AFRICA FORWARD 2026 : Les enjeux de la table ronde sur l’économie bleue, co-présidé par le Sénégal et l’Île Maurice
- Brys Kodjmel Adou
- il y a 7 jours
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Ces 11 et 12 Mai se tenait à Nairobi le sommet Africa Forward qui a consacré une partie de sa programmation aux défis et opportunités de l’espace maritime Africain. Ainsi, lors d’une table ronde co-présidé par le président Sénégalais Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre Mauricien Navin Chandra Ramgoolam, Nairobi a été, le temps d’un après-midi, le centre d’une économie bleue renouvelée.

Cette table ronde s’est tenue sous la présence des chefs d’Etat des Seychelles et des Comores et plusieurs dirigeants d’institution financière notamment Sidi Ould Tah Président de la Banque Africaine de Développement (BAD). La modération était assurée par l'ambassadeur des pôles de la République française, Olivier Poivre d'Arvor et de l’ambassadrice Kényane, pionnière africaine de la gouvernance maritime mondiale, Nancy Karigithu. Les discussions ont permis de soutenir l’idée que la protection des écosystèmes marins et le développement économique sont des exigences qui de manière indéniable vont de pair et doivent servir à une stratégie commune de base pour une souveraineté et un développement économique réel.
1- La souveraineté maritime et le renforcement de la gouvernance.
Depuis les années 2010, les questions liées à la gouvernance maritime ont pris une ampleur considérable sur la scène internationale. Aujourd’hui, L’espace maritime Africain constituant plus de 13 millions de km² de Zones Économique Exclusives (ZEE) est un pilier pour la sécurité alimentaire, de création d’emploi sur le continent.
Cependant des menaces aujourd’hui devenues très sérieuses planent sur l’espace maritime Africain. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (pêche INN) est l’une des plus grandes menaces que l’on note aujourd’hui. Elle constitue un pillage systématique des ressources halieutiques qui indéniablement entraîne une surexploitation et privent les populations locales de leurs moyens de subsistance. A cela s’ajoute la piraterie maritime qui use d’attaques contre navires dans le but de piller, détourner des cargaisons et prendre des otages. Ces pratiques illégales fragilisent les routes commerciales et découragent les investisseurs. Face à ces menaces l’Afrique peine à réellement exercer sa souveraineté sur ses espaces maritimes et à pleinement en tirer profit.

Raisons pour lesquelles cette table ronde semblait nécessaire pour l’Afrique, pour pleinement se réapproprier la gestion efficiente de son espace maritime. Pour répondre, les participants ont insisté sur un renforcement de la gouvernance maritime. Le président Sénégalais a pris en exemple son pays où certaines mesures structurelles ont déjà été engagées dans le but de lutter contre la pêche illicite et la surexploitation. Pour lui, se réapproprier cette souveraineté passe par la modernisation de la pêche et le développement de l’aquaculture. Le premier ministre mauricien quant à lui a mis en avant la force des partenariats régionaux pour mutualiser les ressources et les compétences à l’échelle du continent.
2- Transformation industrielle et accélération des financements
L’industrie maritime africaine c’est la gestion portuaire, à savoir : l'extraction offshore de gaz et de pétrole. C'est aussi la pêche, la transformation des produits de la mer; le transport des marchandises. Un secteur qui repose sur plusieurs piliers mais qui souffre d’un déficit structurel. L’Afrique possède des ressources et une importante activité maritime mais elle n’en bénéficie pas assez économiquement. Selon la banque mondiale, l'économie bleue génère près de 300 milliards de dollars par an en Afrique avec un potentiel de création d’emploi estimé à 57 millions d’ici 2030.
Les questions liées à l’économie bleue pourraient amplement résoudre des problèmes. Dans plusieurs ports en Afrique de l’Ouest et du centre comme à Douala des navires peuvent patienter jusqu’à trois jours avant de décharger ce qui inutilement alourdi l’empreinte carbone. Au Nigéria dans le Delta du Niger la pollution pétrolière a causé énormément de dégâts environnementaux et humains. Le transport maritime est l’un des secteurs les plus émetteur de gaz à effet de serre. La décarbonation, un détail que l’Afrique ne peut ignorer dans sa politique d’industrialisation du secteur maritime. C'est-à-dire qu’elle doit se mettre au niveau des standards internationaux afin d’accéder à des financements importants et être compétitive.

Pour concrétiser ce potentiel, les discussions ont mis en avant la mobilisation d'importants investissements et la multiplication des partenariats technologique, public et privé. Plusieurs accords signés durant le forum en marge de cette table ronde vont complètement dans ce sens. On peut noter l’investissement de CMA CGM à hauteur de 700 millions d'euros au Kenya, dans le but de moderniser le port de Mombasa et en faire un hub régional stratégique capable de soutenir la croissance maritime en Afrique de l’est et réduire la dépendance aux infrastructures étrangères. Ou encore l’officialisation du réseau Blue & Green Port Network visant à transformer les ports africains en hubs résilient et durables porté par l’AGPAOC ( l’Association de gestion des ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre) et appuyer par Expertise France.
3- La préservation des écosystèmes et la résilience climatique
Depuis la Conférences des Nations Unies sur les Océans, qui s’est tenue à Nice en 2025, la gestion du cadre universel de protection des océans est entrée dans l’agenda international. De ce fait, les écosystèmes marins africains sont en première ligne et font face à certaines pressions. Dans un premier temps le changement climatique. Bien que l’Afrique soit le continent qui contribue le moins au taux mondial d'émission de gaz à effet de serre, elle en subit énormément les conséquences. En raison de sa position géographique entre les deux tropiques qui la rend particulièrement vulnérable. Un fait que le président sénégalais n’a pas manqué de souligner. Dans un second temps la prédation des nations étrangères sur les ressources maritimes des pays africains. Par le biais d’accords de pêche souvent déséquilibrés ou par la pêche INN. Des flottes étrangères exploitent les zones économiques exclusives des Etats Africains au-delà des seuils autorisés. Ces deux menaces font peser un risque majeur sur l’avenir de l’économie bleue en Afrique.


Face à ce constat les échanges ont mis en avant des pistes concrètes notamment l’importance du développement des aires marines protégées, la décarbonation maritime et la coopération régionale. Le premier ministre mauricien Ramgoolam a illustré l'efficacité de cette approche en évoquant la gestion spéciale du Zul Ba une coopération internationale constructive entre Maurice et les Seychelles qui a permis de promouvoir l’exploitation durable et renforcer la souveraineté et la prospérité des deux États insulaires. Ce qui montre ce que la volonté commune peut produire. Le président Faye de son côté à rappeler le rôle et l’engagement du Sénégal sur ces questions en mentionnant l’organisation d’une journée nationale sur l’économie bleue et l’accueil du congrès régional IMPAC 6 en 2027 le plus grand forum mondial dédié à la conservation des océans et des écosystèmes marins. Un signal fort envoyé à l’échelle continentale.
Cette table ronde aura permis au-delà des engagements formulés, de rappeler que l’économie bleue est de nos jours bien plus qu’un enjeu maritime mais un levier stratégique majeur pour le développement et l'affirmation du continent Africain dans un avenir proche.



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