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La Coupe du monde 2026 : Entre tensions géopolitiques et défis sécuritaires

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • il y a 1 jour
  • 9 min de lecture

Par Johann Fleury et Corentin Pépin


Cette Coupe du monde à 48 équipes, organisée sur un vaste territoire couvrant trois pays (Canada, États-Unis, Mexique) engendre des défis logistiques majeurs auxquels vont devoir faire face les pays hôtes. Dans un contexte marqué par des menaces sanitaires et criminelles, des tensions géopolitiques et des enjeux d’influence, les politiques américaines en matière de visas suscitent des critiques de la part d'organisations de défense des droits humains. L’enjeu sécuritaire apparaît particulièrement central dans cette édition, notamment avec la présence de cartels au Mexique, les menaces terroristes et les risques de cyberattaques. 



La Coupe du monde est une compétition qui génère un afflux massif de supporters internationaux venant des quatre coins du monde. Durant l’édition, les pays organisateurs voient leur tourisme croître. Les États-Unis, en leur qualité de pays organisateur, sont amenés à accueillir une hausse importante de la fréquentation touristique. Toutefois, cet afflux peut entrer en contradiction avec la politique migratoire et sécuritaire des États-Unis, certains ressortissants faisant l’objet de restrictions particulières en raison de leur nationalité. L’organisation du mondial n’oblige pas les États-Unis à un assouplissement de leur politique de visa, ces derniers gardent le contrôle total sur leur politique migratoire. 


La Coupe du monde 2026 devrait être l’une des plus grandes compétitions sportives jamais organisées. Un événement de cette ampleur s’accompagne forcément d’enjeux sécuritaires importants, marqués par la progression de la guerre et la persistance du terrorisme, notamment car le gouvernement américain a identifié le risque accru d’actions isolées d’origine iranienne sur son territoire. Le contexte sécuritaire qui entoure l’organisation de la Coupe du monde 2026 est surtout marqué par ces menaces. En effet, le conflit États-Unis - Israël - Iran s’accompagne d’une recrudescence du risque d’attentats terroristes. Les États-Unis et Israël ont tué plus de 250 dirigeants iraniens depuis le début de la guerre, tandis que l’Iran n’a pas frappé le sol américain. L’organisation de cet événement pourrait donner l’occasion, pour l’Iran, de frapper directement les États-Unis sur leur territoire. L’Iran est habitué à ce genre d'opérations. Le pays finance des groupes terroristes, dont les plus connus sont le Hamas et le Hezbollah. Depuis le déclenchement du conflit, des attentats ont été commis en Europe, avec pour motivation suspectée le soutien au régime iranien. Si les États-Unis ont pour le moment été relativement épargnés, la Coupe du monde 2026, la plus grande compétition organisée au monde, donne l’occasion à l’Iran de déstabiliser son adversaire. C’est dans le cadre de la menace terroriste que des visas ont pu être retirés, notamment à l’arbitre somalien, soupçonné d’avoir eu des liens avec un groupe terroriste. Les groupes terroristes ont, historiquement, déjà prouvé leur intérêt à agir dans le cadre d’événements sportifs d’ampleur. Le cas emblématique est celui de la prise d’otage de sportifs israéliens par des terroristes du Hamas, organisation financée et équipée par l’Iran, lors des Jeux olympiques de Munich en 1972.


Autre menace, implantée plus au sud, les cartels sont une source d’inquiétude au Mexique. Leur emprise sur le territoire mexicain est phénoménale, puisque la moitié du territoire est déconseillée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) français, en raison de l’activité criminelle, alors que le pays accueille 13 matchs, dans les stades de trois villes différentes : Mexico, Monterrey et Guadalajara. Récemment, la lutte contre le narcotrafic a pris une nouvelle dimension au Mexique, suite à l'exécution du baron de la drogue El Mencho et le gouvernement mexicain lutte quotidiennement contre les groupes. Pour se prémunir de la menace des cartels, le gouvernement mexicain a mis sur pied le « Plan Kukulkan », un dispositif de sécurité d’ampleur, censé prévenir la menace terroriste des cartels sur la Coupe du monde 2026. Ce plan encadre la coopération avec le Canada, les États-Unis et la FIFA pour la sécurisation de l’événement. Près de 100 000 personnels de sécurité vont être déployés sur l’ensemble du pays, dont 20 000 militaires, 55 000 policiers et des agents de sécurité privée. Ils seront accompagnés de moyens massifs, notamment 2 500 véhicules militaires, 24 aéronefs, des systèmes anti-drones et des brigades cynophiles. Toutefois, les cartels pourraient se montrer discrets durant la Coupe du monde 2026.


De même que, les menaces cyber et drone, susceptibles d’être mobilisées par les organisations terroristes et criminelles, sont particulièrement identifiées et surveillées. La Coupe du monde 2026 risque d’être particulièrement visée par les cybermenaces. Trois types de menaces ont été détectés : les cybercriminels, les cyberactivistes et les cybermenaces parrainées par des États. Pour les premiers, la Coupe du monde motive l’appât du gain. Les organisateurs s’attendent donc à des opérations de hameçonnage, de vol de données et d'extorsion. Les cybercriminels pourraient avoir recours au hameçonnage (phishing) pour soutirer des informations ou de l’argent, notamment via le recours à l’usurpation d’identité (deepfakes), ou le hameçonnage par SMS (smishing). Les seconds sont motivés par des revendications politiques et la volonté de manifester en faveur d’une cause. Ils pourraient mener des cyberattaques contre l’organisation, afin de paralyser l’événement. Le troisième type d’acteur est peut-être le plus sensible, puisque cela touche à l’idéologie et à la géopolitique. L’événement retient les leçons des Jeux olympiques de Paris de 2024, où 548 tentatives de cyberattaques avaient été réalisées, dont 83 avec succès, bien que leur impact ait été faible. La Russie et la Chine, dont les relations avec les États-Unis ne sont pas les plus amicales, pourraient jouer un rôle dans le financement de groupes impliqués dans des cyberattaques. La menace drone est relativement récente et les États se préparent au risque d’une attaque impliquant ces appareils. Leur utilisation s’est largement répandue ces dernières années, pour leur capacité de destruction importante pour un prix faible. Ces petits appareils pilotables à distance sont capables de transporter des charges explosives létales. Ce nouveau moyen d’action pourrait être utilisé pour des actes malveillants à l’occasion de la Coupe du monde. Les cartels mexicains, tout comme les organisations terroristes, ont recours depuis longtemps à ces engins. 


Une autre source de tensions réside dans les mouvements sociaux au Mexique. Depuis début juin, le syndicat enseignant mexicain de la CNTE (Coordinadora Nacional de Trabajadores de la Educación) mène des actions utilisant la visibilité de la Coupe du monde pour porter ses revendications (augmentation des salaires et amélioration des conditions de travail notamment). Le syndicat menace notamment de perturber le bon déroulement du Mondial sur le territoire mexicain avec le slogan « the ball will not roll », et en bloquant la circulation ainsi que certaines infrastructures comme le stade Azteca quelques jours avant le match d’ouverture. Cela oblige les autorités mexicaines à déployer un dispositif policier plus conséquent. 


Les statues installées temporairement pour une exposition consacrée à la Coupe du monde prises à partie par les manifestants. (Sources : Le Parisien, AFP et Oswaldo Ramirez)
Les statues installées temporairement pour une exposition consacrée à la Coupe du monde prises à partie par les manifestants. (Sources : Le Parisien, AFP et Oswaldo Ramirez)

 

C’est pourquoi certaines délégations, arbitres ou supporters ont eu plus de difficultés à obtenir un visa. Les restrictions reflètent les relations diplomatiques des États-Unis et témoignent du caractère prioritaire des enjeux sécuritaires américains sur l’organisation de la compétition. Ainsi, l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan s’est vu refuser l’entrée sur le sol américain une fois arrivé à Miami, où il a été déclaré « inadmissible aux États-Unis » par la douane de la protection des frontières américaines (Customs and Border Protection), sans préciser le motif officiel retenu pour cette décision. La Somalie fait partie de la liste des pays soumis à des restrictions de voyage renforcées par l’administration Trump depuis la déclaration du président américain le 4 juin 2025, qui renoue avec le « travel ban » mis en place durant son premier mandat. Plusieurs éléments sont avancés pour justifier les restrictions concernant des ressortissants somaliens, la principale étant l’absence d’autorité centrale jugée suffisamment fiable pour assurer la délivrance et la vérification des documents d’état civil, freinant ainsi l’identification des individus. De plus, la Somalie ne contrôle pas l'intégralité de son territoire, limitant son efficacité quant à la menace terroriste persistante sur le sol somalien, ne parvenant pas à limiter la liberté de mouvement des terroristes. Les États-Unis qualifient la Somalie de « terrorist safe haven » estimant que certaines régions du pays servent de base à des groupes susceptibles de menacer la sécurité nationale américaine. Les États-Unis affirment également que la Somalie a toujours refusé de réintégrer ses ressortissants expulsés et qu’elle est une destination pour les individus cherchant à rejoindre les groupes terroristes qui ciblent la sécurité nationale américaine. 


Le photographe officiel de la sélection irakienne, Talal Salah, a été retenu plusieurs heures avant de se voir refuser l’entrée sur le territoire américain après examen de son téléphone. L’Irak n’est pas concerné par la liste du 4 juin 2025 des pays faisant l’objet des restrictions de voyage, cependant les États-Unis maintiennent une vigilance particulière vis-à-vis de ce pays. 


Le cas de la sélection iranienne qui fait également partie de la liste du 4 juin 2025 et qui, en ce sens, voit sa logistique fortement perturbée en raison des tensions diplomatiques entre Téhéran et Washington. La chute du Shah d’Iran en 1979 et la proclamation de la République islamique sous l’impulsion de l’ayatollah Khomeini ont marqué une rupture profonde dans les relations entre les deux États, qui sont désormais marquées par de vives tensions. Cependant cette relation a aussi apporté son lot de belles images s’inscrivant dans un message de paix et d’amitié, notamment lors de l’édition 1998, où les États-Unis et l’Iran se sont affrontés, mais avant le match les joueurs iraniens ont offert des fleurs aux Américains avant que les deux équipes posent ensemble pour la traditionnelle photo d’avant-match. Vingt-huit ans plus tard, les tensions n’ont jamais été aussi vives à l’approche du Mondial. Ainsi, les Iraniens ont dû installer leur camp d’entraînement à Tijuana au Mexique et ne sont autorisés à entrer sur le territoire américain que les jours de match, les empêchant de remplir leurs obligations médiatiques d’avant-match. Les supporters iraniens ne pourront pas non plus venir voir leur équipe. 


Les supporters haïtiens font également l’objet de restrictions de voyage et ne pourront pas venir supporter leur équipe, les limitations imposées par l’administration américaine réduisent fortement leurs possibilités de se rendre aux États-Unis. Haïti figure également sur la liste du 4 juin 2025, selon un rapport américain sur les dépassements de durée de séjour. Haïti avait un taux de dépassement de séjours de 31,38% pour les visas B1/B2 (visa temporaire attribué à ceux qui veulent pénétrer le sol américain pour un court séjour lié aux affaires (B1) ou au tourisme (B2)). L’administration Trump évoque également l’entrée de milliers d’immigrants haïtiens en situation irrégulière sous l’administration Biden, ajoutant que cela pourrait nuire aux communautés américaines, notamment par la création de réseaux criminels et d’autres menaces à la sécurité des États-Unis. De plus, l’administration Trump estime qu’Haïti ne dispose pas d’une autorité centrale suffisamment efficace pour garantir la transmission des informations nécessaires à la sécurité américaine. L’afflux touristique génère également un enjeu sanitaire majeur pour les États-Unis, notamment dans le contexte des épidémies d’Ebola qui touchent certaines régions d’Afrique. Aux États-Unis, c’est le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) qui est chargé de veiller à la sécurité sanitaire américaine. Le CDC a mis en place des restrictions temporaires d’entrée ainsi qu’un renforcement des contrôles sanitaires pour les personnes ayant séjourné récemment en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud. Les personnes autorisées à entrer sur le territoire américain font l’objet d’un suivi de 21 jours correspondant à la durée maximale de la période d’incubation du virus. La République démocratique du Congo, qualifiée pour le mondial, a donc dû modifier son calendrier pour respecter les règles américaines. 


L’administration Trump avance que les critiques des ONG sont des « scare tactics » menées par certains militants et relayées par une partie des médias. Cependant Marco Rubio reconnaît que certains problèmes logistiques pouvaient survenir dans le traitement des visas. 


Beaucoup pointent du doigt l’absence de réaction de la FIFA devant ces actions qui déstabilisent le mondial et génèrent des tensions, pour un événement censé rapprocher les peuples et promouvoir la paix. En 2017, le président de la FIFA Gianni Infantino déclarait : « Les supporters et officiels d’une équipe qualifiée pour la Coupe du monde doivent avoir accès au pays en question, sinon, il ne s’agit pas d’une Coupe du monde ». Qu’est-ce qui a changé depuis 2017 ? Comment en 9 ans le président de la FIFA a-t-il pu autant évoluer sur la question ? Infantino entretient une relation amicale avec le président américain, avec lequel il s’est affiché à de nombreuses reprises ces derniers mois. La séduction du dirigeant de la FIFA envers Donald Trump atteint son sommet lorsqu’il lui a décerné le « Prix de la paix » de la FIFA, en décembre 2025, pour récompenser les « efforts incessants en faveur de la paix » du président américain. Ce prix, créé sur mesure pour lui, sert de substitution aux Prix Nobel de la Paix, que Trump avait le vain espoir d’emporter. La relation Trump-Infantino est gagnant-gagnant. Pour Donald Trump, l’organisation de la Coupe du monde est un outil d’influence et l’absence de réaction de la FIFA aux agissements contestés du pouvoir américain permet de légitimer la politique américaine aux yeux du monde. Pour Infantino, être si proche du président américain lui permet d’avoir accès aux plus hautes sphères du pouvoir politique mondial, tout en protégeant l’organisation de la Coupe du monde des soubresauts d’un président imprévisible. La Coupe du monde a donc une dimension inévitablement politique, au-delà des enjeux sécuritaires.


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