Sommet Lee-Macron : Une évolution ambitieuse des relations entre la France et la Corée du Sud ?
- Han-Ul Chang
- 17 avr.
- 5 min de lecture
Cela faisait 11 ans qu’un président français ne s’était pas rendu en Corée du Sud pour une visite d’Etat. Les 2 et 3 avril, le président sud-coréen, Lee Jae Myung, accueillait chaleureusement son homologue français, Emmanuel Macron, à Séoul dans le cadre des 140 ans des relations diplomatiques entre la France et la Corée du Sud ; un anniversaire qui est l’occasion de permettre une coopération plus forte entre les deux pays. Car, malgré des relations jusqu’à présent plutôt cordiales, elles ont parfois manqué d’ambition dans leur développement. Aujourd’hui, dans un moment de grands bouleversements géopolitiques dans lesquels le jeu des alliances semble être chamboulé, il devient alors envisageable de voir cette coopération pouvoir prendre une nouvelle dimension.
![Yonhap, [Poignée de main entre le Président français Emmanuel Macron et le Président sud-coréen Lee Jae Myung], 03 avril 2026](https://static.wixstatic.com/media/1d2c5e_a881f5f029d84e6bb3a640db719b2799~mv2.png/v1/fill/w_594,h_396,al_c,q_85,enc_avif,quality_auto/1d2c5e_a881f5f029d84e6bb3a640db719b2799~mv2.png)
Repenser la politique de sécurité dans un monde volatile
La constante prorogation des actions militaires menées par l’Administration Trump au Moyen-Orient a cristallisé un sentiment global d’inquiétude et d’incertitude. Dans ce contexte fragile, la rencontre entre le président Macron et le président Lee pourrait être l’expression d’une volonté à davantage d’indépendance, vis-à-vis d’un allié historique tel que les Etats-Unis, en développant et renforçant leur coopération et leurs réponses conjointes aux enjeux mondiaux.
C'est pourquoi, Lee Jae Myung et Emmanuel Macron se sont mis d’accord pour travailler sur une tentative de désescalade du conflit au Moyen-Orient qui doit permettre des négociations sereines avec l’Iran pour une réouverture du Détroit d’Ormuz, dont la fermeture a de fortes incidences économiques et énergétiques pour les deux pays.
Dès lors, le président français a tenu à rappeler l’importance de renforcer la coopération sécuritaire entre Séoul et Paris. En ce sens, il a annoncé que la mission aérienne Pégase fera un arrêt par la Corée du Sud au mois de septembre. Il a également rappelé les valeurs que les deux nations partagent, à savoir le multilatéralisme, le respect du droit international et leur engagement pour une paix durable.
La paix durable : c’est ce que souhaite le président coréen pour la Péninsule coréenne, un sentiment partagé par le président Macron, qui a souhaité exprimé son soutien dans les efforts du président Lee à négocier avec Pyongyang, sans qu’il n’y ait toutefois eu de mesures concrètes à ce sujet pour le moment. Le développement de la coopération sécuritaire entre la France et la Corée du Sud se montre encourageant, et devrait poursuivre son développement à l’occasion du G7 qui se tiendra à Evian en juin, auquel le président Lee Jae Myung a été convié.
Continuer à renforcer la coopération économique dans les secteurs critiques
En 2025, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint les 15 milliards de dollars (environ 13 milliards d’euros), ce qui est un record historique. Preuve d’une nouvelle ambition, l’objectif est d’atteindre les 20 milliards de dollars (environ 17 milliards d’euros) à l’horizon 2030.
Pour pouvoir répondre à cette ambition, la France et la Corée du Sud prévoient davantage d’investissements de la part de leurs entreprises : 40 000 emplois ont jusqu’à présent été créés par des entreprises investissant dans les deux pays, et ils visent les 80 000 emplois lors des dix prochaines années à venir. Il a aussi été question de favoriser leur croissance dans les industries de pointe et de l’innovation comme l’Intelligence Artificielle, les semi-conducteurs et le quantique, en signant notamment un protocole d’intention sur l’approvisionnement des métaux critiques. Concernant la coopération en matière énergétique, un accord a été signé entre la KHNP (Korea Hydro & Nuclear Power) et les entreprises françaises Orano et Framatome pour la fourniture de combustible pour le développement des centrales nucléaires.
De même qu'un accord similaire a été signé entre la KHNP et EDF pour le développement du parc éolien coréen. Ainsi, la France et la Corée du Sud souhaitent approfondir leur coopération économique en seulement quelques années pour renforcer les liens entre les deux pays, mais aussi procéder à un développement commun pour devenir des pionniers en ce qui concerne l’énergie avec la fusion nucléaire, l’espace ou encore l’IA qui sont et vont être des secteurs clés du futur.
L’expansion de la coopération culturelle, la clé de voûte du Sommet
La visite du président Macron a permis l’inauguration officielle du Centre Pompidou Hanwha Séoul dans le quartier Yeouido, un musée consacré à l’art moderne et contemporain, qui doit permettre de devenir un pont culturel entre les artistes français et coréens ainsi qu’un accès à l’art français pour la population coréenne. Un autre pont sera le sommet international du cinéma et de l’image animée que la France et la Corée du Sud co-présideront le 7 septembre. Son objectif sera de poser les bases d’un multilatéralisme dans les secteurs du cinéma, de l’animation et du jeu vidéo, dont les deux pays sont de grands créateurs et consommateurs. Ce sommet devrait ainsi permettre un véritable échange culturel et de savoir-faire entre les deux pays dans le développement respectif de leur art créatif dans le domaine de l'audiovisuel et de l’image animée. Par ailleurs, les deux dirigeants se sont également accordés à développer leur coopération dans le domaine de l’E-sport.
La coopération culturelle ne pourrait exister sans les échanges de personne à personne. Lors du déjeuner d'État à la Maison Bleue, dans leur discours respectif le Président Macron et le Président Lee ont fait chacun mention d’auteurs français et coréens comme Victor Hugo et Han Kang, et des personnalités et événement comme la résistance à l’occupation japonaise ou la Guerre de Corée qui ont contribué pendant 140 ans aux relations entre la France et la Corée du Sud.
Aujourd’hui, les échanges franco-coréens perdurent à travers le tourisme et les arts, comme la gastronomie et la musique, mais aussi par l’apprentissage de la langue où le coréen est devenu une langue estimée auprès notamment de la jeunesse française. Finalement, au-delà des relations diplomatiques, c’est finalement cette jeunesse française et coréenne qui ont les cartes en main pour définir les 140 prochaines années de leurs relations.
La formation d’une (courte) bromance ?
Ce sommet a permis, entre embrassades et gestes de respect, de voir une certaine amitié naissante entre le président Macron et le président Lee, qui pourrait voir transformer les relations franco-coréennes en véritable amitié franco-coréenne. Les deux dirigeants sont même amenés à se revoir très vite à plusieurs reprises au cours de cette année ; en effet, le président français a invité son homologue coréen pour le G7 en juin et une visite d’Etat en France en septembre. Toutefois, bien que cette amitié naissante est encourageante dans la coopération future entre les deux Etats, elle risque de ne pas durer en raison de la fin de mandat du président français en 2027. Dès lors, est-ce que les résultats de l’élection présidentielle pourraient restreindre les ambitions de coopération entre les deux nations ?



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