top of page

L'Union européenne se dote de sa première stratégie pour les îles

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • 12 juin
  • 3 min de lecture

Le 10 juin 2026, la Commission européenne a adopté sa toute première stratégie dédiée aux îles de l'Union. Une stratégie présentée conjointement avec une stratégie sœur consacrée aux territoires côtiers. Les deux plans fonctionnent en tandem, se renforçant mutuellement pour répondre à des pressions communes tout en traitant les réalités spécifiques des îles et des communautés côtières.


Le texte concerne environ 17 millions d'habitants répartis sur 4 000 îles, ainsi que les 95 millions de personnes vivant le long des côtes de 22 États membres. Présentée par le vice-président exécutif chargé de la Cohésion et des Réformes, Raffaele Fitto, la stratégie s'articule autour de quatre piliers : développement économique et connectivité, sécurité énergétique et résilience climatique, démographie et qualité de vie, sécurité et préparation aux crises.



Cette stratégie pour les îles doit être lue à la lumière de plusieurs dynamiques de fond qui traversent actuellement la construction européenne. La première est la tension croissante entre l'objectif de simplification réglementaire, affiché comme priorité transversale du mandat von der Leyen, et la multiplication de cadres différenciés répondant à des situations territoriales spécifiques. La deuxième dynamique est celle du débat, déjà engagé, sur le futur cadre financier pluriannuel 2028-2034. Présenter une stratégie sectorielle dès 2026 permet aux territoires insulaires de peser sur la définition des priorités de la politique de cohésion avant que les grandes enveloppes budgétaires ne soient figées. La troisième dynamique tient aux défis structurels eux-mêmes, qui dépassent largement la seule question de l'insularité administrative. Le changement climatique frappe de manière disproportionnée les territoires insulaires et côtiers, qu'il s'agisse de la montée du niveau des mers, de l'érosion côtière ou de la vulnérabilité énergétique liée à l'isolement des réseaux.


Les régions insulaires elles-mêmes, regroupées notamment au sein de la CRPM et de sa Commission des îles présidée par Marie-Antoinette Maupertuis, constituent le second acteur central. Leur objectif est d'obtenir une reconnaissance structurelle et durable de leurs surcoûts (transport, énergie, approvisionnement), via une véritable « clause d'insularité » qui s'appliquerait systématiquement à l'ensemble de la législation européenne. Pour des territoires comme la Corse, la Sardaigne, les îles grecques ou les Baléares, l'enjeu est que la reconnaissance politique se traduise en flexibilité réglementaire (notamment sur les aides d'État) et en financements fléchés.


L’objectif principal de la Commission des îles est d’inciter les institutions européennes et les États membres à accorder une attention particulière aux îles, à reconnaître les handicaps et vulnérabilités permanents résultant de leur insularité et à mettre en œuvre les politiques les mieux adaptées à leurs spécificités. En 1997, lors du Traité d’Amsterdam, elle a ainsi obtenu l’inclusion d’une référence succincte aux îles sur la cohésion économique et sociale (Article 174 du Traité de Lisbonne).

Les États membres concernés, en particulier ceux disposant d'un grand nombre d'îles (Grèce, Italie, Espagne, Croatie, Finlande, France via ses collectivités insulaires), occupent une position intermédiaire. Ils soutiennent globalement la démarche, qui leur permet de répondre à des demandes régionales sans devoir porter seuls le coût politique et budgétaire de mesures dérogatoires. Leur intérêt est que la stratégie facilite l'accès de leurs régions insulaires aux fonds européens et allège certaines contraintes de marché intérieur, mais ils restent attentifs à ce que ces dérogations ne créent pas de distorsions de concurrence avec leurs propres territoires continentaux.


Cette stratégie répond à un engagement pris dans les orientations politiques de la présidente Ursula von der Leyen, pour 2024-2029 et formalisé dans la lettre de mission adressée à Raffaele Fitto. Elle s'inscrit également dans le programme de travail 2026 de la Commission, intitulé « le moment de l'indépendance de l'Europe », qui cible explicitement un soutien particulier aux régions ultrapériphériques, aux îles et aux zones frontalières orientales. Le calendrier n'est donc pas anodin : cette stratégie est pensée comme une étape préparatoire avant la négociation du prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034, dont dépendra la future politique de cohésion. Autrement dit, 2026 est l'année où les territoires insulaires tentent d'inscrire leurs spécificités dans l'architecture budgétaire et réglementaire qui structurera l'action européenne pour la décennie suivante.



Commentaires


CIRMA Logo

Le Collectif Interdisciplinaire pour la Recherche sur le Monde et l'Action Internationale est une fédération qui rassemble des chercheurs en relations internationales. Comprendre et analyser l'action internationale pour mieux informer le public est notre priorité. 

bottom of page