Décryptage : La visite d’État de Mohamed Ould Ghazouani à Paris, nouveau pivot sahélien de la France
- cirmafrance
- il y a 1 jour
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Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani a entamé le mercredi 15 avril 2026 une visite d’État historique en France, la première à ce niveau protocolaire pour un dirigeant mauritanien depuis plusieurs décennies.
Accueilli par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et reçu avec les honneurs militaires aux Invalides, il s'est entretenu à l'Élysée avec Emmanuel Macron lors d'un tête-à-tête suivi d'un dîner officiel. Ce déplacement de trois jours se prolonge à Brest pour aborder les enjeux de sécurité maritime et de gestion des flux migratoires.

Cette visite intervient dans un climat de rupture quasi totale entre la France et les régimes militaires de l'Alliance des États du Sahel (AES) (Mali, Burkina Faso et Niger). Alors que Paris a dû retirer ses troupes de ces pays sous la pression de juntes pro-russes, la Mauritanie s'impose comme l'exception de stabilité.
Historiquement, Nouakchott a su développer un modèle sécuritaire endogène efficace : le pays n’a subi aucun attentat terroriste sur son sol depuis 2011, une performance unique dans la région. Ce succès repose sur une combinaison de renseignement de proximité, de maillage territorial et de programmes de déradicalisation. En choisissant Paris pour cette visite d'État, Ghazouani confirme la "constance de ses partenariats" face aux basculements géopolitiques brutaux de ses voisins.
A un mois du Sommet Africa Forward qui se tiendra à Nairobi les 11 et 12 mai prochains, symbole du partenariat renouvelé entre la France et l'Afrique, cette visite s'inscrit dans la volonté de renforcement des liens politiques, culturels et économiques entre la France et la Mauritanie.
" Monsieur le Président, votre déplacement à Brest autour de la problématique de l'économie bleue et de la sécurité maritime, et dans quelques semaines notre rendez-vous à Nairobi pour le sommet Africa Forward, illustrent aussi une ambition plus large : refonder en profondeur la relation entre nos deux pays, entre la France et le continent africain, une relation tournée vers l'investissement, l'innovation, la jeunesse, les sociétés civiles. Une relation qui assume pleinement d'être politique, économique et stratégique. "
L'étape de Brest est à ce titre capitale : elle symbolise le passage d'une coopération strictement terrestre et contre-terroriste à une coopération de défense élargie (sécurité maritime, lutte contre les trafics, protection des câbles sous-marins et des plateformes gazière). L'importance accordée aux piliers "soft" de la relation, montre une volonté de pérenniser l'influence française par des leviers structurels plutôt que par la seule présence militaire. En somme, la Mauritanie ne remplace pas le Mali ou le Niger ; elle définit une nouvelle forme de partenariat "à la carte" où la souveraineté nationale de Nouakchott est placée au centre, permettant à la France de rester un acteur pertinent dans une région qui lui échappe de plus en plus.



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