Décryptage : l’Allemagne face à ses intérêts dans l'Indopacifique
- cirmafrance
- 11 févr.
- 2 min de lecture
Le déplacement du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, dans l’Indopacifique s’inscrit dans une inflexion structurelle de la politique étrangère allemande, amorcée depuis 2022. L'Allemagne reconnaît que le centre de gravité économique et stratégique mondial s’est durablement déplacé vers cette région, de laquelle elle semble pourtant éloignée...

L’Indopacifique concentre près de 50 % du PIB mondial et génère environ deux tiers de la croissance mondiale. Pour l’Allemagne, puissance exportatrice dépendante des chaînes de valeur globales, l’enjeu est direct, puisque 40 % de ses échanges extra-européens se réalisent avec des marchés indopacifiques. La région est également cruciale pour l’approvisionnement allemand en semi-conducteurs, aimants permanents, terres rares et composants technologiques stratégiques. Autrement dit, la prospérité industrielle allemande est étroitement liée à la stabilité et à l’accessibilité de cet espace.
Si l’Indopacifique est le moteur de la croissance mondiale, il est aussi l’un des espaces les plus instables du système international. Rivalités sino-américaines, tensions en mer de Chine méridionale, statut de Taïwan, militarisation progressive des détroits stratégiques, contentieux frontaliers en Asie du Sud, prolifération des réseaux criminels et terroristes.... un ensemble qui crée un environnement à haute intensité géopolitique. Or, c’est précisément par cette région que transitent les principales routes maritimes mondiales. La liberté de navigation, la sécurité des détroits et la stabilité des chaînes d’approvisionnement sont des conditions non négociables pour une économie comme celle de l’Allemagne. Dans ce contexte, les États-Unis ont clairement identifié l’Indopacifique comme la priorité stratégique de long terme. Mais Washington ne peut agir seul. La logique américaine repose sur un réseau d’alliances élargi, notamment le Japon, l'Australie, la Corée du Sud, mais aussi partenaires européens, la France et le Royaume-Uni. La stratégie américaine vise à consolider un front de partenaires engagés en faveur d’un ordre fondé sur des règles, face à une Chine perçue comme concurrent systémique.
La posture allemande diffère de celle de Paris ou de Londres. La France et le Royaume-Uni disposent de capacités militaires projetables et, pour la France, de territoires souverains dans l’Indopacifique. Leur engagement comprend une dimension navale affirmée et une participation active aux architectures de sécurité régionales. C'est parce que Berlin soutient activement la conclusion d’accords de libre-échange entre l’Union européenne et les États de l’Indopacifique (Inde, ASEAN, Australie, Indonésie).



Commentaires