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Les jeux vidéo : un vecteur essentiel à la diffusion de la culture

  • Alice Guillemaud
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Lors du sommet Africa Forward de mai 2026, de nombreux sujets liés à la croissance économique de l’Afrique ont été abordés. Lors de la première journée, le sujet du partage de la culture a été mis en avant.



Les chiffres de l'UNESCO montrent bien que les pays en développement ne représentent que 20 % du marché mondial des services culturels. Aujourd’hui, le secteur est dominé par les puissances occidentales et asiatiques qui imposent leurs propres productions. L'Afrique veut inverser cette tendance en montrant que sa puissance ne dépend pas seulement de ses ressources naturelles ou de son PIB, mais aussi de sa capacité à raconter ses propres histoires au reste du monde. Pour comprendre l'importance de cet enjeu, il faut regarder comment les jeux vidéo sont devenus de véritables outils politiques. Alors que le continent africain tente d’étendre son influence, l’utilisation des jeux vidéo par les grandes puissances mondiales démontre à quel point ce média est devenu un instrument de soft power redoutable.


Depuis la création des jeux vidéo, ceux-ci ont souvent été utilisés pour propager des idéologies et des politiques ; c’est un espace de soft power encore sous-estimé. Des États comme les États-Unis ou la Chine s’en servent. Entre 2002 et 2022, un jeu entièrement financé et développé par le gouvernement américain s'est fait connaître sous le nom d'« America’s Army ». Il visait à redorer l'image de l'armée et à recruter des jeunes en glorifiant le patriotisme et l'héroïsme militaire. La Chine utilise davantage ce nouvel espace pour faire de la propagande politique. En 2017, le gouvernement chinois a lancé le jeu mobile « Clap for Xi », le but étant d’applaudir le plus de fois possible le discours du président chinois Xi Jinping durant 18 secondes.


Cette instrumentalisation ne s'arrête pas aux initiatives étatiques directes. Comme l'analysent les chercheurs en ludologie (étude de l’ensemble des composantes d’un jeu), les mécaniques de jeu (le gameplay) des plus grands blockbusters occidentaux, comme Call of Duty, imposent subtilement une vision néolibérale, individualiste et militarisée du monde, où les territoires du Sud global sont systématiquement réduits à des zones de guerre grises ou à des décors exotiques peuplés d'antagonistes. Le joueur y consomme, accumule des ressources et élimine la concurrence, assimilant ces concepts comme des normes universelles.


Aujourd’hui, les jeux vidéo sont utilisés par les grandes puissances pour propager leur idéologie, leur culture et leur politique. Les pays africains ont décidé de suivre cet exemple pour pouvoir occuper une place plus importante sur la scène culturelle internationale. Cette volonté s’est ressentie lors du sommet Africa Forward, notamment avec la conférence sur l’industrie de la création en Afrique.


Le potentiel de cette contre-offensive culturelle est immense, porté par une réalité démographique unique : 60 % de la population africaine a moins de 25 ans. Selon les dernières analyses statistiques de Newzoo et Carry1st, le marché du jeu vidéo en Afrique progresse à un rythme annuel de 12,4 % et compte désormais 349 millions de joueurs. Le smartphone y est devenu le support hégémonique, représentant 90 % du secteur en Afrique. Des entrepreneurs africains ont compris ce potentiel avant les États ; c’est le cas de Dina Valisoa Ratsisetraina.


Dina Valisoa Ratsisetraina a décidé d’utiliser à son avantage les jeux vidéo pour transmettre la culture malgache. Figure montante de l’industrie du jeu vidéo africaine, Dina Valisoa Ratsisetraina a cofondé le studio indépendant Red Raketa Studio, basé à Madagascar, avec Luana Karen et Steevie Rasoanaivo. Ce studio s’est fait remarquer sur la scène internationale en remportant le premier prix du Digital Lab Africa en 2021 ce qui a permis à son équipe de présenter son travail lors d'événements tels que la Paris Games Week et d’obtenir des contrats avec des éditeurs de jeux vidéo comme New Tales ou Boiler Interactive.


Grâce à cette visibilité, Dina Valisoa Ratsisetraina a pu promouvoir la sortie de son premier jeu « Kalanoro » prévu pour l’été 2026. Dans ce jeu, le monde fantastique est inspiré de Madagascar et de sa culture ; par exemple, le nom Kalanoro fait référence à une créature légendaire du Folklore malgache. Les décors s'inspirent directement des paysages de Madagascar, et la progression est ponctuée par la musique et les traditions locales.


En inversant les codes habituels de l'industrie, où la violence armée est remplacée par la création d'un groupe de musique, le but est de lutter contre l'industrialisation sauvage d'une multinationale. Kalanoro fait ainsi office de manifeste politique et poétique. À l'échelle continentale, cette démarche démontre que l'indigénisation des récits numériques est l'arme de soft power la plus efficace pour permettre à l'Afrique de s'approprier sa propre histoire et de l'exporter avec fierté à travers le monde. C'est précisément cette ambition qui est portée par le programme Africa Forward : fédérer et propulser les talents locaux pour faire du jeu vidéo le fer de lance de la souveraineté culturelle africaine de demain.


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