Kyrgyzstan au Conseil de sécurité de l’ONU : l’Asie centrale sur le devant de la scène mondiale
- Ismael West
- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
L’élection du Kirghizstan comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2027-2028 constitue un événement diplomatique majeur, tant pour Bichkek que pour l’ensemble de l’Asie centrale. Pour la première fois de son histoire, le pays siègera au sein de l’instance la plus influente des Nations unies en matière de paix et de sécurité internationales. Cette victoire, obtenue après plusieurs tours de scrutin face aux Philippines, marque également le retour de l’Asie centrale au Conseil de sécurité près de dix ans après le mandat du Kazakhstan en 2017-2018.

Dans ce contexte, le siège obtenu par le Kirghizstan offre à l’Asie centrale une tribune internationale supplémentaire pour défendre les intérêts des États émergents, promouvoir le multilatéralisme et renforcer les échanges entre régions souvent sous-représentées dans les mécanismes de gouvernance mondiale.
Créé en 1945 à la suite de la Seconde Guerre mondiale, le conseil de sécurité est chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il peut adopter des résolutions juridiquement contraignantes pour l’ensemble des États membres des Nations unies. Ses compétences couvrent notamment l’autorisation d’opérations de maintien de la paix, l’adoption de sanctions internationales ou encore l’autorisation du recours à la force.
Le conseil compte quinze membres : cinq membres permanents disposant d’un droit de veto – les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – ainsi que dix membres élus pour deux ans par l’Assemblée générale. Même sans droit de veto, les membres non permanents disposent d’une capacité d’influence importante. Ils participent aux négociations, contribuent à la rédaction des résolutions et peuvent mettre certains sujets à l’agenda international.
La présidence du Conseil, exercée à tour de rôle chaque mois, permet de donner une impulsion politique à certains dossiers. Une présidence peut organiser des débats thématiques, mettre en avant des priorités nationales ou régionales et favoriser des compromis diplomatiques. Pour le Kirghizstan, cette entrée au conseil de sécurité représente donc bien davantage qu’un symbole. Elle constitue une opportunité de porter les enjeux de l’Asie centrale au cœur de la gouvernance mondiale, tout en participant aux discussions sur les grandes crises internationales dans un contexte marqué par la fragmentation croissante de l’ordre international et la remise en question des grandes puissances dans les processus internationaux.
Longtemps considérée comme une périphérie entre la Russie, la Chine et le Moyen-Orient, l’Asie centrale apparaît aujourd’hui comme une région de plus en plus centrale. Caractère se traduisant par le vote des membres de l’ONU. En effet, un pays doit réunir les voix des deux tiers des États membres présents et votants à la session de l’Assemblée générale pour obtenir un siège au Conseil. Cela signifie qu’un minimum de 129 votes positifs est nécessaire pour être élu si les 193 États membres de l’ONU sont présents et votent. Il arrive parfois que plusieurs tours de scrutin soient nécessaires afin de départager les candidats et qu’un État soit élu. Une évolution qui traduit également l’intérêt croissant de la communauté internationale pour une région située au carrefour de plusieurs dossiers stratégiques : la situation en Afghanistan, les questions de sécurité régionale, les ressources en eau, gazière et minérales, les routes commerciales eurasiatiques et la lutte contre les réseaux criminels transnationaux.
Le Kirghizstan s’est d’ailleurs présenté à travers sa candidature et son discours comme un pays enclavé, en développement et confronté à des défis spécifiques liés à la sécurité, au changement climatique et à la connectivité. Son succès peut être interprété comme un signal en faveur d’une représentation plus équilibrée du système international, à l’heure où de nombreux États notamment le « Sud Global » contestent une gouvernance mondiale jugée trop concentrée entre quelques grandes puissances.
Le mandat kirghiz devrait être marqué par une attention particulière aux questions de stabilité régionale. Les autorités de Bichkek ont récemment multiplié les déclarations en faveur du renforcement de la coopération internationale contre le terrorisme et l’extrémisme violent notamment à travers son rôle dans l’Organisation de Coopération de Shanghaï.
Cette orientation s’explique par la proximité géographique avec l’Afghanistan et par les préoccupations sécuritaires qui traversent l’ensemble de l’Asie centrale. Les risques liés aux mouvements terroristes, aux trafics transfrontaliers ou encore aux phénomènes de radicalisation demeurent des sujets majeurs pour les gouvernements de la région.
L’arrivée du Kirghizstan au Conseil de sécurité pourrait ainsi permettre de mieux porter les préoccupations sécuritaires centrasiatiques dans les débats internationaux, aux côtés d’autres thèmes comme la prévention des conflits, la sécurité climatique ou la résilience des États fragiles.



Commentaires