L'usage des chevaux dans les missions de défense du territoire : l'exemple du poste équestre de Damgan
- cirmafrance
- 15 août
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Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Depuis le début des années 2020, les forces de sécurité intensifient l’emploi des brigades équestres. Ce lien privilégié entre l’Homme et le cheval demeure au cœur des enjeux de sécurité contemporains. Bien que la mécanisation ait considérablement réduit la présence équestre au sein des armées et des forces de l'ordre, reléguant souvent ces méthodes, aux yeux du grand public, au rang d'histoire militaire ou de cérémonial républicain, leur utilité sur le terrain redevient un usage qui intéresse les organes de la Défense du Territoire, qui se situent de zones littorales. La place et l'usage des chevaux dans les missions de sécurité et de police de proximité se révèlent aujourd'hui décisifs, comme en témoigne l’actualité.
Parmi les initiatives récentes, qui confortent cette idée, l'inauguration d'un poste de la Garde républicaine à Saint-Valery-sur-Somme le 7 octobre 2021 illustre la diversité de leurs missions, allant de la lutte contre l‘immigration clandestine à la recherche de personnes disparues et la protection de l'environnement dans la baie de Somme. Cette recherche de proximité avec la population se traduit aussi par des patrouilles dans des sites touristiques, comme dans l'Yonne jusqu'à la fin du mois d'août 2025, ou encore au Touquet où le préfet du Pas-de-Calais a inauguré le 17 juillet 2026 un poste accueillant les militaires arrivés l'année précédente. Enfin, ce modèle est aussi utilisé dans la coopération internationale, puisque le vendredi 17 juillet 2026 à Deauville, le chef d’escadron Laurent Martin de Morestel et le sous-préfet Frédéric Monpierre ont présidé une cérémonie de remise de rondache et de chevaux officialisant l'arrivée de deux militaires de la maréchaussée royale néerlandaise en renfort pour l'été dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations (DEPP). Pour comprendre l'enthousiasme suscité par cette pratique et son utilité dans les dispositifs estivaux et littoraux, voici le témoignage de la brigadière-chef principale de la police municipale de Damgan, qui a, à plusieurs reprises, mis en place ce dispositif.

Question : Racontez-nous votre lien avec les chevaux et de quelle manière avez-vous souhaité inclure cette passion dans votre travail ?
Ma passion pour les chevaux remonte à l’âge de 2 ans, j'ai découvert l'équitation sur des poneys grâce à ma mère, qui travaillait dans le domaine équestre. À partir de 10 ans, j'ai eu la chance d'avoir mes propres chevaux, ce qui m'a permis de progresser rapidement, d'évoluer en club puis en concours de saut d'obstacles. Grâce à ma mère qui m’a suivie et encouragée, j'ai obtenu mon Galop 7 à 14 ans. C'est également à cette période que je souhaitais exercer un métier dans le domaine de la sécurité. Très jeune, j'étais convaincue que je ferais tout mon possible pour associer cette vocation à ma passion pour les chevaux.
Au cours de mes études secondaires, j'ai intégré un lycée proposant une spécialité équestre afin de poursuivre cette double ambition. Après l'obtention de mon baccalauréat, j'ai intégré l'école des Gardes à cheval de Soissons. En parallèle, j'ai rejoint la réserve opérationnelle de la Gendarmerie tout en poursuivant mes études et en apportant mon aide à ma mère dans son activité professionnelle.
Par la suite, j'ai intégré la Gendarmerie nationale en qualité de Gendarme adjoint volontaire (GAV). Après la réussite du concours de sous-officier, j'ai finalement choisi de poursuivre ma carrière au sein de la Police municipale, avec toujours la volonté de développer des missions associant sécurité publique et médiation à cheval.
Question : Pourquoi avoir décidé de mettre en place une brigade équestre en 2021 et 2022 sur la commune de Damgan ?
La création du poste équestre à Damgan en 2021 & 2022 s'inscrivait dans la continuité de mon parcours professionnel et de mon projet personnel : mettre au service de la collectivité à la fois mon expérience dans les métiers de la sécurité mais aussi les compétences équestres acquises depuis mon plus jeune âge.
La commune de Damgan, offre un environnement particulièrement adapté à ce type de dispositif. La mise en place d'une brigade équestre répondait à plusieurs objectifs. Elle permet tout d'abord de renforcer la présence visible des policiers sur le terrain et d'améliorer la surveillance de secteurs parfois difficiles d'accès en véhicule. Mais elle constitue un véritable outil de proximité : le cheval facilite le contact avec la population, favorise les échanges, apaise les relations et renforce la médiation. Cette approche permet d'instaurer un dialogue spontané avec les habitants comme avec les touristes qui sont de plus en plus nombreux à venir des pays européens La présence des chevaux développe une image rassurante auprès de la population et qui se prête à une station balnéaire accueillant des touristes francophones et européens.
Cette expérience a confirmé ma conviction que le cheval est un véritable partenaire outil de prévention. Afin de mener ce projet dans les meilleures conditions, j'ai eu l'opportunité de renforcer mes compétences en suivant une formation au Centre d'instruction de la Cavalerie de Saint-Germain-en-Laye.

Question : Selon vous, pourquoi les espaces littoraux sont-ils plus propices à ce genre d'initiatives ? Est-ce que l'usage du cheval répond à des impératifs particuliers ?
En période estivale, la commune de Damgan connaît une forte augmentation de sa population en raison de l'afflux touristique. Cette fréquentation importante entraîne une occupation plus dense des plages, des marchés, des sentiers littoraux et des espaces naturels, nécessitant une présence renforcée des forces de sécurité. Les espaces littoraux sont particulièrement adaptés. Nous pouvons tout aussi bien patrouiller sur les plages pour faire appliquer les nombreuses règlementations, les sentiers côtiers et les espaces boisés (lutte contre les feux, le tabac, bivouac sauvage..etc), Ces endroits sont plus difficiles voir impossible d'accès en véhicule ou à vélo et demande plus de temps en patrouille pédestre. Le cheval permet de circuler aisément sur ces terrains tout en conservant une excellente mobilité et une capacité d'intervention rapide. Au delà de ces endroits plus difficiles d’accès le cheval est utilisé aux abords des marchés, sur les parkings etc et aide à lutter efficacement dans la lutte par exemple contre les mauvais stationnements, incivilités, vol à la roulotte ou à l’arrachée.
DAMGAN qui connaît une forte fréquentation touristique, notamment en période estivale, le poste équestre est un véritable atout. Elle permet de sillonner efficacement l'ensemble du littoral, d'assurer une présence visible sur les plages, les chemins côtiers et les zones naturelles tout en facilitant la surveillance de secteurs éloignés des axes routiers.
L'un des principaux avantages du cheval est son impact en matière de prévention. Sa présence attire naturellement l'attention : les policiers sont davantage visibles et accessibles. Cette visibilité renforce le sentiment de sécurité auprès de la population tout en exerçant un effet dissuasif auprès des auteurs potentiels d'infractions, qu'il s'agisse de comportements contraventionnels ou délictuels.
Le cheval est également un formidable outil de médiation. Il crée spontanément un lien avec les gens. Les personnes viennent plus facilement à notre rencontre, souvent pour échanger autour de l'animal. Cette première approche permet rapidement d'instaurer un climat de confiance. Les échanges deviennent plus naturels et favorisent la remontée de renseignements utiles à nos missions, qu'il s'agisse de signalements, d'incivilités ou d'informations .
Enfin, le cheval constitue un atout opérationnel lors de certaines missions spécifiques, notamment les recherches de personnes disparues ou égarées dans des secteurs naturels. Il permet d'accéder à des zones difficilement praticables tout en offrant au cavalier une position surélevée, améliorant ainsi l'observation du terrain. La brigade équestre apporte une réponse particulièrement adaptée à ce contexte. Elle permet de patrouiller efficacement dans des secteurs difficilement accessibles en véhicule, tout en assurant une présence visible, dissuasive et rassurante. Les cavaliers peuvent intervenir rapidement tout en conservant un contact permanent avec la population.
À Damgan, cette proximité avec les habitants, les résidents secondaires et les nombreux touristes a largement contribué au succès du poste équestre. Elle a permis de développer une police de proximité, fondée sur le dialogue, la prévention et la présence sur le terrain, tout en répondant efficacement aux enjeux de sécurité.
Question : Quelles difficultés rencontrez-vous en période estivale et de quelle façon la brigade équestre peut-elle les résoudre ?
L’installation d’un tel dispositif implique des contraintes techniques. En amont, avec la mise en place des structures d’accueil pour chevaux (paddocks, gestion du matériel espace sécurisé, démarches administratives, recherche de sponsors, de prestataires). À ceci, s’ajoute le temps consacré hors patrouille à la gestion des équidés, en particulier l’alimentation, les soins quotidiens et la surveillance générale des chevaux, cela impliquant un effectif dédié à ces missions.

Ensuite, la mise en place de cette spécialité au sein du service, nécessite également la présence renforcée d’autres agents de Police Municipale, afin de compenser notre disponibilité lorsque les chevaux sont présents. C’est pourquoi, la mutualisation et la coopération avec les militaires, les écoles de garde à cheval, ainsi que le recrutement de renforts ASVP (Agent de Surveillance de la Voie Publique) avec un bon niveau équestre, sont nécessaires et utiles.
Enfin, nous sommes confrontés à la barrière de la langue avec les nombreux touristes européens, ce qui peut compliquer certains échanges. La présence de forces étrangères pourrait résoudre cette difficulté.
Question : Dans quelle mesure cet usage permet-il d'effectuer des missions de police de proximité ?
Le cheval est un outil de police de proximité. Lors de nos patrouilles sur le marché, le littoral ou dans les espaces naturels, les habitants et les vacanciers viennent très naturellement à notre rencontre. Ils souhaitent échanger avec nous, prendre des photographies des chevaux ou simplement poser des questions sur notre activité.
Grâce à cette approche spontanée, un climat de confiance s'installe rapidement. Les échanges deviennent plus naturels et les personnes n'hésitent plus à nous signaler des incivilités, des comportements suspects ou à nous transmettre des renseignements utiles à nos missions.
Le cheval constitue un véritable vecteur de communication. Contrairement à un véhicule de service, il favorise le dialogue, développe un important capital sympathie et humanise la relation entre les policiers municipaux et la population. Cette proximité améliore considérablement la qualité du renseignement de terrain et renforce l'efficacité de la prévention.
Question : Êtes-vous amenée à travailler avec d'autres forces de sécurité intérieure grâce à la mise en place d'une brigade équestre ?
Oui. La mise en place de la brigade équestre a renforcé notre coopération avec la Gendarmerie nationale dans le cadre de la convention de coordination existante entre nos deux services.
Cette collaboration nous a permis de réaliser des patrouilles communes avec des militaires de la Gendarmerie titulaires du Certificat d'aptitude à la pratique équestre de la Gendarmerie (CAPEG), obtenu à l'issue de la formation dispensée au Centre d'instruction de la Cavalerie de Saint-Germain-en-Laye.
Nous avons également développé des partenariats avec des écoles de gardes à cheval afin d'accueillir des stagiaires et de contribuer à la formation de futurs professionnels se destinant à la Police nationale, à la Gendarmerie nationale ou à la Police municipale.

Question : De quelle manière cette coopération renforce-t-elle le lien entre la Police Municipale et la Gendarmerie Nationale ?
La Bretagne n’est pas un territoire accueillant des postes / brigades équestres alors que le trait de côte se prête parfaitement à la mise en place de dispositifs. Cette coopération permet de renforcer les relations entre la Police municipale et la Gendarmerie nationale autour d'un objectif commun : assurer la sécurité de la population de manière complémentaire et coordonnée.
A l’image des communes soumises au même type de pression (Deauville) (Erdeven), les patrouilles équestres mutualisées favorisent les échanges d'expérience, la connaissance mutuelle des méthodes de travail et le développement d'une véritable confiance entre les équipes. Elles améliorent également la coordination opérationnelle lors des missions de surveillance et de prévention. C’est un moyen de renforcer le DEPP (Dispositif Estival de Protection des Populations) sur le territoire de la commune soumis à de forte pression et à des flux importants.



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