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Décryptage : la Russie et les Comores, une nouvelle étape dans l'ingérence

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • 8 janv.
  • 2 min de lecture

L’échange de messages de félicitations entre Sergueï Lavrov et Mohamed Mbae s’inscrit dans une séquence diplomatique en apparence protocolaire, mais politiquement significative. Pour Moscou, ce type de contact bilatéral avec un État africain de taille modeste relève d’une stratégie bien rodée : multiplier les signaux politiques dans l’espace francophone et africain afin d’élargir son réseau de soutiens, y compris symboliques, dans un contexte de confrontation durable avec les puissances occidentales.



Cette coopération pacifique et régionale, mise en avant par Moscou, doit être lue comme un élément de langage diplomatique maîtrisé... voire un élément d'ingérence. En associant les Comores à des objectifs de paix et de stabilité dans l’océan Indien, Moscou cherche à inscrire sa présence politique dans un espace stratégique où la France demeure historiquement influente. Surtout en prenant position en faveur du pouvoir comorien. Pour rappel, en septembre 2025, Andrey Andreev, ambassadeur de la Russie à Madagascar, tenait à Moroni une conférence de presse où il en a profité pour évoquer la question de l’île de Mayotte, que les Comores continuent de revendiquer, en prenant sans surprise le parti du pouvoir comorien.


La question de Mayotte, demeurée française, constitue le principal contentieux structurant de cette relation, régulièrement porté par Moroni devant les instances internationales et source de tensions récurrentes. De fait, la spécificité de l’Union des Comores réside dans sa relation singulière et asymétrique avec la France, héritée de la période coloniale. Si l’indépendance de l’archipel date de 1975, les liens avec Paris restent profonds, notamment sur les plans économique, migratoire et sécuritaire. Dans ce contexte, la diplomatie comorienne cherche périodiquement à diversifier ses partenariats afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de la France et d’élargir ses marges de manœuvre. Cette stratégie d’ouverture offre un point d’entrée à des acteurs extérieurs comme la Russie, désireux de s’insérer dans les équilibres régionaux sans s’y engager lourdement. Pour Moscou, l’intérêt n’est pas tant économique que politique : obtenir des soutiens, même limités, dans les enceintes internationales et affaiblir l’influence française dans des espaces historiquement francophones.


La Russie exploite ici une dynamique plus large de remise en cause des relations postcoloniales françaises en Afrique. En valorisant les principes de souveraineté, de non-ingérence et de coopération « respectueuse », elle se positionne comme un partenaire alternatif, susceptible de soutenir symboliquement les revendications comoriennes, notamment sur le dossier de Mayotte, sans pour autant en assumer les conséquences concrètes. L’invocation de la stabilité dans l’océan Indien occidental sert ainsi de cadre rhétorique à une stratégie d’influence ciblée.

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