Compte-rendu conférence Franck Biyidi : La diplomatie francophone face au défi de l'or bleu
- cirmafrance
- 28 mai
- 2 min de lecture
L’espace francophone d’Afrique subsaharienne n’est pas seulement un bloc linguistique ; c’est une puissance maritime qui s’ignore, s’étendant de la Mauritanie au Gabon. Ses Zones Économiques Exclusives (ZEE) regorgent de ressources halieutiques et de potentiels énergétiques qui constituent une carte maîtresse dans le contexte actuel de transition écologique. Cependant, ce patrimoine est aujourd’hui en état d’alerte. Le pillage systématique par des flottes industrielles étrangères, principalement asiatiques, ne se contente pas de vider les caisses des États : il menace directement la sécurité alimentaire de millions de citoyens, créant un terrain fertile pour l'instabilité.
L'urgence climatique et le défi de la sécurité
Au-delà des côtes, la raréfaction de l'eau douce en zone sahélienne illustre la face sombre du défi de l'or bleu. La tragédie écologique du Lac Tchad, qui a perdu 90 % de sa surface, montre comment le stress hydrique et le choc démographique peuvent déstabiliser des régions entières. En privant les agriculteurs et les pêcheurs artisans de leurs moyens de subsistance, la dégradation de ces écosystèmes pousse les populations les plus vulnérables vers les groupes terroristes. Dès lors, la gestion de l'eau n'est plus une simple question environnementale, mais un enjeu de sécurité nationale et régionale.
L'hydro-diplomatie comme levier de souveraineté
Face à ces menaces, la diplomatie francophone dispose d'un outil unique : le partage d'une langue et de réseaux institutionnels comme l'OIF et l'AUF. Cette « hydro-diplomatie » doit permettre de transformer les tensions frontalières, souvent liées à la découverte de gisements d’hydrocarbures, en opportunités de gestion concertée. L’exemple de l’OMVS (Sénégal, Mali, Guinée, Mauritanie) prouve que la cogestion d'un bassin peut être un vecteur de paix. L'objectif est désormais d'étendre ce modèle au bassin du Congo ou au Tchad, tout en harmonisant le droit de la mer sur la base de l'Architecture de Yaoundé pour lutter efficacement contre la piraterie.
Industrialisation et intégration portuaire
L’avenir économique de la région repose également sur sa capacité à exploiter son potentiel hydroélectrique, notamment avec le projet du Grand Inga en RDC, véritable moteur d'industrialisation pour l'Afrique centrale. En parallèle, la modernisation des infrastructures portuaires, à l'image du port de Lomé, premier hub de conteneurs en Afrique de l'Ouest, est indispensable. Le développement de « corridors bleus » permettrait de désenclaver les pays de l’hinterland comme le Mali ou le Burkina Faso, favorisant ainsi une intégration régionale forte et un commerce intra-africain enfin dynamique.
Vers un nouveau modèle de financement
Enfin, la réalisation de ces ambitions nécessite une rupture avec les modes de financement traditionnels qui pèsent sur la dette des États. La conférence souligne l'importance de s'inspirer du modèle des Seychelles avec les « blue bonds » (obligations bleues). La création d’un fonds bleu francophone permettrait de mobiliser des capitaux à faible taux pour financer des infrastructures de transition. En alliant volonté politique commune, expertise juridique et outils financiers innovants, la diplomatie francophone peut transformer l'or bleu en un levier de croissance partagée et de stabilité durable.



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