Le Japon face aux enjeux de la sécurisation de ses routes commerciales : une géopolitique des alliances régionales
- Johan Fleury
- il y a 5 jours
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Le Japon dépend entièrement des routes maritimes pour son approvisionnement, face à la montée des tensions en mer de Chine méridionale et dans le détroit d’Ormuz, le Japon multiplie les alliances régionales et coopérations bilatérales afin de sécuriser ses flux commerciaux. Le but principal étant de garantir la libre circulation et limiter les risques de blocages des routes commerciales.

La Chine, depuis les années 1980, a entamé une croissance économique et militaire exceptionnelle, lui permettant d’acquérir un statut de puissance régionale puis mondiale. Avec ce nouveau statut, la Chine commence à faire part de ses nouvelles revendications territoriales notamment en mer de Chine méridionale à travers la « ligne en neuf traits » qui englobe une grande partie de l’espace maritime avec des zones revendiquées par d’autres pays de la région comme le Vietnam et les Philippines.
L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 est marquée par le projet des Nouvelles routes de la soie, qui s'étendent de la mer de Chine méridionale à l’Europe et l’Afrique. Ce projet implique une politique chinoise d’influence, visant à sécuriser les flux stratégiques bien souvent au détriment de ses voisins et à leurs revendications.
Pékin accentue son caractère offensif dans les années 2010 avec la militarisation de plusieurs îlots, des îles Spratleys et Paracels alors contestés par certains de ses voisins.
La stratégie chinoise semble s’inscrire dans une politique de fait accompli consistant à renforcer progressivement sa présence sur des zones contestées afin de consolider ses revendications territoriales.
De son côté, le Japon en sa qualité de pays insulaire dépend fortement des routes maritimes pour son commerce, fragilisées par les conflits au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. L’impact des conflits du Moyen-Orient sur l’économie japonaise, provient du fait que le Japon n’est pas autosuffisant en matière énergétique, selon l’IEA (International Energy Agency), le Japon importe quasiment 100% de son besoin en pétrole dont 80% à 90% proviennent du Moyen-Orient. Ce pétrole, pour arriver au Japon, passe notamment par la mer de Chine méridionale, qui depuis la montée en puissance chinoise devient une zone de haute tension.
En effet, en 2014, le Ministère des Affaires étrangères chinois publie un document sur la position du gouvernement chinois sur la juridiction en Mer de Chine méridionale initié par les Philippines où il est indiqué que « la Chine exerce une souveraineté incontestable sur les îles de la mer de Chine méridionale (les îles Dongsha, Xisha, Zhongsha et Nansha) et les eaux adjacentes » en utilisant notamment l’historique de la domination chinoise sur la zone.
En 2016, la Cour permanente d’arbitrage dans l’affaire opposant la Chine aux Philippines rejette plusieurs revendications chinoises, mais la Chine ne prend pas en compte le jugement. Tōkyō soutient de son côté l’importance du respect du droit international. Cette politique chinoise est motivée par la nécessité de protéger ses côtes et ses accès maritimes proches ainsi que d’éviter l’encerclement par des puissances navales, notamment les États-Unis et leurs alliés. La Chine dépend du commerce maritime avec l’importation d'énergie et ses exportations en sa qualité « d’atelier du monde » , qui explique l’importance de sécuriser les flux commerciaux. Enfin, cette politique chinoise est cohérente avec le discours interne de la puissance retrouvée et du renforcement de la nation chinoise qui légitime le Parti communiste chinois. Le Japon est impacté par cette politique chinoise en mer de Chine méridionale, et ces enjeux sont importants puisqu’une grande partie de ses échanges commerciaux y transite comme démontré plus tôt avec le cas du pétrole.
Le Japon et la Chine entretiennent une tension plus vive et directe concernant les îles Senkaku (Diaoyu en chinois), la Chine revendique ces îles qui sont sous administration japonaise, ce qui est davantage révélateur d’une stratégie d’affirmation de puissance maritime chinoise qui dépasse le cadre de la mer de Chine méridionale en atteignant également la mer de Chine orientale. Selon Pékin, les îles Diaoyu constituent un territoire inhérent à la Chine depuis l’Antiquité, ayant été administrées par les dynasties Ming puis Qing avant d’être cédées avec Taïwan au Japon en vertu du traité de Shimonoseki en 1895. Dès lors, elles auraient dû être restituées à la Chine à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.
Tōkyō considère ces îles comme faisant partie du territoire national, expliquant qu’à partir de 1885, le gouvernement japonais a mené des relevés topographiques approfondis des îles Senkaku révélant qu’elles étaient inhabitées et qu’elles ne portaient aucune trace d’une ancienne domination par la dynastie Qing. De ce fait, le Japon a pris la décision, le 14 janvier 1895, d’ordonner l’érection d’une borne commémorative sur les îles afin de les incorporer officiellement au territoire japonais.
Concernant le traité de Shimonoseki, le Japon affirme que les îles Senkaku ne faisaient pas partie de Taïwan et, de ce fait, ne s'est pas emparé des îles à la suite de la guerre sino-japonaise. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les îles ont été placées sous administration américaine avec Okinawa dans le cadre du traité de paix de San Francisco. Elles ont été restituées à l’administration japonaise en 1972, dans le cadre de l’accord de rétrocession d’Okinawa conclu entre le Japon et les États-Unis. Les îles Senkaku permettent au Japon de mieux sécuriser ses voies maritimes et de maintenir un équilibre des forces au sein de la région dans un contexte de montée en puissance chinoise. Le Japon ne disposant pas d’une force militaire suffisante pour gérer seul un rapport de force avec la Chine, il doit s’allier avec d’autres puissances comme les États-Unis, qui garantissent une dissuasion nucléaire crédible dans la zone. Tōkyō s'allie également avec d’autres partenaires régionaux comme l’Australie, l’Inde et des pays d’Asie du Sud-Est dans une stratégie « d’Indopacifique libre et ouvert » afin de créer une dissuasion collective face aux pressions chinoises et de sécuriser les routes maritimes essentielles aux échanges commerciaux et à l’approvisionnement énergétique japonais.
Pour contrer l’influence chinoise, le Japon s’est rapproché de beaucoup d’acteurs de la région qui sont des adversaires plus ou moins directs de la Chine comme les Philippines, les États-Unis, l’Inde, l’Australie ainsi que le Vietnam. La dernière réunion des ministres des Affaires Étrangères du QUAD (Le Quadrilateral Security Dialogue composé du Japon, de l’Inde, de l’Australie et des États-Unis) a eu pour principal objectif d’affirmer la volonté d’un « Indopacifique ouvert et libre » et d’un renforcement de la communication entre les quatre membres afin de garantir une stabilité, la sécurité et l’équilibre dans la région. Mais, il s’agit surtout de contrer l’influence chinoise et de limiter ses outils de pression.
Le Japon tient son Livre blanc de la défense japonaise chaque année, dans ce dernier, il met en avant les risques sécuritaires dans l’Indopacifique et la nécessité de renforcer les partenariats stratégiques dans la région. Tōkyō entretient une relation stratégique avec les Philippines. Le président philippin, Ferdinand Marcos Jr, s’est rendu au Japon du 26 au 29 mai dans le cadre de la négociation d’un accord de partage de renseignements militaires et de vente de navires militaires Japonais à Manille. Concernant le Vietnam, la situation est moins claire, si l’actuel Premier ministre vietnamien, Lê Minh Hung avait déclaré que le Japon était un partenaire stratégique clé et avait appelé au renforcement de la coopération entre les deux États. Le Vietnam entretient aussi des relations étroites avec la Chine notamment dues au projet de développement de voies ferroviaires dans la péninsule Indochinoise, le Vietnam a aussi des tensions territoriales en Mer de Chine méridionale avec la Chine mais il est aussi dépendant économiquement de cette dernière. La rencontre du QUAD a notamment permis un dialogue entre le ministre des Affaires étrangères japonais, Toshimitsu Motegi, et le Secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, autour des questions de la sécurité du Détroit de Taïwan et de la situation au détroit d’Ormuz. Le Japon encourage le dialogue entre les États-Unis et l’Iran afin de permettre la libre circulation dans le détroit. La difficulté de circulation dans le Détroit d’Ormuz engendre ainsi d’importants coûts économiques pour le Japon, qui importe la majeure partie de ses hydrocarbures du Moyen-Orient. C’est dans cette optique que le Japon continue le dialogue avec certains états comme le Qatar, afin de discuter de la situation et de la promotion de la paix au Moyen-Orient.

Le Japon tente de sécuriser ses routes commerciales à travers la diplomatie et le renforcement des relations avec divers acteurs. Le Japon a dernièrement obtenu la promesse du président iranien, Pezechkian, d’une facilitation du transport des navires japonais dans le Détroit d’Ormuz, une promesse qui peut s’avérer fragile, tant la situation au Moyen-Orient est incertaine.



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