L'OTAN resserre l'étau maritime sur les menaces russes : de la Baltique à l'Atlantique, une posture anti-sous-marine et anti-mines en ordre de bataille
- cirmafrance
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Entre mai et juin 2026, l'OTAN a conduit une série d'exercices maritimes d'envergure couvrant trois théâtres distincts. D'abord, la mer Baltique, puis, la mer de Norvège et enfin l'océan Atlantique. L'opération Open Spirit 26 a mobilisé plusieurs marines alliées au large des côtes lettones pour neutraliser des mines navales historiques, tandis que Dynamic Mongoose 26 a testé les capacités de lutte anti-sous-marine en mer de Norvège. Parallèlement, le groupe permanent de lutte contre les mines SNMCMG2 participait à l'exercice ITA MINEX en Méditerranée, et le groupe maritime SNMG1 s'engage dans le FLEETEX 250 au large de la côte est américaine.
Cette simultanéité d'exercices à haute intensité, sur des théâtres aussi éloignés que complémentaires, traduit une montée en puissance délibérée et coordonnée des capacités maritimes de l'Alliance.

Le Commandement Maritime Allié de l'OTAN a saisi la mesure de la menace russe en mer et sous les océans. Pour le grand public, la presse a, ces derniers mois, à de nombreuses reprises, indiqué la présence d'engins russes, en Manche, en mer du Nord, à titre d'exemples. C'est pourquoi les exercices se sont multipliés dans ces possibles théâtres d'opération.
Mais, la posture maritime de l'OTAN n'a pas toujours occupé le devant de la scène stratégique. Pendant les années 1990 et 2000, marquées par le dividende de la paix post-guerre froide, les investissements dans la guerre sous-marine et la lutte contre les mines avaient été drastiquement réduits au profit d'opérations terrestres en Afghanistan et en Irak. L'Alliance avait, en un sens, désappris les réflexes de la guerre froide navale. Le tournant s'amorce avec l'annexion de la Crimée en 2014, qui réveille brutalement les consciences stratégiques européennes sur la vulnérabilité des lignes de communication maritimes. Mais c'est l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022 qui constitue le véritable électrochoc.
D'abord, avec le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en septembre 2022, qui a mis en lumière la vulnérabilité critique des infrastructures sous-marines face à des actions clandestines ; une menace qui s'est concrétisée entre 2023 et 2025 par une série d'incidents systématiques contre des câbles de données et des pipelines, impliquant la « flotte fantôme » russe dans le cadre d'une guerre hybride maritime.
Face à ces défis et à l'intégration de la Suède et de la Finlande dans l'Alliance, (2023-2024), qui transforme la mer Baltique en un quasi « lac de l'OTAN », l'Alliance atlantique se retrouve contrainte de défendre un périmètre maritime considérablement étendu. Cette reconfiguration stratégique répond directement aux orientations du Concept stratégique de Madrid de 2022, qui érige désormais la défense collective de haute intensité et la protection des lignes de communication maritimes en priorités absolues.

Des d'exercices nécessaires pour maîtriser les points de passage
L'exercice Open Spirit 26, en mer Baltique, s'attaque à un problème à la fois technique et symbolique : les mines. Héritages des deux guerres mondiales qui jonchent les fonds baltes, elles constituent un danger réel pour la navigation commerciale, mais leur neutralisation régulière remplit aussi une fonction opérationnelle : maintenir en condition les équipages de déminage, tester les équipements et valider l'interopérabilité entre marines aux doctrines parfois divergentes. De même que Dynamic Mongoose 26, en mer de Norvège, est d'une autre nature stratégique. Cet exercice anti-sous-marin constitue l'un des plus exigeants du catalogue otanien précisément parce que les eaux de la mer de Norvège représentent le couloir de transit naturel des sous-marins russes depuis la péninsule de Kola, où est concentrée la flotte nord, incluant les sous-marins lanceurs d'engins nucléaires, vers l'Atlantique Nord.
La maîtrise de cette zone, est nécessaire et stratégique pour l'Alliance. L'exercice se tient donc sur un terrain d'une importance stratégique capitale, que la guerre froide avait baptisé le « GIUK gap », le goulet entre le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni, dont la surveillance constitue depuis des décennies l'épine dorsale de la stratégie maritime otanienne face à Moscou.
La dimension hybride : protéger les infrastructures critiques
L'un des fils rouges qui relient ces exercices est la protection des infrastructures sous-marines critiques. Depuis les sabotages de Nord Stream, la protection de ces infrastructures est devenue une évidence, que la guerre moderne se joue aussi dans les profondeurs. Les câbles de données transatlantiques, les pipelines énergétiques, les nœuds de communication sous-marins constituent des cibles à la fois très vulnérables et d'une importance vitale pour les économies et les systèmes de commandement alliés.
Les groupes permanents de lutte contre les mines (SNMCMG1 et SNMCMG2) constituent des acteurs permanents du milieu sous-marin, capables de détecter des anomalies, de cartographier les fonds et de renseigner les commandements sur toute activité suspecte. Leur déploiement simultané en Méditerranée (ITA MINEX) et leur présence récurrente en Baltique illustre la volonté de l'Alliance de ne laisser aucun espace maritime sans surveillance.
L'Atlantique comme horizon stratégique : défendre les acquis
Le FLEETEX 250, conduit au large de la côte est américaine sous commandement américain avec la participation du SNMG1 (NDLR : sous le commandement de la Royal Navy), rappelle que la garantie de sécurité américaine envers l'Europe passe, concrètement et physiquement, par la capacité à projeter des forces à travers l'Atlantique Nord. Cette ligne de communication transatlantique, que l'OTAN nomme les « lignes d'approvisionnement stratégiques », est la jugulaire de la défense collective (NDLR : les deux derniers conflits mondiaux ont montré à quel point cet espace est vital, mais aussi soumis à de fortes pressions). Si un adversaire parvenait à interdire ou à perturber significativement ces routes maritimes, la capacité de l'Alliance à renforcer son flanc est européen serait compromise.



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