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Le G20 Miami 2026 : Un sommet sous tension, les minéraux critiques au cœur des discussions ?

Corentin Pépin
il y a 4 jours
6 min de lecture

L’édition 2026 du G20 aura lieu aux États-Unis, à Miami. Ce forum, central pour la diplomatie et la coopération économique, commerciale et financière internationale, est sujet à de nombreuses tensions quant à l’appropriation de l’événement comme plateforme de promotion de la supériorité américaine et la composition des participants invités par l’administration Trump. L’Afrique du Sud, exclue du sommet, se voit symboliquement remplacée par la Pologne, très proche allié des États-Unis. Alors que les minéraux critiques sont au cœur de la diplomatie de l’administration Trump, le G20 Miami 2026 pourrait être l’occasion pour la Maison Blanche de renforcer la coopération internationale pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. 



Du 14 au 15 décembre 2026, les États-Unis vont accueillir la réunion des leaders du G20, à Miami. Le G20 est un forum intergouvernemental informel, qui réunit chaque année les principales puissances économiques mondiales. Le G20 a été créé en 1999 comme un dialogue sur la coopération économique internationale, la stabilité financière et les défis économiques importants. Aujourd’hui, le périmètre de discussion du groupe s’est élargi pour intégrer un ensemble de thèmes sociaux, environnementaux, énergétiques, etc. D’abord fondé comme un forum technique des ministres des finances, à la suite de la crise économique asiatique de 1997, il prend la forme d’une réunion annuelle des chefs d’État et de gouvernement depuis 2008, en réponse à la crise financière mondiale. Le G20 réunit donc les principales économies développées et émergentes de la planète, soit 19 États (Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Russie, Turquie et Royaume-Uni), auxquels s’ajoutent deux organisations régionales (Union européenne et Union africaine), ainsi que des pays invités, choisis à la discrétion de chaque présidence.


Le poids économique du G20 est donc énorme, puisqu’il représente 80% du PIB et 75% du commerce mondial. En permettant de trouver des consensus sur les enjeux économiques mondiaux majeurs entre des puissances parfois rivales, le G20 permet de coordonner les principales puissances économiques et d’impulser des réformes, en lien avec les institutions multilatérales économiques et financières (OCDE, FMI, OMC, Banque mondiale). Ces dernières années, le G20 connaît de nombreuses turbulences. 


Ce sont les États-Unis qui ont été choisis pour organiser et accueillir l’édition 2026 du sommet du G20. Celui-ci aura lieu du 14 au 15 décembre 2026, à Miami. Cette édition ne devrait pas permettre d’atténuer les tensions. Comme pour chaque événement organisé sous l’administration Trump, le G20 devrait être transformé en une tribune à la gloire d’une Amérique idéalisée et de lui-même. Trump considère que son mandat correspond à “l’âge d’or de l’Amérique” et s’attelle à le montrer. Le G20 2026 doit se tenir au sein du complexe de golf privé Trump National Doral, détenu par le milliardaire président. Ainsi, Trump mêle les intérêts publics aux intérêts privés et s’impose comme l’acteur dominant du sommet. L’impact positif du G20 à venir peut porter à discussion, lorsque l’on met en relation les objectifs concrets du G20, à savoir la coopération et la stabilité économiques, aux actions de l’administration Trump, qui voit la scène internationale comme un théâtre de force plutôt qu’un théâtre de coopération, comme l’illustre la politique commerciale du président américain, marqué par des coups de force sur les droits de douane. 



Le choix des pays invités à participer au sommet du G20 Miami illustre les tensions existantes au sein du forum. La Russie est invitée à y participer, malgré l’opposition de nombreux pays européens en raison de la guerre en Ukraine, qui ne trouve toujours aucune issue. Les relations entre les États-Unis et la Russie ne sont pas aussi délétères que sous l’administration Biden, malgré l’agression toujours en cours du territoire ukrainien. En revanche, les États-Unis ont annoncé exclure l’Afrique du Sud de leur édition. Le président américain a écrit que “L’Afrique du Sud a montré au monde qu’elle n’était pas un pays digne d’être membre de quoi que ce soit” sur son réseau Truth Social. L’Afrique du Sud est pourtant un membre “de plein droit” du forum et a organisé l’édition précédente1. Il faut dire que les relations entre les deux pays ne sont pas au beau fixe depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, qui considère que le pouvoir sud-africain commet un “génocide” contre sa population blanche, à qui il a ouvert les portes de l’immigration vers les États-Unis. S’en est suivie une montée des tensions entre les deux pays. Les États-Unis avaient boycotté le sommet du G20 à Pretoria en novembre 20252


Le retrait de l’Afrique du Sud de la liste des participants devrait profiter à la Pologne, que les États-Unis ont choisi d’inclure parmi les invités3. La présence de la Pologne est mise en avant, au point d’en faire un potentiel futur candidat à l’intégration du G20, une ambition du pouvoir polonais. La Pologne est un pays à la croissance économique fulgurante depuis la chute du communisme et l’adoption du capitalisme libéral. La Pologne vient d’entrer dans le club des économie dépassant 1 000 milliards de dollars de PIB, ce qui la classe comme la 20ème économie mondiale, portée par une croissance exceptionnelle en Europe, de 3.6% en 2025. La Pologne s’appuie sur une relation forte avec les États-Unis. Si la relation commerciale demeure limitée, la proximité politique et militaire avec les États-Unis est intense. La Pologne privilégie l’achat d’armements américains plutôt que d’européens et s’aligne diplomatiquement avec les États-Unis, illustrant la volonté polonaise de se placer dans l’orbite sécuritaire américain. Au-delà des nombreux achats d’équipements militaires, les États-Unis stationnent des troupes sur le territoire polonais et bénéficieront bientôt d’une base militaire permanente. Récemment, la Pologne et les États-Unis ont signé le “Critical Minerals Framework” pour collaborer sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. 


La question des minéraux critiques est au cœur de la géopolitique mondiale et de l’action internationale des États-Unis sous l’administration Trump. Les minéraux critiques sont indispensables à la transition énergétique, le développement technologique et économique, notamment pour l’industrie de l’armement. En raison de la concentration géographique de leur extraction et de leur raffinage, principalement détenu par la Chine, les États-Unis, comme l’ensemble des économies développées, cherchent à sécuriser leurs3 approvisionnements face au risque de la dépendance. Les États-Unis multiplient les dialogues en ce sens, en particulier au travers de leur initiative de la Pax Silica, un club de pays alliés aux États-Unis qui s’engagent dans le développement de l’IA et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. La Pologne fait partie de cette initiative au travers de la signature par l'Union européenne de la déclaration de Pax Silica en juin 2026. 


La Pologne dispose de certains minéraux critiques, en particulier le cuivre. Varsovie est déjà le premier producteur de cuivre sur le continent européen. Le pays a lancé le projet de “Vallée du cuivre”, qui pourrait lui permettre de produire 800 000 tonnes de cuivre par an, ce qui le placerait dans les 10 plus grands producteurs mondiaux. Par ailleurs, la Pologne a monté deux projets stratégiques dans le cadre du Critical Raw Materials Act de l’Union européenne. Le premier est le projet POLVOLT, une usine de recyclage des déchets électroniques et batteries usagées pour en récupérer les métaux stratégiques. Le second est le projet Pulawy Rare Earths Separation Plant, une usine de séparation des terres rares provenant principalement de la mine de Songwe Hill au Malawi. Ce projet est particulièrement stratégique puisqu’il répond à la dépendance la plus forte : 91% de la capacité mondiale de raffinage des terres rares est contrôlée par la Chine. La stratégie polonaise concernant les minéraux critiques peut renforcer l’intérêt des États-Unis pour cette relation bilatérale. La promotion de la Pologne au sein du G20 par le grand frère américain est à mettre en relation avec le rapprochement significatif entre les deux pays ces dernières années, ainsi que les intérêts communs à coopérer pour la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques. 


Les États-Unis vont très certainement imposer la question des minéraux critiques dans les discussions du G20 Miami. Le forum s’est déjà emparé de cette thématique lors du dernier sommet. L’Afrique du Sud en avait fait une priorité de premier plan et a mis en place le “G20 Critical Minerals Framework”. L’objectif de ce cadre est de permettre une redistribution plus juste en rééquilibrant la chaîne de valeur des minéraux critiques afin qu’elle bénéficie à toutes les nations4. Pour l’instant, l’action du G20 sur les minéraux critiques s’est cantonnée à la juste redistribution des richesses entre les nations. Néanmoins, nul ne doute que les États-Unis vont s’appuyer sur le forum pour maintenir le mouvement en faveur de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la diversification de leur source. Un nouveau cadre pourrait donc être adopté en ce sens. 



1 L’Afrique du Sud n’est pas exclue du G20, mais seulement de l’édition 2026 organisée par les États-Unis, en n’y étant pas conviée.

2Il est à noter que Xi Jinping et Vladimir Poutine n’étaient pas non plus présents au sommet sud-africain, mais remplacés par un plénipotentiaire. 

3 En compagnie de l’Azerbaïdjan, les Émirats Arabes Unis, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, le Kazakhstan, la Norvège, l’Ouzbékistan, les Pays-Bas, le Qatar et Singapour.

4 Par exemple, les pays producteurs africains exportent le plus souvent le minerais brut, qui n’a pas grande valeur.


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