La présidence française du G7 : quel état d’avancement de la gouvernance environnementale à mi-mandat ?
- Johan Fleury
- il y a 1 jour
- 7 min de lecture
Depuis le 1er janvier 2026, la France a pris la présidence du G7. Avec ce statut, la France souhaite une accélération des transitions énergétiques. Pour ce faire, la présidence française concentre ses efforts sur plusieurs domaines prioritaires, notamment le financement de la biodiversité, le renforcement de la résilience face aux risques naturels, la préservation des ressources en eau douce, la conservation des océans et la lutte contre la désertification.

La présidence française du G7 sur la question environnementale s'appuie sur trois axes clairement identifiés : la décarbonation et la lutte contre le changement climatique, la protection des biens communs mondiaux ainsi que la gouvernance et le financement de la transition énergétique. À travers les événements évoqués, il faut constater la mobilisation de nombreux acteurs internationaux différents, qu’ils soient publics, privés, ou scientifiques, illustrant une forme de gouvernance multi-acteurs. En revanche, ces initiatives mettent une emphase particulière sur la coordination, le renforcement de la coopération et le dialogue que sur des engagements juridiques contraignants.
Les initiatives observées témoignent d'une volonté de convergence des positions sur des enjeux globaux comme le méthane, les océans ainsi que la transition énergétique. Cependant ces dynamiques s’inscrivent dans un contexte international fragmenté où les enjeux environnementaux peuvent faire l’objet d’arbitrages politiques selon les priorités des États membres.
À mi-mandat, le G7 apparaît davantage comme un espace d’agencement des priorités environnementales que comme un lieu de prise de décision démontrant ces limites en termes d’efficacité. Dans ce contexte, les groupes de travail sur la question environnementale ont une importance particulière. Alors que la France organise de nombreux événements ministériels ou techniques sur le climat ou la transition énergétique, ces sujets sont parfois en retrait lors des échanges entre dirigeants du G7 en raison des divergences sur la question entre les États membres. Les réunions spécialisées deviennent un espace privilégié pour maintenir le dialogue et faire progresser la coopération sur ces enjeux.
Ainsi, du 23 au 24 avril 2026, une session dédiée aux priorités environnementales s’est tenue à Paris en présence des ministres de l’Environnement des pays membres du G7 (France, Allemagne, Canada, Royaume-Uni, États-Unis, Italie et le Japon) ainsi que 5 pays invités (Brésil, Corée du Sud, Kenya, Mongolie, l’Arménie).
L’année 2026 est considérée comme une année charnière pour la question environnementale et répond à la triple crise planétaire (climat, biodiversité et pollution). Plusieurs échéances majeures auront lieu comme la COP31 sur le climat à Antalya en novembre, la COP17 sur la biodiversité à Erevan en octobre et la COP17 sur la désertification à Oulan-Bator en août. La session d’avril dernier est structurée autour de 5 axes, la conservation et la résilience, la transition, l'investissement, la responsabilité et la synergie. Ensemble, ces axes visent à renforcer la cohérence de la politique environnementale, à accroître les financements consacrés au climat et à garantir une meilleure coordination des acteurs internationaux. Le 24 avril, lors d’un petit-déjeuner informel réunissant les membres du G7, le Brésil, la Corée du Sud ainsi que la coalition de la société civile Antarctica 2030, des discussions concernant la création de nouvelles aires marines protégées dans l’océan Austral ont eu lieu. Ces dernières seraient placées sous l’égide de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marine de l’Antarctique. Les délégations soutiennent la création de ces zones avec une volonté collective de dépasser les impasses diplomatiques freinant ces projets.
Un des objectifs principaux est la décarbonation qui fait l’objet de plusieurs événements organisés au cours de l'année. Le 10 mars dernier, a eu lieu le deuxième sommet sur l’énergie nucléaire réunissant 60 pays, d’acteurs économiques mondiaux ainsi que des organisations internationales du nucléaire. Le nucléaire dans le cadre de la lutte contre le changement climatique permet la poursuite de la décarbonation en sa qualité d’énergie décarbonée. Elle permet d’éviter chaque année le rejet de deux milliards de tonnes de CO2 dans le monde. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’énergie nucléaire émet 12 g de CO2 par kWh d’électricité produite, contre 490 g de CO2 par kWh pour le gaz et 820 g de CO2 par kWh pour le charbon. Le nucléaire pourrait donc constituer une solution pertinente pour concilier l’enjeu de la décarbonation ainsi que la demande croissante en électricité. Elle permet notamment la décarbonation de certains secteurs fortement dépendants de l’énergie fossile comme la production de chaleur. Lors de la COP 28 à Dubaï en 2023, 25 pays dont la France souhaitent tripler la production d’énergie nucléaire d’ici 2050. Cette initiative a été rejointe par plusieurs États supplémentaires avant de recevoir lors du deuxième sommet sur l’énergie nucléaire, le soutien de l’Afrique du Sud, la Belgique, la Chine, l’Italie et le Brésil portant le nombre de pays signataires à 38. Le 16 avril dernier, l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) a programmé un événement consacré à l’éducation sur le changement climatique afin de promouvoir la diffusion des connaissances scientifiques et la sensibilisation aux enjeux climatiques en mettant en avant le rôle de la recherche et de l’éducation dans l’accompagnement de la transition énergétique. Le 4 mai dernier, la France a organisé le Methane Action Event durant lequel a été annoncée une expansion majeure de son système mondial de détection de méthane permettant de suivre les émissions émanant des mines de charbon et des déchets. Cette initiative s’inscrit plus largement dans une stratégie visant les principaux secteurs émetteurs de méthane tels que l’énergie, les déchets et l’agriculture visant à améliorer le suivi des émissions et d'accélérer leur réduction. De plus, les compagnies pétrolières nationales du Pakistan, de l’Angola et de la Libye se sont engagées dans le Oil and Gas Methane Partnership (OGMP 2.0). Le 11 mai, pendant le sommet Africa Forward, la session « High-level side event - Integrating Debt Sustainability and Climate Transition: African Country Perspectives » a réuni des ministres africains, des partenaires internationaux et des décideurs politiques afin d’évoquer la question de la concordance entre le développement, la question climatique ainsi que la viabilité de la dette. Les échanges soulignent la nécessité de développer des instruments permettant aux pays africains de financer leur transition écologique sans compromettre l’équilibre de leurs finances publiques.
La protection des biens communs mondiaux est une question cruciale abordée à travers plusieurs événements du G7 qui s’inscrit dans une logique de discussions entre experts et responsables politiques dans une logique de coopération internationale. Par exemple, du 10 au 14 février 2026, le Canada-France-Chile Research Connections in Ocean and Mathematical Sciences Workshop a réuni des chercheurs des trois pays afin de renforcer la coopération scientifique dans les domaines des sciences océaniques et des mathématiques. Les échanges ont porté sur le développement de nouvelles recherches afin d’affiner la compréhension des écosystèmes marins et leurs évolutions face aux changements climatiques. Les écosystèmes marins ont fait l’objet d’une conférence le 26 mai organisée par l’Environmental Justice Foundation (EJF) nommée « Lutter contre la pêche illégale et les crimes en mer : L’importance de la transparence des bénéficiaires effectifs » évoquant la nécessité d’une plus grande transparence afin d’identifier les responsables des activités illicites et de renforcer la gouvernance des espaces maritimes. La protection marine a été abordée lors du forum « AI for Ocean & Coastal Resilience » du 1er au 5 juin 2026 où les participants ont présenté des dispositifs permettant d’améliorer la surveillance des écosystèmes marins, la prévision des risques climatiques ainsi que la gestion durable des ressources maritimes. La question sanitaire est également fondamentale, le 7 avril a eu lieu le sommet One Health sur la question. Ce sommet facilite les échanges sur les défis sanitaires et climatiques qui nécessitent des réponses coordonnées sur la scène internationale. Le colloque « One Health in a Fragmented World: What Africa and Global Partners Can Demonstrate for Resilient Systems » organisé par l’Africa-Europe Foundation a mis en avant la coopération entre les pays africains et leurs partenaires internationaux dans la mise en place de systèmes sanitaires plus résilients en soulignant l’importance de l’approche One Health pour faire face aux pandémies qui sont de plus en plus menaçantes en raison des changements climatiques et des risques environnementaux. La qualité de l’air a un impact sur la santé, cette thématique est abordée lors du World Health Assembly High-Level Dialogue on Healthy Indoor Air du 19 mai 2026. Ce dialogue a réuni des experts et des responsables politiques afin de discuter des conséquences de la pollution de l’air sur la santé publique en concluant sur la nécessité de renforcer la prévention et l’amélioration de la qualité de l’air.
La gouvernance et le financement constituent un enjeu central pour la transition énergétique. Pour assurer une coordination efficace des politiques environnementales soit efficace, il est nécessaire de renforcer la coopération, les échanges ainsi que le financement d’infrastructures dans certains pays qui manquent de ressources. Du 11 au 12 mars dernier, le Think 7 a organisé le dialogue « How to cooperate in a fragmented world ? » consacré aux défis de la coopération internationale dans un contexte de fragmentation géopolitique. Cet événement a comporté quatre sessions consacrées au renouvellement des partenariats internationaux, à la politique industrielle, au renforcement de la 1 Groupe officiel du G7 chargé de réunir les plus importants think tanks et centres de recherche résilience ainsi qu’à la coopération entre les blocs. Ces échanges témoignent de la volonté de faire de la coopération internationale un levier essentiel pour répondre aux défis environnementaux dans un contexte géopolitique fragmenté. Le même jour, l’École des affaires internationales de Paris (PSIA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont organisé un dialogue réunissant des représentants issus des gouvernements, des organisations internationales et des institutions financières afin de renforcer le financement du développement durable et la gouvernance multilatérale. Cette initiative met en évidence l’importance accordée à la mobilisation des institutions internationales ainsi qu’aux mécanismes financiers pour accompagner la transition énergétique. Concernant le secteur privé, le Business 7 a organisé une rencontre le 22 avril 2026 afin de discuter du rôle des entreprises dans la transition énergétique en revenant sur la compétitivité, l’innovation et les investissements verts. Cette rencontre souligne que la transition énergétique est également envisagée comme un facteur de transformation industrielle et de compétitivité. Toutefois, cette dynamique ne signifie pas que la question environnementale occupe une place centrale dans les discussions des grandes enceintes internationales. À ce stade, la question environnementale ne figure pas parmi les priorités affichées pour le G20 de décembre 2026, illustrant la difficulté à maintenir cet enjeu au premier plan de manière durable.



Commentaires