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La candidature de la Mauritanie à l’OIF, entre ambition diplomatique et débats identitaires

  • Le Paraphe
  • 21 avr.
  • 2 min de lecture

La Mauritanie a officiellement lancé la course pour le secrétariat général de la Francophonie en proposant la candidature de la Dr Coumba Bâ. Cette ambition diplomatique de haut vol contraste pourtant avec un débat intérieur vif sur le recul de l'usage du français dans le pays.



Depuis son indépendance, la Mauritanie navigue entre ses racines arabo-berbères et son appartenance à l'espace subsaharien. Le français y a longtemps servi de langue d'administration et d'enseignement, mais les réformes successives vers l'arabisation ont progressivement réduit son espace public. Aujourd'hui, la nomination d'une conseillère présidentielle à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) survient au moment où le pays cherche à s'affirmer comme un trait d'union diplomatique indispensable. Cette candidature pour le sommet de novembre 2026 à Phnom Penh est perçue par le pouvoir comme le couronnement d'un leadership africain renouvelé, bien que la réalité linguistique locale reste un sujet de friction politique majeur.


Le président Mohamed Ould Ghazouani utilise cette candidature comme un outil de rayonnement international pour stabiliser l'image de son pays. La candidate elle-même, Dr Coumba Bâ, incarne une diplomatie d'influence capable de parler à la fois aux capitales du Nord et du Sud. Face à eux, des observateurs comme le journaliste Hacen Lebatt soulignent un paradoxe entre cette volonté de diriger le monde francophone et la marginalisation du français dans les écoles mauritaniennes. Enfin, les autres pays membres de l'OIF évaluent la crédibilité de ce leadership au regard de la cohérence entre la politique intérieure et l'engagement extérieur de la Mauritanie.


Sur le plan géopolitique, diriger l'OIF permettrait à Nouakchott d'exercer un pouvoir d'influence sur quatre continents. Dans un Sahel marqué par le rejet de la présence française, la Mauritanie se positionne comme un pôle de stabilité et de médiation. Cette candidature est une manière d'occuper un terrain laissé vacant par d'autres puissances régionales en crise. Elle renforce le poids de la Mauritanie dans les instances internationales tout en offrant une plateforme pour promouvoir une vision africaine de la coopération multilatérale.


Sur le plan sociétal, la candidature ravive les tensions identitaires et linguistiques. Pour une partie de la jeunesse, le français reste une langue d'opportunités professionnelles mondiales, tandis que pour d'autres, il symbolise un passé colonial dont il faut se détacher. Le débat porté par Hacen Lebatt montre que la population s'interroge sur la sincérité d'une élite qui promeut le français à l'étranger tout en restreignant son usage au pays. La réussite de ce projet dépendra de la capacité de l'État à réconcilier ses ambitions diplomatiques avec une politique linguistique intérieure plus inclusive et pragmatique.

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