Décryptage : L'axe Belgrade-Tel Aviv, vers une coopération technologique et militaire renforcée
- cirmafrance
- il y a 23 heures
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Le président serbe Aleksandar Vučić a officialisé le 14 avril 2026 la création d'une coentreprise (Joint Venture) avec le géant israélien de la défense Elbit Systems pour la production locale de drones de combat. Cette usine, située dans la zone industrielle de Šimanovci, sera détenue à parts égales (50-50) et produira des drones tactiques et de surveillance de haute technologie, incluant des modèles dérivés du Hermes 900. Ce partenariat s'appuie sur une série de contrats records signés en 2024 et 2025, totalisant près de 2 milliards de dollars.

Historiquement dépendante du matériel ex-soviétique, la Serbie a entamé une mutation profonde de son appareil de défense à travers son ambitieux Plan 2027. Ce rapprochement avec Israël s'explique d'abord par les leçons tirées du conflit ukrainien, qui a agi comme un électrochoc doctrinal, où a guerre moderne a démontré l'obsolescence des stratégies purement terrestres lorsqu'elles ne bénéficient pas d'un appui massif de drones et de systèmes de frappe de précision.
En parallèle, Belgrade profite de l’isolement diplomatique partiel d’Israël. Alors que plusieurs nations européennes restreignent leurs exportations d'armes vers Tel-Aviv en raison de la situation à Gaza, la Serbie a choisi une voie pragmatique. Entre 2024 et 2025, ses exportations de munitions, notamment les obus de 155 mm, ont été multipliées par 42, scellant une interdépendance stratégique inédite où la Serbie fournit le volume industriel nécessaire au combat tandis qu'Israël apporte le « cerveau » technologique.
Au cœur de ce partenariat, les intérêts convergent tout en frôlant des lignes rouges sensibles. Pour la présidence serbe, l'objectif est d'atteindre une forme de souveraineté technologique pour s'imposer comme le principal exportateur d'armement des Balkans. Toutefois, Belgrade doit manœuvrer avec prudence pour ne pas trop dépendre de ses partenaires russe et chinois, à qui elle continue d'acheter des systèmes de défense.
De son côté, Israël, via Elbit Systems, cherche avant tout à sécuriser ses chaînes d'approvisionnement et à contourner d'éventuels embargos européens en délocalisant ses lignes de production. Le risque majeur pour Tel-Aviv réside dans la porosité technologique : la crainte que des innovations sensibles ne fuitent vers des puissances rivales par le biais des liens historiques entre Belgrade et Moscou. Ce jeu d'équilibriste se déroule sous le regard critique de l'ONU et des observateurs internationaux, qui scrutent ce soutien serbe « déterminé » malgré les alertes humanitaires mondiales.



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