Un partenariat fragilisé entre la Russie et le Mali
- Franck Biyidi
- 30 avr.
- 2 min de lecture
L’assassinat brutal du ministre de la défense, Sadio Camara, le 25 avril 2026, pilier du régime et architecte du rapprochement avec Moscou, a plongé le Mali dans une crise sécuritaire et politique sans précédent. La visite d’urgence d’une délégation russe à Bamako, survenue seulement quelques heures après ce drame, souligne la fragilité extrême d’un partenariat qui peine désormais à garantir la survie du cœur de l’état malien.

Il faut rappeler que depuis le départ de la force française Barkhane en 2022, la junte a fondé toute sa stratégie de reconquête territoriale sur l’appui des forces russes, d’abord le groupe Wagner puis l’Africa Corps. Sadio Camara était l’interlocuteur privilégié du Kremlin, ayant lui-même été formé en Russie avant de orchestrer l’arrivée des paramilitaires pour pallier les échecs des partenaires occidentaux.
Aujourd’hui trois acteurs principaux se partagent les décombres de cette stratégie. Le gouvernement de transition, mené par le général Assimi Goita, se retrouve affaibli et privé de son principal stratège militaire alors que des rumeurs d’exfiltration ont circulé durant l’attaque. La Fédération de Russie, via l’Africa Corps, cherche désespérément à maintenir son influence au Sahel face à des pertes russes et maliennes qui s’accumulent. Enfin, l’alliance opportuniste entre les jihadiste du JNIM et les rebelles touaregs du FLA démontre une capacité de coordination inédite, capable de frapper au cœur même de la puissance militaire à Kati.
L’échec de la protection d’une figure aussi centrale que Sadio Camara brise l’image de la Russie comme bouclier ultime contre le terrorisme. Cette défaillance du renseignement et de la sécurité rapprochée pourrait inciter d’autres états de la région à remettre en question l’efficacité du modèle sécuritaire russe. Économiquement parlant, l’insécurité galopante autour de Bamako et le blocus imposé par les groupes armés menacent l’approvisionnement de la capitale et freinent les projets miniers, portant essentiels pour fiancer me couteux recours aux instructeurs russes. La mort du ministre et l’insécurité persistante nourrissent un sentiment de vulnérabilité au sein d’une population qui voit l’état reculer malgré les promesses de montées en puissance des forces armées.
Il sera donc question prospectivement au Mali premièrement d’envisager un sursaut sécuritaire avec une implication russe encore plus directe et massive, transformant le Mali en un bastion militarisé sous tutelle totale de Moscou pour éviter l’effondrement du régime. Le second scénario suggère une déstabilisation interne au sein de la junte, où la perte de Sadio Camara pourrait raviver des fractures entre colonels, forçant Moscou à chercher de nouveaux interlocuteurs ou à négocier un retrait partiel pour limiter ses propres pertes face à une menace jihadiste de plus en plus sophistiquée.



Commentaires