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Ce que la stratégie indopacifique de la France révèle sur ses ambitions et ses angles morts

  • Photo du rédacteur: cirmafrance
    cirmafrance
  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

En juillet 2025, la France publie une version actualisée de sa stratégie indopacifique qui place pour la première fois ses territoires ultramarins au centre du dispositif plutôt qu'en périphérie. Ce document de doctrine est aussi un aveu : Paris sait que ses engagements antérieurs ont souvent dépassé ses capacités, et que la région ne lui accordera de crédibilité que si les actes suivent les déclarations.


Forte de son histoire, la France formalise sa stratégie en Indopacifique en 2018, année où est lancé la stratégie régionale. Elle est un pays de l'Indopacifique à part entière, avec sept de ses treize départements, régions et collectivités d'outre-mer situés dans l'océan Indien et l'océan Pacifique, représentant plus de 90 % de sa zone économique exclusive, la deuxième au monde, soit près de 9 millions de km².


C'est cette réalité géographique qui distingue Paris de Berlin, Rome ou Madrid. En effet, la France n'est pas une puissance qui projette sa force depuis l'extérieur, elle dispose d'un vaste territoire et d'une force de projection unique pour un pays européen.


La stratégie française en Indopacifique, lancée en 2018, répond à des enjeux de souveraineté : la France est une nation de l’Indopacifique avec 7 des 13 départements, régions et collectivités d’outre-mer français répartis entre l’océan Indien et le Pacifique Sud.

Mais pendant longtemps, ce statut particulier a été sous-exploité diplomatiquement et la France reste fragile face à d'autres puissances implantées dans la région. La crise de l'AUKUS en septembre 2021 en a révélé les limites.


Par exemple, cette détérioration a commencé avec la participation de l'Australie à la création du partenariat de sécurité AUKUS avec les États-Unis et le Royaume-Uni, et l'annulation unilatérale du contrat signé avec la France en 2016 pour le développement de sous-marins de nouvelle génération. Cet incident diplomatique a fracturé l'axe Paris-Canberra et contraint la France à repenser l'architecture de ses partenariats. La stratégie actualisée de 2025 est en partie la réponse institutionnelle à cette leçon.


Alors, la version 2025 de la stratégie indopacifique, marque un tournant, puisqu'elle détaille des moyens, fixe des priorités territoriales et inscrit les départements et collectivités d'outre-mer comme pivots opérationnels de la politique indopacifique.


Sur le plan géopolitique, le premier pilier de cette stratégie, le renforcement des collectivités ultramarines, est le plus novateur et le plus risqué. Novateur, parce qu'il reconnaît enfin que La Réunion, Mayotte ou la Nouvelle-Calédonie ne sont pas de simples bases logistiques, mais des acteurs à part entière de la politique régionale. La future Académie militaire du Pacifique, basée à Nouméa, sera utile pour la diplomatie de défense et de sécurité. Risqué, parce que ces territoires sont aussi des zones de vulnérabilité, notamment devant la multiplication des ingérences cherchant à déstabiliser les territoires ultramarins par des menaces hybrides, le gouvernement entend renforcer les mesures de protection, notamment par le développement de l'écosystème de cybersécurité, avec la mise en œuvre de la loi Résilience et le soutien à la création de centres de réponse aux incidents.


La vulnérabilité et les tensions omniprésentes dans cet espace imposent également une réflexion multilatérale. C'est pourquoi la coopération avec les pays membres de l'Union Européenne est essentielle. Les opérations ATALANTE et ASPIDES en sont l'expression concrète. L'opération Atalante, initiée par la France et mise en œuvre par l'Union européenne, constitue aujourd'hui l'un des rares succès de la diplomatie navale collective européenne, son action ayant sensiblement fait chuter le nombre des actes de piraterie dans la région. Puis, ASPIDES, plus récente, a une portée directement commerciale. Lancée par l'Union européenne le 19 février 2024 pour protéger le trafic maritime en mer Rouge, l'opération a permis de protéger plus de 250 navires de commerce, dont certains avec des frégates françaises directement engagées dans des interceptions de drones et de missiles houthis.


Ce qui reste en suspens, c'est la le soutien au multilatéralisme et à l'ASEAN, pour lequel la France dispose de la moins grande marge de manœuvre directe. Elle n'est pas encore membre à part entière de l'architecture institutionnelle asiatique. Sa candidature à l'ADMM+ (NDLR : le forum de défense des ministres de l'ASEAN) est en cours, mais incertaine. La France souhaite notamment candidater au statut de membre de l'ADMM+ et d'ASEANPOL, voire à terme à celui de partenaire de dialogue de l'ASEAN. Cette ambition est légitime. Elle bute sur la méfiance de certains membres de l'ASEAN pour qui Paris reste perçu comme une puissance lointaine dont la constance reste à prouver.


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