La Coupe du monde 2026 : une édition à l’impact environnemental qui bat tous les records ?
- cirmafrance
- il y a 3 jours
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Par Johann Fleury et Corentin Pépin
Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde sera disputée dans 3 pays et 16 villes différentes. L’élargissement du tournoi, avec 48 équipes et les immenses distances à parcourir, suscite de nombreuses interrogations sur l’impact environnemental. Dans un contexte toujours plus inquiétant, le Canada, les États-Unis et le Mexique ont pris des engagements climatiques lors de leur campagne pour l’obtention du Mondial en 2018. Cependant, entre multiplication des transports aériens et tourisme de masse, cette édition devrait devenir la plus polluante de l’histoire.

Le 13 juin 2018, l’organisation de la Coupe du monde 2026 a été attribuée à la candidature commune des États-Unis, du Canada et du Mexique, à l’occasion du 68e congrès de la FIFA de Moscou. La question climatique est au cœur de l’agenda de la Fifa, notamment depuis 2021, lorsque la fédération s‘est dotée d’une stratégie climatique, présentée durant la COP26 à Glasgow. L’ensemble des engagements pris par la fédération mondiale l’engage à réduire ses émissions de 50% d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2040. C’est pourquoi le dossier de candidature United 2026 avait présenté de nombreux objectifs environnementaux pour justifier la pertinence de ce choix. Les pays hôtes avaient notamment pris l’engagement d’une Coupe du monde neutre en carbone, sans déchet et l’utilisation de moyens de transport durables pour se rendre sur les sites de la compétition. L’empreinte carbone estimée était de 3.6 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit moins que les éditions précédentes, dont l’empreinte carbone s’élevait en moyenne à 4.7 millions de tonnes d’équivalent CO2. Cela devait notamment s’appuyer sur l'absence de construction neuve de stades, contrairement à l’édition qatarie précédente, et la mise à niveau des stades via la certification de développement durable LEED. Néanmoins, la déterminante géographique ne peut être soustraite au bilan. Dès l’origine, les déplacements en transports étaient au cœur des estimations de l’empreinte carbone de l’édition (85% des 3.6 Mt estimées). D’autant plus que ces estimations ont été calculées pour 80 matchs à jouer, nombre relevé à 104 en 2023.Toutes les conditions étaient donc réunies, ou du moins promises, pour permettre d’organiser une Coupe du monde 2026 respectueuse de l’environnement. La Coupe du monde 2026 devait donc être, conformément au document de candidature des trois pays, un événement responsable, éthique et respectueux de l’environnement.

La Coupe du monde 2026 a les infrastructures qui devaient lui permettre d’avoir l’ambition, et la capacité, d’être une édition respectueuse de l’environnement et des objectifs écologiques mondiaux. L’absence de construction de nouveau stade (ceux existant ayant seulement été rénovés) a mécaniquement réduit l’empreinte carbone de l’événement. Conformément aux objectifs annoncés dans le document de candidature, 13 des 16 stades de la compétition ont obtenu la certification LEED1, chiffre qui devrait être porté à 15 d’ici le début de la compétition. Pour atteindre cet objectif, 11 500 panneaux solaires ont été installés. De plus, les modifications apportées permettront d’économiser 100 millions de gallons d’eau, soit 378 millions de litres d’eau, ainsi que d’éliminer 5 millions de plastiques à usage unique. L’impact environnemental des infrastructures sur le bilan carbone devrait s’élever à 3.1% pour cette édition, alors qu’il était de 24.6% en 2022 au Qatar. L’organisation de la Coupe du monde 2026 est aussi l’occasion pour les villes d’améliorer leurs aménagements urbains, ce qui laissera un héritage écologique à long terme de l’événement. Seattle, Atlanta, New York, Vancouver, ou encore Monterrey, toutes les villes ont profité de l’organisation de la Coupe du monde 2026 pour investir dans leurs infrastructures, pour améliorer l’accès aux sites de l’événement. Au total, en excluant les déplacements des équipes et des spectateurs, la Coupe du monde 2026 devrait consommer 287 000 tonnes de CO2 de moins que l’édition qatarie.
Néanmoins, on ne peut comparer un État de 11 500 km2 et un sous-continent de 21.8 millions de km2. Les déplacements sont inévitablement plus longs, donc plus polluants. À elle seule, la catégorie des déplacements des équipes et des spectateurs devrait représenter 88% de l’empreinte carbone de l’édition de la Coupe du monde 2026. Ainsi, l’édition américaine de la Coupe du monde devrait atteindre une empreinte carbone entre 7.8 et 9 millions de tonnes d’équivalent CO2.
Mais, le principal changement dans cette édition réside dans le nombre d’équipes qui participent passant de 32 lors de l’édition 2022 à 48 en 2026. Cette augmentation s’accompagne d’une hausse du nombre de matchs joués, de 64 à 104 matchs soit 40 matchs supplémentaires. La compétition est également la première à se dérouler sur une aire géographique aussi vaste puisqu’elle englobe une grande partie du continent nord-américain avec 16 villes hôtes dont 2 au Canada, 3 au Mexique et 11 aux États-Unis. Tous ces paramètres engendrent davantage de déplacements sur de plus longues distances. Parmi les sélections, c’est Curaçao, pays constitutif du Royaume des Pays-Bas, qui devrait parcourir la plus grande distance avec 10 200 km en phase de poule. Si le quartier général de Curaçao se trouve à Boca Raton en Floride, les matchs que la sélection disputera se dérouleront à Houston pour la première journée, puis Kansas City pour la deuxième journée avant de terminer sa phase de poule à Philadelphie pour un total de 1,8 tonne de CO2 estimées par membre de la délégation. La pertinence environnementale de la localisation du quartier général curacien peut être questionnée, pour une équipe installée si proche de Miami (ville hôte de la Coupe du monde) sans y jouer un seul match.

Si le Curaçao est l’équipe qui va parcourir la plus longue distance, certaines estimations indiquent que le Qatar pourrait être l’équipe avec la plus grosse empreinte carbone par membre de délégation. La majorité des quartiers généraux et des rencontres se passent aux États-Unis, dans un pays dont les lignes ferroviaires à grande vitesse restent limitées, et dont le transport routier peut prendre des jours entre plusieurs villes hôtes, l’avion s’impose comme la solution de transport la plus viable, il est plus rapide et moins fatigant pour les joueurs. À cela s'ajoutent les supporters, plusieurs millions sont attendus et privilégieront sûrement le transport aérien. Aux déplacements s’ajoute le tourisme de masse, l’afflux d’un nombre important de visiteurs génère une hausse de la consommation énergétique, de la production de déchets et des besoins d’hébergement, restauration et transport locaux, autant de facteurs qui contribuent à l’impact environnemental global de l'événement.
La comparaison avec les précédentes éditions permet de mieux situer le contexte environnemental de cette édition. La Coupe du monde au Qatar en 2022 avait généré 3,8 millions de tonnes de CO2e pour l’ensemble du tournoi, dont 1,38 million sous contrôle direct de l’organisation et 2,42 millions de tonnes liées aux déplacements des fans et des médias, le transport aérien étant, là aussi, fortement sollicité. De plus, le Qatar ne disposant pas des infrastructures nécessaires à l’accueil d’un tel tournoi, l’organisation a nécessité de rénover et de construire de nouveaux stades. Ces derniers ont aussi bénéficié d’un système de refroidissement afin de garantir le bon déroulement de la compétition malgré les conditions climatiques, ce qui a engendré une consommation énergétique supplémentaire. Par ailleurs, de nombreuses ONG contestent le chiffre de 3,8 millions de tonnes de CO2e, en estimant que la méthode de calcul ne prend pas en compte les principales sources d’émissions. Ces critiques évoquent un manque de transparence ainsi qu’une sous-estimation par les organisateurs des émissions liées à la construction de nouveaux stades. L’édition russe de 2018 n’a pas les mêmes problématiques que celle du Qatar, les distances sont importantes mais restent contenues au sein d’un même territoire par rapport à l’édition nord-américaine et les infrastructures sportives n’ont pas eu besoin d’être construites entièrement. L’impact environnemental de la Coupe du monde 2018 réside surtout dans les transports internes et internationaux sans toutefois exploser en raison de l’étendue géographique.
Ainsi la Coupe du monde 2026 se distingue à la fois de l’édition qatarienne car les pays hôtes disposent déjà des infrastructures spécifiques au tournoi et de l’édition russe, organisée sur un seul territoire et avec des distances plus contenues. L’édition nord-américaine repose principalement sur des infrastructures déjà existantes pour son tournoi, mais sa forte dispersion géographique entraîne une intensification des émissions liées aux transports. Le paradoxe est grand entre les engagements de chaque acteur à respecter l'environnement, et les résultats environnementaux prévus. Le format d’une Coupe du monde étalée sur un espace aussi grand entraîne inévitablement l’augmentation massive de l’empreinte carbone, quelles que soient les dispositions mises en place pour la réduire au niveau de l’organisation.