Les Relations nippo-américaines de 1945 à nos jours – Du Miracle au Mirage : de l’Ascension aux Premières Fissures (2/3)
Le 27 septembre 1989, la société Sony Corporation annonce l’acquisition de Columbia Pictures Entertainment pour 3,4 milliards de dollars, près de 4,8 milliards en incluant la reprise de sa dette1. Un mois plus tard, le 30 octobre, le groupe Mitsubishi Estate annonce qu’il débourse 846 millions de dollars pour prendre le contrôle de 51 % du Rockefeller Group, propriétaire du Rockefeller Center à Manhattan. Ces deux acquisitions, rapprochées dans le temps et spectaculaires par leur portée symbolique, résument le paradoxe de l’année 1989 : le Japon vaincu, rasé, affamé de 1945, ce pays que les États-Unis avaient aidé à reconstruire, est désormais en passe de racheter les icônes de la civilisation américaine. Le Japon est alors la deuxième économie du monde, avec un PIB représentant environ 15 % du PIB mondial2, au début de l’année 1989, les actions japonaises pèsent 45 % de la capitalisation boursière mondiale, contre 33 % pour les actions américaines3.
Comment expliquer cette trajectoire ? Entre 1960 et 1989, le Japon traverse une transformation économique sans équivalent parmi les nations industrialisées, passant d’une économie encore en reconstruction à la deuxième puissance mondiale, rivalisant ouvertement avec son protecteur américain sur les marchés. Mais cette ascension nourrit des tensions qui transforment progressivement l’alliance la plus solide de la guerre froide en une rivalité commerciale, ponctuée de crises diplomatiques. Le partenaire protégé devient un concurrent redouté, le disciple docile un maître de l’exportation, et Washington, confronté à la désindustrialisation de son économie, regarde Tōkyō avec un mélange d’admiration et de ressentiment. Deux questions structurent cette période. D’abord, comment la relation nippo-américaine a-t-elle pu basculer d’une symbiose paternelle à une confrontation économique larvée, tout en préservant l’essentiel de son architecture de sécurité ? Ensuite, dans quelle mesure les frictions commerciales de ces trois décennies annoncent-elles la crise du modèle japonais, dont l’éclatement ouvrira la « décennie perdue » ?
Pour y répondre, il convient d’analyser successivement les mécanismes qui ont produit la kōdo keizai seichō — la haute croissance — des années 1960, dont les États-Unis furent à la fois les architectes involontaires et les bénéficiaires stratégiques ; puis les chocs de 1971 et 1973, diplomatique, monétaire et pétrolier, qui révèlent la vulnérabilité structurelle du modèle japonais ; enfin la montée du Japan Bashing et les accords du Plaza de 1985, qui scellent la première grande épreuve de force économique entre les deux alliés.

I. La Haute Croissance : L’Atelier du Monde (1960-1973)
La décennie qui s’ouvre sur l’humiliation de Kishi et l’apaisement social promis par Ikeda est celle d’une transformation économique. Le Plan de doublement du revenu de 1960, promesse politique que ses détracteurs jugeaient présomptueuse, est non seulement tenu, mais largement dépassé. Entre 1961 et 1973, le produit intérieur brut japonais croît à un rythme annuel moyen de près de 9 % en termes réels — de l’ordre de 10 % si l’on retient les séries de PNB de l’époque —, un chiffre sans équivalent dans l’histoire économique d’une grande puissance4. En 1968, le Japon supplante la République fédérale d’Allemagne et devient la deuxième économie du monde non communiste, derrière les seuls États-Unis ; après la disparition de l’Union soviétique, il restera la deuxième économie mondiale jusqu’en 2010, date à laquelle la Chine le dépasse5. Pour saisir les ressorts de ce miracle, il faut en déconstruire la mécanique interne et comprendre en quoi l’alliance nippo-américaine en constituait à la fois le carburant et le cadre permissif.
A. Le MITI et l’État développeur : planifier sans soviétiser
Le cœur du miracle réside dans l’émergence d’un modèle de capitalisme dirigé sans équivalent dans le monde occidental. Le MITI — Tsūshō Sangyōshō, le ministère du Commerce international et de l’Industrie, fondé en 1949 — en est l’institution clé. Contrairement aux économies planifiées de l’Est, le MITI ne nationalise pas les entreprises et ne fixe pas directement les prix : il oriente, guide, incite et protège. Sa méthode centrale est l’« administration par la persuasion » (gyōsei shidō, littéralement « direction administrative »), une pratique informelle par laquelle le ministère adresse aux entreprises des conseils qui valent des ordres, sans base légale explicite mais avec une autorité institutionnelle quasi absolue6. Le politologue américain Chalmers Johnson, dans MITI and the Japanese Miracle (1982), est le premier à théoriser ce phénomène sous le concept d’« État développeur » (developmental state) : un État qui subordonne l’ensemble de ses politiques à l’objectif prioritaire de la croissance industrielle7.
La stratégie du MITI repose sur une logique de sélection sectorielle. Dans les années 1950 et 1960, le ministère identifie successivement les industries à promouvoir — acier, construction navale, chimie, puis automobile et électronique — et concentre sur elles les crédits bonifiés de la Japan Development Bank, les protections tarifaires, les licences technologiques négociées auprès des entreprises américaines et les restrictions à l’investissement étranger direct. Le résultat est une industrialisation accélérée qui défie la logique des avantages comparatifs : dépourvu de ressources naturelles, le Japon n’avait guère de titre à devenir sidérurgiste, mais la combinaison d’une main-d’œuvre disciplinée, du capital patient fourni par les banques-pivots des keiretsu — ces réseaux d’entreprises dont il sera question plus loin — et de la protection administrative du MITI lui a permis de se hisser en moins de deux décennies au premier rang mondial. Premier constructeur naval du monde dès 1956, le Japon domine toujours ce secteur en 1973 et se classe alors au troisième rang des producteurs mondiaux d’acier, derrière les seuls États-Unis et l’URSS, mais avec des aciéries parmi les plus modernes. Son industrie automobile — Toyota, Nissan, Honda — commence à menacer sérieusement les constructeurs américains et européens.
Les keiretsu constituent l’autre pilier institutionnel de ce capitalisme dirigé. Nés des cendres des anciens zaibatsu démantelés par l’Occupation, mais profondément différents de ceux-ci par leur structure, ce sont des réseaux d’entreprises industrielles, commerciales et financières liées par des participations croisées et gravitant autour d’une banque-pivot. Le groupe Mitsubishi comprend ainsi Mitsubishi Bank, Mitsubishi Corporation (négoce), Mitsubishi Heavy Industries, Mitsubishi Electric et des dizaines d’autres entités. Cette architecture rend les entreprises japonaises quasi imperméables aux offres publiques d’achat hostiles et aux pressions des actionnaires à court terme : les dirigeants peuvent investir sur des horizons de dix à vingt ans sans avoir à justifier chaque trimestre leurs résultats devant Wall Street. C’est ce qu’on appellera plus tard le « capitalisme des parties prenantes » à la japonaise, un modèle que certains économistes occidentaux admireront ouvertement dans les années 1970 et 1980, avant d’en diagnostiquer les pathologies dans les années 1990.
B. Le pacte de l’alliance : le parapluie et le marché
Ce modèle économique ne se comprend pas sans son soubassement stratégique. Le traité de sécurité révisé, signé en janvier 1960 et ratifié en juin au prix de la plus grave crise politique de l’après-guerre — manifestations massives, annulation de la visite d’Eisenhower, démission de Kishi —, fixe pour trois décennies les termes d’un échange implicite : les États-Unis assurent la défense de l’archipel et y maintiennent leurs bases ; le Japon, contraint par l’article 9 de sa Constitution, consacre ses ressources à l’économie.
Cette division du travail, que l’on désignera plus tard sous le nom de « doctrine Yoshida », a une traduction budgétaire directe : les dépenses de défense japonaises restent contenues autour de 1 % du PNB, norme que le gouvernement Miki formalise en 1976. Là où Washington consacre une part considérable de son budget à la guerre froide et à la guerre du Vietnam, Tōkyō investit dans ses usines. C’est le premier sens du mot « protecteur » : l’alliance n’est pas seulement un parapluie militaire, elle est une subvention implicite à la croissance japonaise.
Ce socle explique aussi la remarquable étanchéité qui se maintiendra entre les deux dimensions de la relation. Les crises commerciales des années 1970 et 1980, si vives soient-elles, ne remettront jamais en cause les bases américaines ni le traité lui-même ; à partir de 1978, le Japon finance même une part croissante du stationnement des forces américaines — le « budget de la sympathie » (omoiyari yosan) —, et les deux pays adoptent la même année leurs premières lignes directrices de coopération en matière de défense. La rivalité se joue sur le terrain économique précisément parce que le terrain stratégique n’est pas négociable.
Le second versant de ce pacte est commercial, et il est tout aussi décisif. L’un des paradoxes du miracle japonais est que son principal moteur se trouvait de l’autre côté du Pacifique. Le marché américain, ouvert aux exportations japonaises dans une logique d’abord géopolitique — intégrer le Japon à l’économie de marché pour l’immuniser contre le communisme —, offre le débouché qui rend possible l’industrialisation de masse. Entre 1960 et 1970, la part des exportations japonaises destinées aux États-Unis passe d’environ 27 % à un peu plus de 30 % du total, et leur nature se transforme : aux textiles et aux jouets bas de gamme des années 1950 succèdent les appareils électroniques, les automobiles et les produits sidérurgiques. En 1964, les exportations automobiles vers les États-Unis restent marginales — Toyota n’y expédie qu’environ 4 000 véhicules ; en 1970, Toyota à lui seul en exporte 216 000, et l’ensemble des constructeurs japonais dépasse 400 000 unités8.
Cette ouverture asymétrique — les États-Unis accueillent les produits japonais tandis que le marché nippon reste protégé par des barrières tarifaires, des quotas informels et la complexité des réseaux de distribution internes — est délibérément tolérée par Washington tout au long des années 1960. La raison en est simple : pour les stratèges américains de la guerre froide, une récession au Japon et la montée en puissance des syndicats de gauche seraient plus dangereuses qu’un déficit commercial bilatéral croissant. La prospérité japonaise est le meilleur antidote au communisme en Asie ; son coût pour l’industrie américaine est donc acceptable, voire nécessaire. Ce calcul, rationnel à l’échelle de la bipolarité, porte pourtant en lui les germes du conflit.
Le cadre technologique du miracle doit également beaucoup à la coopération américaine. Dans les années 1950 et 1960, les entreprises japonaises signent des centaines d’accords de licence avec leurs homologues américaines, acquérant à prix modéré des brevets et des procédés que les cédants n’évaluent pas à leur juste valeur. L’entreprise Tokyo Tsushin Kogyo, qui ne prendra le nom de Sony qu’en 1958, obtient ainsi en 1953 une licence de transistor auprès de Western Electric pour 25 000 dollars. Toyota envoie ses ingénieurs étudier les usines américaines : Eiji Toyoda passe plusieurs mois en 1950 à observer l’usine Ford de River Rouge. De ces observations, mais aussi du principe de réassort des supermarchés américains, Taiichi Ōno tire le Toyota Production System, le système de production « juste-à-temps » piloté par les étiquettes kanban. La leçon retenue de Detroit n’est pas une copie : c’est une synthèse qui adapte les méthodes américaines aux contraintes japonaises — exiguïté des ateliers, polyvalence des ouvriers, stocks minimaux — pour en tirer un système industriel supérieur à son modèle.
C. Tōkyō 1964 et Osaka 1970 : le Japon réintègre le concert des nations
Si le miracle se construit dans le silence des usines et des ministères, il s’expose au monde à travers deux événements qui marquent la réintégration du Japon dans la communauté internationale. Le 1er octobre 1964, neuf jours avant l’ouverture des Jeux olympiques de Tōkyō,9 le premier Shinkansen entre en service entre Tōkyō et Osaka. Il couvre alors en quatre heures les 515 kilomètres qui séparent les deux métropoles, à une vitesse de pointe de 210 km/h ; dès novembre 1965, le trajet tombe à trois heures et dix minutes. Ce train à grande vitesse, le premier du monde, n’est pas seulement un exploit d’ingénierie : il est le manifeste technologique d’un pays qui, vingt ans après ses ruines, est redevenu pionnier.

Les Jeux olympiques ouvrent leurs portes le 10 octobre 1964 dans le stade national de Kasumigaoka. Le gymnase national de Yoyogi, dessiné par Kenzō Tange, en devient l’emblème architectural. Quatre-vingt-treize nations participent à ces premiers Jeux organisés en Asie ; les délégations soviétique et américaine se côtoient dans les rues de Tōkyō, symbole d’une neutralité sportive qui contredit habilement l’alignement politique du Japon sur le camp occidental.
Six ans plus tard, l’Exposition universelle d’Osaka 1970, la première jamais organisée en Asie, amplifie ce message. Soixante-dix-sept nations y participent ; 64 millions de visiteurs s’y pressent en six mois, record absolu à l’époque. Le thème retenu, « Progrès et harmonie pour l’humanité », reflète l’optimisme d’un pays qui, loin de se vivre comme une puissance déclassée, se rêve en avant-garde technologique. Les pavillons futuristes, les robots, les premiers téléphones sans fil et les visiophones qu’on y présente dessinent un Japon sûr de son avenir.
II. Les chocs de 1971-1973 : la fin des certitudes
L’été 1971 marque une rupture dans les relations nippo-américaines. En l’espace de quelques semaines, deux décisions prises unilatéralement par le président Richard Nixon, sans consultation préalable de Tōkyō, ébranlent les fondements de la relation bilatérale et révèlent, sous le vernis de l’alliance, la dépendance du Japon à l’égard de son protecteur. Les Japonais les désignent par un terme emprunté à l’anglais, Nikuson shokku, les « chocs Nixon », et les ressentent comme une trahison. Deux ans plus tard, le choc pétrolier révélera une vulnérabilité plus fondamentale encore.
A. De la « guerre du fil » au choc diplomatique de juillet 1971
Le climat de 1971 ne s’explique pas sans un différend que l’historiographie a longtemps traité comme un épisode mineur : la querelle du textile. Candidat en 1968, Nixon avait promis aux industriels du Sud des restrictions sur les textiles synthétiques japonais. Le Premier ministre Satō, à qui Washington devait la rétrocession d’Okinawa, aurait laissé entendre lors de leur rencontre de novembre 1969 qu’il obtiendrait de son industrie les limitations souhaitées — ce que la formule japonaise résume par « du fil contre des cordes » (ito to nawa), le textile contre l’archipel.
La promesse ne fut pas tenue : ni le MITI ni les industriels ne s’y résolurent, et il fallut attendre l’automne 1971, sous la menace de mesures unilatérales américaines, pour qu’un accord soit conclu. Washington y vit une parole non honorée. Ce ressentiment est la toile de fond des deux chocs de 1971 : il explique, sinon la brutalité des décisions américaines, du moins le peu d’égards avec lequel elles furent notifiées à Tōkyō.
C’est sur ce fond de méfiance que tombe le premier choc, diplomatique. Le 15 juillet 1971, le président Nixon annonce en direct à la télévision américaine que son conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, vient de rentrer d’un voyage secret à Pékin, où il a rencontré le Premier ministre Zhou Enlai, et qu’il se rendra lui-même en Chine populaire dans les mois suivants — visite qui aura lieu en février 1972. Préparée dans le plus grand secret, cette ouverture constitue un bouleversement géopolitique majeur : les États-Unis s’apprêtent à normaliser leurs relations avec le régime de Mao après plus de deux décennies d’ostracisme10.
Pour le Japon, l’annonce est un séisme. Tōkyō avait suivi la ligne américaine depuis 1952, reconnaissant le régime de Tchang Kaï-chek à Taïwan comme le gouvernement légitime de la Chine et refusant toute relation diplomatique avec la République populaire. Le pays n’avait pas pour autant renoncé au commerce : au nom de la séparation de la politique et de l’économie (seikei bunri), et notamment grâce aux accords commerciaux « LT » de 1962, il était devenu dans les années 1960 l’un des premiers partenaires commerciaux de Pékin. Mais l’absence de relations officielles pesait aux milieux d’affaires.
L’humiliation tient moins à la décision qu’à sa notification. Une semaine plus tôt, le secrétaire à la Défense Melvin Laird avait encore assuré à Satō que Washington n’envisageait « aucun changement fondamental » de sa politique chinoise. Le Premier ministre n’est informé que trois minutes avant l’allocution présidentielle, à la sortie d’un conseil des ministres ; à Washington, l’ambassadeur Ushiba s’exclame : « Le cauchemar d’Asakai s’est produit11 ». Satō, humilié, en sort durablement affaibli : après avoir obtenu la rétrocession d’Okinawa en mai 1972, objectif central de son mandat, il quitte le pouvoir en juillet 1972.
La normalisation américano-chinoise place Tōkyō dans une position intenable : si les États-Unis eux-mêmes dialoguent avec Pékin, le Japon ne peut maintenir sa posture de refus. En septembre 1972, le Premier ministre Tanaka Kakuei se rend à Pékin et normalise les relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire, sacrifiant au passage Taïwan12. La rapidité du réajustement dit à la fois la réactivité du système nippon et la profondeur de sa dépendance stratégique. Ironie de l’histoire, le Japon établit des relations diplomatiques avec Pékin sept ans avant les États-Unis, qui n’y parviendront qu’en 1979.
B. Le choc monétaire du 15 août 1971 : la fin de Bretton Woods
Un mois plus tard, le second choc est monétaire. Dans la soirée du dimanche 15 août 1971, Nixon interrompt les programmes télévisés pour annoncer que les États-Unis suspendent la convertibilité du dollar en or, mettant fin au système issu des accords de Bretton Woods de 194413. Simultanément, il impose une surtaxe de 10 % sur les importations taxables — environ la moitié des importations américaines —, mesure protectionniste brutale destinée à corriger une balance des paiements structurellement déficitaire. Annoncées sans consultation des alliés, ces décisions bouleversent l’ordre monétaire mondial.
Pour le Japon, l’impact est à la fois économique et psychologique. Le yen était depuis 1949 fixé à la parité inamovible de 360 yens pour un dollar, socle de toute la stratégie exportatrice. La fin de la convertibilité-or signifie la fin des parités fixes : le yen va devoir s’apprécier, renchérissant mécaniquement les exportations japonaises. En décembre 1971, le Smithsonian Agreement tente de reconstruire un système de parités ajustées et réévalue le yen à 308 yens pour un dollar, soit une appréciation de près de 17 % en quelques mois. Le répit est bref : le yen est laissé flottant en février 1973, et les changes flottants se généralisent en mars, accélérant la pression haussière sur la monnaie japonaise.
Sur les marchés financiers, la réaction est immédiate. Le 16 août, l’indice Nikkei Dow chute de 215 points, soit 7,68 % en une seule séance : la plus forte baisse de son histoire à l’époque, supérieure à celle du « choc Staline » de 1953. Dans les couloirs du MITI et du ministère des Finances, la consternation est à la mesure de l’impréparation : les fonctionnaires japonais découvrent la nouvelle en même temps que le reste du monde. Le détail est symboliquement considérable : malgré vingt ans d’alliance, Washington n’avait pas jugé nécessaire de prévenir son principal allié asiatique d’une décision qui transformait les conditions de sa croissance. La leçon est retenue à Tōkyō : l’alliance est structurellement asymétrique, et l’asymétrie joue toujours dans le même sens.
C. Le choc pétrolier de 1973 : la vulnérabilité révélée
Si 1971 révèle la vulnérabilité financière du Japon, 1973 met au jour une fragilité plus fondamentale : la dépendance quasi totale de l’archipel aux importations d’hydrocarbures. En octobre 1973, les pays arabes exportateurs de pétrole, réunis au sein de l’OPAEP, décrètent un embargo visant les États-Unis et les Pays-Bas, accusés de soutenir Israël pendant la guerre du Kippour, et imposent des réductions de production aux autres consommateurs, tandis que l’OPEP relève unilatéralement ses prix. Le Japon, qui importe alors plus de 99 % de son pétrole, pour l’essentiel du Moyen-Orient, est d’abord rangé parmi les pays « non amis ». En trois mois, le prix du baril quadruple, passant d’environ 3 à près de 12 dollars.

Le pays entre dans une « panique pétrolière » (sekiyu panikku) sans précédent : les rayons de papier hygiénique et de sucre se vident par crainte de pénuries, des files se forment devant les stations-service, le gouvernement impose des économies d’énergie drastiques. Le 22 novembre 1973, Tōkyō publie une déclaration officielle — la déclaration Nikaidō — qui prend ses distances avec la politique américaine au Proche-Orient, ce qui lui vaudra d’être reclassé parmi les pays amis à la fin de l’année. Le signal est clair : le Japon est prêt à s’émanciper diplomatiquement de Washington lorsque ses intérêts vitaux sont en jeu.
Le choc met fin à la haute croissance : en 1974, pour la première fois depuis la fin de l’Occupation, la croissance du PIB est négative, à environ -1,2 %. Mais il engendre aussi une transformation silencieuse, plus importante à long terme que le ralentissement conjoncturel. Confrontées à l’explosion de leurs coûts énergétiques, les entreprises japonaises engagent une mutation vers des productions à haute valeur ajoutée et faible intensité énergétique : automobile compacte et sobre, électronique grand public, machines-outils à commande numérique. C’est cette reconversion, opérée dans l’urgence, qui propulse le Japon vers les secteurs qui feront sa force dans les années 1980. La crise qui semblait clore un modèle en prépare un autre, plus compétitif encore.
III. Japan Bashing et Accords du Plaza (1976-1989)
Le Japon qui émerge du choc pétrolier est un pays transformé. La haute croissance a cédé la place à une progression plus modérée mais de meilleure qualité technologique : environ 4,4 % par an dans la seconde moitié des années 1970, puis 4,3 % en moyenne dans les années 198014. Surtout, la structure des exportations s’est modernisée : aux aciers et aux navires succèdent les automobiles, les magnétoscopes, les semi-conducteurs et les machines-outils. C’est cette montée en gamme qui nourrit la friction avec des industries américaines — acier, automobile, électronique grand public — incapables de résister à la concurrence nippone sur leur propre marché.
A. La montée des tensions commerciales
Les premières batailles commerciales précèdent largement le Plaza. Le textile japonais fait l’objet de restrictions « volontaires » dès 1957, et la sidérurgie américaine obtient en 1969 des accords de restriction volontaire. Au milieu des années 1970, elle accuse les importations japonaises d’être vendues sous leurs coûts de production : c’est la controverse du dumping, que les Japonais récusent. En 1977, Washington impose un accord de limitation des exportations de téléviseurs couleur, et l’administration Carter instaure un système de « prix de déclenchement » (trigger price mechanism) pour l’acier.
Mais c’est l’automobile qui cristallise le conflit. Le deuxième choc pétrolier de 1979, consécutif à la révolution iranienne, provoque une ruée des consommateurs américains vers les petites voitures japonaises au moment précis où Detroit persiste à produire des berlines gourmandes. En 1980, pour la première fois, le Japon dépasse les États-Unis comme premier producteur mondial d’automobiles15. Les usines de Chrysler, Ford et General Motors ferment par dizaines dans le Midwest, et la presse américaine commence à parler du « Rust Belt », la Ceinture de rouille — expression qui se généralisera à partir de 1984 — pour désigner ces territoires dont le Japon est accusé d’être le fossoyeur.
La réponse politique est rapide. En mai 1981, sous pression de l’administration Reagan, Tōkyō accepte des « restrictions volontaires à l’exportation » (Voluntary Export Restraints) : le Japon s’engage à ne pas exporter plus de 1,68 million de véhicules par an vers les États-Unis, plafond relevé à 1,85 million en 1984, puis à 2,3 millions en 1985. La mesure se retourne contre ses initiateurs. Contraints en volume, les constructeurs japonais montent en gamme : moins de petites voitures, davantage de berlines mieux équipées, puis des marques de luxe créées pour le marché américain — Acura en 1986, Lexus et Infiniti en 1989 — et des prix unitaires plus élevés. Surtout, ils répondent à la menace protectionniste en produisant sur le sol américain : Honda, qui y fabriquait déjà des motos depuis 1979, ouvre sa première usine automobile à Marysville, dans l’Ohio, en 1982 ; Nissan suit à Smyrna, dans le Tennessee, en 1983 ; Toyota, d’abord associé à General Motors au sein de la coentreprise NUMMI en Californie en 1984, inaugure sa propre usine à Georgetown, dans le Kentucky, en 1988. En délocalisant, ils s’immunisent contre les quotas tout en s’ancrant dans le tissu économique — et électoral — américain.
B. Le Japan Bashing, du Congrès aux semi-conducteurs
C’est dans ce contexte que se développe le phénomène connu sous le nom de Japan Bashing, terme d’abord employé ironiquement dans la presse américaine, puis adopté par les médias japonais eux-mêmes. Il se déploie sur trois registres.
Sur le plan politique, il se traduit par une avalanche de textes au Congrès visant à imposer des droits de douane punitifs ou à exiger la réciprocité des marchés. Le 28 mars 1985, le Sénat adopte à l’unanimité — 92 voix contre 0 — une résolution portée par le sénateur républicain du Missouri John Danforth, qui condamne les pratiques commerciales déloyales du Japon16. Quelques mois plus tard, les démocrates Dan Rostenkowski, Richard Gephardt et Lloyd Bentsen déposent un projet de loi imposant une surtaxe de 25 % sur les importations en provenance des pays affichant d’importants excédents commerciaux avec les États-Unis. La même année, le déficit commercial américain avec le Japon atteint 49,7 milliards de dollars selon les statistiques américaines — les statistiques japonaises retenant 39,5 milliards —, soit environ un tiers du déficit commercial total du pays,17 tandis que l’excédent courant japonais avoisine 3,5 % du PIB.
Sur le plan culturel, l’hostilité prend des formes plus crues. Des ouvriers de Detroit fracassent des téléviseurs et des automobiles japonaises à coups de masse devant les caméras ; des élus locaux organisent des « journées d’achat américain » et interdisent symboliquement les voitures japonaises sur leurs parkings. La scène la plus célèbre se déroule le 1er juillet 1987 sur la pelouse du Capitole, où plusieurs élus républicains détruisent à la masse un poste de radio Toshiba pour protester contre la vente illégale, par une filiale du groupe, de machines-outils à l’Union soviétique — matériel qui aurait permis à Moscou de produire des hélices de sous-marins plus silencieuses18. L’affaire Toshiba-Kongsberg montre combien, à la fin des années 1980, le grief commercial et le soupçon stratégique se mêlent dans le discours américain.
Cette hostilité a aussi ses victimes. En 1982, Vincent Chin, un Sino-Américain de Detroit, est assassiné à coups de batte de baseball par Ronald Ebens, contremaître chez Chrysler, et son beau-fils Michael Nitz, ouvrier licencié, qui l’ont pris pour un Japonais. Le traitement judiciaire, extrêmement clément — trois ans de mise à l’épreuve et 3 000 dollars d’amende —, provoque un traumatisme durable dans les communautés asiatiques-américaines et donne naissance à un mouvement de défense de leurs droits civiques. L’affaire illustre à l’extrême comment une tension entre deux États se mue en violence contre des individus désignés comme « l’ennemi économique ».
Sur le plan intellectuel, enfin, le Japan Bashing s’accompagne d’une floraison d’essais qui tentent d’expliquer le « mystère » de la compétitivité japonaise, tantôt avec admiration — The Art of Japanese Management de Pascale et Athos (1981), Theory Z de William Ouchi (1981) —, tantôt avec accusation — Trading Places de Clyde Prestowitz (1988). La réplique japonaise la plus retentissante est The Japan That Can Say No (1989), d’Akio Morita, cofondateur de Sony, et de l’homme politique Shintarō Ishihara. Ce dernier y suggère que le Japon pourrait conditionner la vente de ses semi-conducteurs stratégiques à des changements de politique américaine, et que Tōkyō n’a plus à se soumettre aux exigences de Washington. Traduit sans autorisation et diffusé au Congrès, le livre provoque une tempête diplomatique ; Morita refusera que ses chapitres figurent dans l’édition anglaise officielle. L’ouvrage dit l’ambivalence du Japon de la fin des années 1980 : toujours dépendant de la protection militaire américaine, et de plus en plus convaincu de sa supériorité technologique.
La provocation d’Ishihara n’est pas gratuite : elle renvoie au conflit le plus dur de la décennie. Au début des années 1980, les fabricants japonais de mémoires prennent l’ascendant sur leurs concurrents américains, accusés d’être les victimes d’un dumping organisé et d’un marché japonais fermé. En septembre 1986, un accord bilatéral sur les semi-conducteurs engage Tōkyō à mettre fin au dumping sur les marchés tiers et à ouvrir son marché intérieur aux producteurs étrangers.
Jugeant l’accord inappliqué, Ronald Reagan impose le 17 avril 1987 des droits de douane de 100 % sur environ 300 millions de dollars de produits électroniques japonais — la première sanction commerciale américaine d’ampleur contre le Japon depuis 1945. L’épisode marque un tournant doctrinal : il ne s’agit plus de protéger des industries vieillissantes, mais de disputer au Japon la maîtrise d’une technologie jugée stratégique. C’est, à bien des égards, la matrice des conflits technologiques contemporains.
C. Le Plaza, l’endaka et la formation de la bulle
C’est dans ce climat que s’organise la réunion du G5 qui aboutira aux accords du Plaza. Le 22 septembre 1985, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des cinq principales économies du monde capitaliste — États-Unis, Japon, République fédérale d’Allemagne, Royaume-Uni et France — se retrouvent à l’hôtel Plaza, à New York. L’artisan de l’accord est James Baker, secrétaire au Trésor, décidé à désamorcer la pression protectionniste du Congrès par une voie multilatérale plutôt que par des mesures unilatérales qui auraient déclenché une guerre commerciale. Côté japonais, c’est Noboru Takeshita, ministre des Finances et futur Premier ministre, qui engage Tōkyō.
Le principe est simple : les cinq puissances s’engagent à intervenir ensemble sur les marchés des changes pour déprécier le dollar, et donc apprécier les autres devises, au premier rang desquelles le yen et le Deutsche Mark. La logique est celle du rééquilibrage commercial par les prix : un dollar plus faible doit rendre les exportations américaines plus compétitives et les importations plus chères.
Le résultat dépasse les anticipations. En septembre 1985, le dollar s’échange à environ 242 yens ; douze mois plus tard, il tombe à 153 yens. Le dollar perd 37 % face au yen, ce qui correspond à une appréciation de ce dernier d’environ 58 % en un an. En 1987-1988, le dollar frôle les 120 yens. Pour les exportateurs japonais, l’effet est immédiat : leurs produits renchérissent sur les marchés mondiaux et leurs marges s’effondrent. Toyota, Nissan, Sony, Panasonic voient leurs bénéfices plonger. On parle au Japon d’endaka fukyō, la « récession du yen fort », qui sévit jusqu’à la fin de 1986.
La Banque du Japon répond par une politique exceptionnellement accommodante : entre 1986 et 1987, le taux d’escompte officiel est abaissé à cinq reprises, de 5 % à 2,5 %, niveau alors inédit. L’objectif est de compenser le ralentissement des exportations par la demande intérieure. Cette politique s’ajoute à la déréglementation financière engagée depuis le début des années 1980, en partie sous pression américaine, et au programme de relance intérieure recommandé par le rapport Maekawa d’avril 1986, qui invite le Japon à rééquilibrer sa croissance vers la consommation domestique. L’ensemble crée les conditions d’une expansion monétaire massive dont les liquidités cherchent à se valoriser.
Faute de débouchés dans l’économie réelle, ces liquidités s’engouffrent dans deux actifs : la Bourse et l’immobilier. L’indice Nikkei 225, autour de 13 000 points fin 1985, atteint son sommet historique de 38 915 points le 29 décembre 1989, soit une hausse de près de 200 % en quatre ans. Les prix fonciers de Tōkyō atteignent des niveaux légendaires : selon une comparaison souvent citée à l’époque, mais jamais véritablement établie, les seuls terrains du Palais impérial — un peu plus d’un kilomètre carré — auraient valu autant que l’ensemble du foncier californien. Des particuliers hypothèquent leur appartement pour spéculer en Bourse, dans un cycle de levier dont chacun pressentait qu’il finirait mal, sans vouloir l’interrompre.
Quelle est la part du Plaza dans cet emballement ? La question divise. Une lecture, répandue au Japon, fait de l’accord la cause première : en provoquant l’endaka, il aurait contraint la Banque du Japon à une politique monétaire intenable. Une autre insiste sur les responsabilités internes — le maintien du taux d’escompte à 2,5 % jusqu’en mai 1989, bien après la fin de la récession du yen fort, la déréglementation financière et le comportement des banques —, l’accord du Louvre de février 1987, destiné à enrayer la chute du dollar, puis le krach boursier d’octobre 1987 ayant fourni les prétextes de ce statu quo monétaire. Les deux lectures se rejoignent sur un point : le Plaza n’a pas produit l’effet commercial escompté, puisque le déficit américain avec le Japon a continué de croître en 1986 et 1987 avant de refluer. Le rééquilibrage attendu des échanges s’est mué en déséquilibre financier.
Bibliographie
BOUISSOU, J.-M. (dir), Le Japon contemporain, Paris, Fayard, CERI, 2007.
NAKANE, C., La société japonaise, Paris, Armand Colin, 1974.
PELLETIER, P., Atlas du Japon. Une société face à la post-modernité, Paris, Autrement, 2008.
PELLETIER, P., La Japonésie : géopolitique et géographie historique de la surinsularité au Japon, Paris, CNRS Éditions, 1997.
SABOURET, J.-F. (dir.), La Dynamique du Japon de Meiji à 2015, Paris, CNRS Éditions, 3e édition, 2015.
SEIZELET, É., Monarchie et démocratie dans le Japon d’après-guerre, Paris, Maisonneuve & Larose, 1990.
SOUYRI, P.-F., Moderne sans être occidental : Aux origines du Japon d’aujourd’hui, Paris, Gallimard, 2016.
Notes de bas de page
UPI, « Columbia chairman praises Sony as new buyer », 28 septembre 1989. L’accord porte sur 3,4 milliards de dollars pour les actions et 1,4 milliard de dette reprise. Mitsubishi Estate annonce pour sa part le 30 octobre 1989 l’acquisition de 51 % du Rockefeller Group.
Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, PIB à prix courants : 3 175 milliards de dollars pour le Japon en 1989, contre 20 468 milliards pour le monde, soit 15,5 %.
Part du Japon dans la capitalisation boursière mondiale au début de 1989 : 45 %, contre 33 % pour les États-Unis. Huit des dix premières capitalisations mondiales sont alors japonaises, dont cinq banques.
Banque mondiale, GDP growth (annual %), Japon : moyenne de 8,9 % sur 1961-1973 (la série débute en 1961). Les travaux fondés sur le PNB retiennent couramment un taux proche de 10 %.
OCDE, Comptes nationaux des pays de l’OCDE. Le Japon conserve ce rang jusqu’en 2010, date à laquelle la Chine le dépasse
Frank Upham, Law and Social Change in Postwar Japan, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1987, p. 166-204. Upham souligne que la force de cet instrument tient à son caractère informel : les entreprises obéissent pour préserver leurs relations avec le ministère, non par obligation légale.
Chalmers Johnson, MITI and the Japanese Miracle : The Growth of Industrial Policy, 1925-1975, Stanford, Stanford University Press, 1982.
Toyota Motor Corporation, 75 Years of Toyota, « Exports to the United States » : environ 4 000 unités exportées vers les États-Unis en 1964, 216 000 en 1970 (245 062 pour l’ensemble de l’Amérique du Nord).
En 1936, le Comité international olympique avait attribué à Tōkyō les Jeux d’été de 1940, destinés à marquer le 2 600e anniversaire de la fondation mythique du Japon. Le conflit sino-japonais ouvert en 1937 conduisit le pays à y renoncer en 1938, avant que la guerre n’entraîne leur annulation.
Le rapprochement américano-chinois s’explique par la rupture sino-soviétique, consommée par les affrontements frontaliers de l’Oussouri (île de Zhenbao/Damanski) en mars 1969. Nixon et Kissinger entendaient exploiter cette fracture du bloc communiste par une « diplomatie triangulaire » isolant Moscou. Le Japon, aligné sur la politique américaine en Asie depuis 1952, n’avait pas été associé à ce calcul.
L’expression renvoie au cauchemar récurrent que prêtait l’ambassadeur Asakai Kōichirō aux diplomates japonais : celui d’un revirement américain sur la Chine dont Tōkyō apprendrait la nouvelle par la presse. Voir Michael Schaller, « The Nixon Shocks and U.S.-Japan Strategic Relations », National Security Archive, Working Paper n° 2.
La normalisation est scellée par la déclaration commune Tanaka-Zhou du 29 septembre 1972, signée à Pékin : le Japon y reconnaît la République populaire comme seul gouvernement légal de la Chine et rompt ses relations diplomatiques officielles avec Taïwan.
Le système de Bretton Woods (1944) reposait sur la convertibilité du dollar en or à 35 dollars l’once et sur des parités fixes entre les autres monnaies et le dollar. Il était miné par le « dilemme de Triffin » : pour fournir au monde les liquidités en dollars nécessaires au commerce, les États-Unis devaient entretenir un déficit permanent, ce qui érodait la confiance dans la convertibilité-or. La décision de Nixon ne fit qu’acter une rupture devenue inévitable.
Banque mondiale, GDP growth (annual %), Japon : 4,44 % en moyenne sur 1975-1979 et 4,33 % sur 1980-1989.
Le Japon produit 11,04 millions de véhicules en 1980, contre 8,01 millions aux États-Unis, prenant la première place mondiale. Organisation internationale des constructeurs d’automobiles (OICA).
UPI, 29 mars 1985 : la résolution est adoptée le 28 mars par 92 voix contre 0.
Le déficit commercial américain total s’élève à 149 milliards de dollars en 1985 ; celui avec le Japon, à 49,7 milliards. Bureau of Labor Statistics, Monthly Labor Review, avril 1987. Les statistiques du ministère japonais des Finances, établies sur une autre base, retiennent un excédent de 39,5 milliards.
UPI, « Lawmakers hammer Toshiba », 1er juillet 1987. Toshiba Machine, filiale du groupe, avait vendu entre 1982 et 1984 des machines-outils à l’Union soviétique en violation des règles du COCOM.



Commentaires