula, adoptée le 16 mai 2025 lors de la session ministérielle en Estonie, condamne l’agression russe contre l’Ukraine, insiste sur les menaces hybrides et appelle à renforcer l’efficacité du CBSS dans ce nouvel environnement. Ensuite, en janvier 2026, la Pologne a effectivement instauré un format de réunions entre directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères des États membres, le Service européen pour l’action extérieure et la direction du Secrétariat, avec l’objectif de pérenniser ce format sous les présidences suivantes, et la communication polonaise identifie Adam Bugajski comme représentant et responsable côté polonais sur ce dossier.
Là où la présidence polonaise souhaite un tournant spécifique, c’est l’insistance sur les “menaces hybrides” en mer Baltique, notamment autour des infrastructures sous-marines critiques (peut-être en écho à ces mêmes préoccupations britanniques avec l'Atlantic Bastion ?). En effet, l’OTAN a déjà lancé en janvier 2025 une activité dédiée, “Baltic Sentry”, pour renforcer la protection des infrastructures critiques dans la Baltique, explicitement en réaction à des actes déstabilisateurs et à l’augmentation des risques sur câbles et pipelines. L’actualité récente confirme aussi que la zone reste sous tension et sous enquête dans plusieurs affaires de dommages d’infrastructures. Par exemple, Reuters a rapporté le 20 janvier 2026 des développements judiciaires autour d’un cas lié à des dommages de pipeline et de câbles sous-marins entre la Finlande et l’Estonie, dans un climat régional où les soupçons de sabotage et la question des responsabilités restent sensibles. Dans ce contexte, l’argument polonais consistant à formuler des réponses “au regard du droit international” ce qui est une manière de rendre actionnables des mesures de contrôle, d’attribution, de prévention et de coopération, sans sortir d’un cadre légal contestable, alors même que la “zone grise” hybride est conçue pour rester sous le seuil de réponse militaire classique.
À court terme, la présidence polonaise peut produire des effets concrets surtout par la méthode, notamment en institutionnalisant un format de coordination politique régulier, en accélérant la circulation d’information, l’alignement des diagnostics et la préparation de décisions au niveau ministériel, annoncée pour le printemps 2026 côté CBSS. À moyen terme, le gain potentiel est la transformation du CBSS en plateforme régionale plus utile en temps de crise, non pas comme substitut à l’UE ou à l’OTAN, mais comme étage complémentaire sur des sujets où l’échelle baltique est décisive : résilience civile, protection d’infrastructures, sécurité maritime, lutte contre les trafics et cohérence politique régionale.



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