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Le sommet de Nairobi : Autopsie d’un pivot stratégique français.

  • Franck Biyidi
  • 5 mai
  • 2 min de lecture

L’ouverture du sommet « Africa Forward » ce 11 mai 2026 à Nairobi marque une rupture historique. Pour la première fois, la diplomatie française déplace son centre de gravité en terre anglophone. Entre le délitement du « pré carré » francophone et l’ambition d’un partenariat décomplexé avec les puissances émergentes, cet événement cristallise le nouveau logiciel de l’Élysée.


L’agonie d’un modèle : la fin du « pré carré »

Pendant six décennies, la politique africaine de la France a reposé sur une logique de proximité géographique, linguistique et sécuritaire avec ses anciennes colonies. Ce modèle, souvent qualifié de « Françafrique », s’est fracassé sur les réalités du XXIe siècle. Le retrait des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, puis plus récemment du Sénégal et du Tchad au début de l'année 2025, témoigne d’un rejet profond. Ce sentiment anti-français, alimenté par une perception de paternalisme et d’inefficacité sécuritaire face au djihadisme, a laissé un vide que des puissances concurrentes comme la Russie, la Chine ou la Turquie se sont empressées de combler. Pour Paris, rester confiné à la seule zone francophone revenait désormais à gérer un déclin inéluctable.


Nairobi : le laboratoire de la « diplomatie de projet »

Le choix du Kenya pour ce sommet 2026 n’est pas une simple coquetterie protocolaire, mais un acte de réalisme géopolitique. En s’installant en Afrique de l’Est, la France s’affranchit enfin du poids de l’histoire coloniale. Les discussions engagées avec le président William Ruto ne portent plus sur le franc CFA ou le maintien de bases militaires, mais s'orientent vers la connectivité numérique, l’intelligence artificielle et la transition énergétique. Sous l’impulsion de son dirigeant, Nairobi est devenue le porte-voix du Sud global sur la question du climat et de la réforme de l’architecture financière mondiale. En s’alignant sur ces thématiques neutres et multilatérales, la France tente de redevenir un partenaire utile plutôt qu’un tuteur encombrant.


Un basculement de doctrine géographique

Le tableau des relations internationales françaises en Afrique se dessine désormais selon deux axes divergents. À l’Ouest, dans la zone francophone, Paris mène une diplomatie de gestion de crise et de retrait ordonné. La France y reste sur la défensive, cherchant péniblement à transformer ses bases en académies militaires conjointes pour atténuer les tensions souverainistes locales. À l’inverse, à l’Est et au Sud, dans les zones anglophone et lusophone, l'Élysée déploie une diplomatie de conquête économique. Après le Nigéria et l’Afrique du Sud, le Kenya devient le pivot d’une influence française qui se veut désormais normale, c’est-à-dire fondée sur l’offre technique et l’investissement productif plutôt que sur l’héritage du passé.


Les défis de la normalisation diplomatique

Ce pivot vers l’Afrique anglophone reste toutefois un pari audacieux. Si le Kenya offre une porte de sortie honorable, la France doit encore prouver qu’elle peut apporter une valeur ajoutée supérieure à celle des autres acteurs mondiaux déjà bien implantés. Le succès d'« Africa Forward » ne se jugera pas à la qualité de la photo de famille à Nairobi, mais à la capacité réelle de la France à transformer cet essai en investissements structurels de long terme. Pour Paris, l’enjeu est désormais clair : il s'agit de jouer sa place dans le concert africain du futur, loin des nostalgies linguistiques, en tentant de devenir, enfin, un partenaire parmi les autres.


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