Décryptage : La Russie condamne l'intervention américaine au Venezuela
- cirmafrance
- 6 janv.
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Les membres du Conseil, y compris les cinq États récemment élus (Bahreïn, Colombie, Lettonie, Libéria et République démocratique du Congo) ont réaffirmé la nécessité de se conformer strictement à la Charte des Nations Unies, sans exception ni circonstance atténuante. Cette prise de position collective souligne une volonté affichée de replacer le droit international au cœur des équilibres sécuritaires contemporains, à l'heure où les velléités impérialistes se font de plus en plus fréquentes. En effet, ce rappel, en apparence consensuel, intervient toutefois dans un contexte de fortes tensions où ces principes sont de plus en plus invoqués comme des arguments politiques autant que juridiques.

L’entretien téléphonique entre Sergueï Lavrov et Delcy Rodríguez s’inscrit dans une logique de réaffirmation stratégique. En rappelant son soutien à Caracas, Moscou confirme que le Venezuela demeure son principal point d’appui en Amérique du Sud, à la fois sur le plan politique et géopolitique. Cette prise de position publique n’a rien d’un simple geste de solidarité : elle vise à inscrire durablement le Venezuela dans le camp russe, dans un contexte de polarisation internationale accrue. Le vocabulaire employé par la diplomatie russe traduit une volonté assumée de confrontation. En qualifiant l’action américaine d’« agression armée » et de « brigandage international », Moscou adopte une rhétorique de dénonciation directe, rompant avec toute forme de prudence diplomatique. L’ironie sur « l’ordre mondial » défendu par les Occidentaux cherche à mettre en lumière ce que la Russie présente comme une contradiction fondamentale entre les principes affichés par Washington et ses pratiques concrètes.
L’appel aux mécanismes de l’ONU et aux instances multilatérales relève moins d’une attente réelle de sanction que d’une stratégie de légitimation. La Russie se place volontairement sur le terrain du droit international afin de retourner l’accusation d’illégalité contre les États-Unis, tout en cherchant à rallier un ensemble d’États sensibles aux discours contestant l’unilatéralisme occidental et la domination normative des puissances atlantiques. Ce positionnement fait tristement écho, en creux, à la situation en Ukraine. Les principes invoqués par Moscou, la souveraineté, intégrité territoriale, respect de la Charte des Nations Unies, sont précisément ceux sur lesquels s’appuient ses adversaires pour condamner l’intervention russe depuis 2022. En dénonçant l’action américaine au Venezuela, la Russie tente ainsi d’établir un parallèle implicite, puisque ce qui est qualifié d’agression lorsqu’il s’agit de l’Ukraine serait toléré, voire justifié, lorsqu’il s’agit d’un allié de Washington... un parallèle qui pose question, quant au devenir des relations internationales.



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