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Décryptage : Keir Starmer redéfinit la place du Royaume-Uni dans le monde

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • 2 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Le 1ᵉʳ décembre, Keir Starmer a prononcé un discours sur la politique étrangère britannique. Le Premier Ministre revient sur les conséquences du Brexit, expose les nouvelles orientations stratégiques de Londres et insiste sur la nécessité d’un Royaume-Uni de nouveau « ouvert sur le monde ». Ce discours, très long, est pensé comme la doctrine Starmer des relations internationales : une vision globale articulant commerce, sécurité, alliances et place du Royaume-Uni face aux grandes puissances du XXIᵉ siècle.



L'échec de la gestion du Brexit

Le Premier Ministre commence son discours, par ce qu’il considère comme le nœud du problème : le Brexit a fracturé le consensus britannique sur la politique étrangère. Sans remettre en cause le vote, il accuse les gouvernements précédents d’avoir vendu aux Britanniques des promesses impossibles, d’avoir rompu des alliances essentielles et d’avoir alimenté une vision isolationniste qui a affaibli la voix du Royaume-Uni dans le monde. Pour lui, l’erreur n’est pas le Brexit lui-même, mais sa gestion politique : une diplomatie du coup de menton, qui a détérioré la relation avec les voisins européens, brouillé les priorités stratégiques et isolé Londres dans un monde devenu profondément instable. Keir Starmer cherche donc à rompre avec cette phase, en s’appuyant sur un argument simple : on ne reprend pas le contrôle en se repliant sur soi, on le perd. L’idée centrale est limpide : la souveraineté britannique dépend de sa capacité à s’insérer intelligemment dans un monde de rivalités croissantes, où les alliances comptent plus que jamais.


S'insérer dans la zone indo-pacifique

C'est pourquoi, dans cette logique, Keir Starmer revendique une politique commerciale offensive et libre-échangiste, dont l’adhésion du Royaume-Uni au grand accord de libre-échange transpacifique (PTP) constitue la pièce maîtresse. Pour Londres, rejoindre ce bloc asiatique est un moyen d’accéder à un marché en très forte croissance, de diversifier ses partenaires au-delà de l’Europe et de se positionner dans la compétition stratégique dans l’Indopacifique. Le Premier Ministre y voit la preuve que la Grande-Bretagne peut redevenir une puissance commerciale globale, tout en tirant parti d’accords de nouvelle génération, centrés sur l’innovation, les chaînes de valeur technologiques et l’industrie du futur. Ce choix ancre le Royaume-Uni dans une dynamique de désoccidentalisation relative de son commerce extérieur, en écho aux stratégies adoptées par le Japon, la Corée du Sud ou l’Australie, qui redéfinissent leur sécurité économique à l’échelle indo-pacifique. D'autre part, l’un des passages les plus importants du discours concerne sa vision des relations avec la Chine. Starmer reproche aux gouvernements précédents une oscillation permanente entre fascination économique et hostilité politique. Il affirme qu’un pays de l’importance de la Chine ne peut être ignoré ni traité avec improvisation. Sa doctrine repose sur trois idées : reconnaître la Chine comme puissance mondiale installée, maintenir un dialogue stratégique régulier avec Xi Jinping, et défendre des intérêts britanniques parfois convergents, parfois conflictuels.


La relation avec Washington et l'OTAN, pilier de la défense

Le Premier Ministre insiste également sur l'alliance avec les États-Unis, qui demeurent l’allié indispensable. Depuis plusieurs mois, le renforcement de la coopération bilatérale entre Londres et Washington permet à Keir Starmer de marteler l’importance du partenariat transatlantique. Il met en avant l’accord pharmaceutique historique conclu avec les États-Unis, l’afflux inédit d’investissements américains et une coopération technologique et sécuritaire qu’il juge décisive pour l’économie britannique comme pour la défense nationale. Ce discours confirme un phénomène déjà documenté par les think tanks britanniques : sous Starmer, le « special relationship » sort de l’idéologie pour devenir un pilier pragmatique. Les États-Unis sont indispensables pour l’innovation, pour la défense et pour la reconstruction d’une présence britannique crédible dans les enceintes multilatérales. Keir Starmer ne s’en cache pas : dans un monde dominé par trois pôles, États-Unis, UE, Chine, Londres doit rester solidement arrimé à Washington pour peser dans le concert des nations.

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